Quelqu’un a dit que l’Afrique a été colonisée parce qu’elle était colonisable. Je voudrais ajouter que l’Afrique reste sous-développée en partie à cause de l’irresponsabilité et de l’incompétence de ses leaders. Ceci n’est certes pas une façon de décupler les auteurs de la colonisation, c’est juste un regard honnête sur l’autre facette du problème. En effet, les pressions externes sont renforcées par la faiblesse interne. Il faut qu’il y ait une fissure au sein d’un couple pour qu’un facteur extérieur puisse le démanteler. Les dirigeants Africains ont une grande part de responsabilité dans les difficultés qu’éprouve l’Afrique. C’est ce que nous allons voir.

 

 

 

Les Africains ont beau blâmer les Occidentaux pour leurs problèmes, cela ne les exonère pas de leurs responsabilités. Les facteurs exogènes ne suffisent pas pour justifier la situation de misère et de violence que connait beaucoup de pays Africains. Tenez. Les dirigeants Africains rivalisent pour décrocher le plus d’aides possibles pour leurs pays. Ensuite, ils investissent leur savoir-faire dans l’invention des manœuvrer de tout genre enfin de pouvoir détourner une bonne partie de ces aides. Ils institutionnalisent la corruption et s’arrangent toujours pour que le gros des fonds publics atterrisse dans leurs grosses poches. Au lieu de planter la semence pour éradiquer la pauvreté, ils choisissent de la manger purement et simplement. Ils s’arrangent pour se hisser sur la liste des plus riches au moment où leurs fonctionnaires perçoivent des salaires de misère et vivent dans une précarité quasi permanente. De politiciens, ils se transforment en investisseurs, blanchissant l’argent volé et, faisant parfois du commerce illicite, bâtissant des empires colossaux pour eux-mêmes ou leurs familles, alors que la misère frappe sans pitié dans les villages et dans les bidonvilles.

 

 

 

Parlons en termes de chiffres, cela est plus facile à comprendre et mesurer. Selon un rapport de l’Union Africaine, l’Afrique perd plus de 140 milliards de dollars Américains chaque année à cause de la corruption[1] ; et plus de 50 milliards de dollars Américains à cause de l’évasion fiscale des multinationales, en complicité avec les dirigeants qui facilitent ces pratiques illicites moyennant de grosses sommes d’argent[2]. En 38 ans (1970 – 2008), notre cher continent a perdu 850 milliards de dollars Américains illégalement transférés vers des banques étrangères[3]. Accepter naïvement les slogans anti-Occidentaux de la part des dirigeants Africains, c’est soutenir le lion dans son procès contre la panthère.

 

 

 

Certains dirigent des pays qui ont tous les minerais nécessaires pour fabriquer la majorité des produits finis qu’ils importent. Au lieu de prendre tout le temps nécessaire pour domestiquer la technologie et conduire leurs pays sur la voie de l’industrialisation, ils préfèrent les raccourcis : des richesses rapides pour eux-mêmes au détriment du développement à long terme pour leurs pays. Ils préfèrent vendre les minerais au prix fixé par l’acheteur (plutôt anormal) pour acheter les produits finis qui en découlent, au prix fixé par le vendeur. Ils trouvent plaisir à faire des contrats qui ne profitent qu’à eux et aux multinationales, pendant que les pauvres populations subissent les conséquences dévastatrices de l’irresponsabilité sociale de ces multinationales. Ils voient, dans ces partenariats, des occasions rares de s’enrichir rapidement en complicité avec ces prédateurs économiques que peuvent être les multinationales.

 

 

Et pourtant, l’Afrique n’est pas sans technologie. Avant la colonisation, nous fabriquions nos serpes, nos couteaux, nos houes, nos machettes, nos lances, nos flèches, etc. Aujourd’hui, même la petite cuillère est importée de Chine, de même que la petite tasse. Nous importons même des cure-dents ! Nous avons un système éducatif qui flatte notre sens d’orgueil et qui ne peut pas convertir les connaissances acquises en objets concrets dont nos peuples ont besoin. Nous avons le potentiel, nous manquons juste de bons leaders pour le mettre à profit. Or, économiquement parlant, celui qui achète enrichit celui qui vend.  Et quand le pauvre achète toujours chez le riche, cela veut dire que le riche devient plus riche et le pauvre plus pauvre. Pour se défaire de la pauvreté, il faut parvenir à exporter. Or l’exportation exige la transformation, donc l’ingéniosité, le sacrifice des intérêts personnels et sectaires immédiats et l’investissement à long terme.

 

 

 

Ainsi donc, nos hommes et nos femmes « décideurs » deviennent de plus en plus riches. Ils vendent l’intérêt général en l’échangeant contre leurs propres intérêts. Villas, voitures de luxe et comptes super-garnis se multiplient dans un paysage d’indigence extrême. Pendant qu’ils vivent ce luxe immoral, c’est l’UNICEF qui doit distribuer les cahiers et les stylos dans nos écoles et, avec le PAM, financer les cantines scolaires pour que nos enfants ne quittent pas les écoles. Ce sont les ONG étrangères, avec l’OMS à la tête, qui doivent financer les dispensaires et hôpitaux et renforcer les capacités du personnel médical pour réduire le taux des décès évitables et anormalement élevé dans nos hôpitaux et dispensaires[4]. C’est la banque mondiale et la FMI qui doivent financer pratiquement tous les grands projets – routes, barrages électriques, aéroports, etc. Et au milieu de tout ça, les dirigeants n’ont pas honte de vivre dans un confort qui fait perdre à leurs états des millions de dollars chaque année ! L’Afrique saigne parce qu’elle est mortellement blessée par ses dirigeants.

 

 

 

Et puis, chemin faisant, les coups de la vie remuent leur conscience, et ils font des gestes qui trahissent leur irresponsabilité. Quand le moment vient pour leurs enfants de faire les études universitaires, ils les envoient dans les pays ou l’éducation est valorisée. Ils savent qu’ils ont détruit la qualité de l’éducation dans leurs pays et enfoncé les enfants de leurs pays dans un semblant d’intellectualisme. Quand ils tombent malades, ils s’envolent pour un hôpital spécialisé quelque part dans un pays riche. Ils avouent, par-là, qu’ils n’ont pas fait grand-chose pour préserver la santé de leurs populations. Ils stockent leur argent volé sur les comptes des banques étrangères, contribuant ainsi à l’enrichissement des pays riches alors que les leurs sont toujours comptés parmi les plus pauvres. Ou alors, ils conservent les fonds volés dans les caves de leurs maisons, participant ainsi au ralentissement de l’activité économique en retirant de la circulation de l’argent qui devrait alimenter le flux monétaire.

 

 

 

C’est vrai que l’Afrique ne peut faire un bond de géant du jour au lendemain, mais avouons-le, nous avançons à pas de tortue par manque de leaders visionnaires et capables. La situation de l’Afrique est très exigeante en termes de leadership. Elle ne peut pas céder face aux actes cacophoniques des aventuriers. Avant la colonisation, l’aide aux budgets des états n’existait pas. Les Africains s’auto suffisaient totalement. Quand le colonisateur a plié les bagages, il nous avait déjà habitués à vivre au-dessus de nos moyens. Nous étions devenus des mendiants d’aide, juste pour fonctionner comme nations-états. Il avait massacré notre sens de dignité et hypothéqué notre indépendance. Car, avouons-le, la liberté d’un dépendant économique est limité par la volonté de celui dont il dépend.

 

 

 

La dépendance économique des pays Africains constitue l’un des plus grands crimes de la colonisation. Mais, fort paradoxalement, ceux qui ont dirigé les pays Africains après la colonisation ont continué la même politique. Ils ont élargi le fossé de la dette, à tel point que certaines dettes sont devenus impossibles – c’est à ce moment qu’on a parlée de PPTE (pays pauvres très endettés). Ils ont enfoncé leurs pays davantage, à cause de la politique du ventre.

 

 

 

Je sais que ce problème n’est pas seulement l’effet de l’incapacité des dirigeants Africains. Il y a aussi des gens et des institutions qui y sont pour quelque chose. Mais, si nos dirigeants avaient été à la hauteur, les choses auraient été mieux. Deux couples, confrontés à une même pression externe, ne réagiront pas de la même façon. Un couple faible se disloque, un couple solide se renforce. Quand vous avez des dirigeants qui préfèrent endetter le pays pour avoir des avions présidentiels et des limousines dernier modèle, vous vous appauvrirez à coup sûr.

 

 

 

Aujourd’hui, nous sommes la génération qui a le plus de chance de changer la trajectoire de l’Afrique. Nous avons eu le temps de comprendre les mensonges et l’hypocrisie que cachent les slogans et les discours politiques démagogiques dont les populations Africaines sont constamment arrosées à l’approche des élections. Nous comprenons, plus que toutes les autres générations qui nous ont précédées, les risques que nous courons si nous nous laissons manipuler par ceux qui chantent l’intérêt général juste pour cacher leurs intentions égoïstes. Nous avons les technologies de l’information à notre disposition et pouvons donc partager les bonnes idées avec des milliers de nos concitoyens sans sortir de nos chambres ou bureaux. Nous avons des outils de communication dont le fonctionnement ne dépend nullement de la volonté de qui que ce soit. Nous pouvons ouvrir les yeux de ceux qui sont toujours sous l’emprise enivrante de l’alcool de la manipulation politique en partageant les analyses objectives de nos malheurs sans devoir engager des discussions stériles et tumultueuses.

 

 

 

Si nous restons là, à nous plaindre, à blâmer ou à profiter des systèmes immoraux qui font le malheur de nos compatriotes, c’est nous qui serons sur le banc des accusés dans trente ans. Et le jugement qui nous sera infligé sera plus sévère que celui que nous infligeons aujourd’hui à ceux qui nous ont trahis dans le passé. L’Afrique est le continent le plus jeune du monde. Quarante pour cent des Africains ont 14 ans ou moins, et 34% des Africains ont entre 25 et 30 ans[5]. C’est une richesse colossale pour notre continent, une opportunité pour révolutionner non seulement nos pays, mais tout le continent aussi. Prions et œuvrons pour qu’il y ait des leaders qui comprennent cela, et qui investissent de façon extravagante dans l’éducation de cette masse énorme d’énergie, de créativité et de dynamisme. Car si ces jeunes sont armés de connaissances et de compétences, nos rêves les plus irréalistes se réaliseront plus rapidement que nous le pensons.

 

 

 

Mais les leaders qui mangent la semence ne sont pas capables d’investir pour aiguiser les compétences des leaders, cela les dépasse. C’est trop élevé pour eux. Nous avons souvent compté sur les rapaces pour avoir la viande, nous avons vu ce que ça produit. Ne continuons pas à commettre cette erreur. Nous devons apprendre à faire des évaluations positives de ceux qui déclarent vouloir présider à nos destinées. Nous devons pouvoir nous méfier des farceurs. Méfions-nous surtout de ces politiciens, champions de la manipulation, qui divisent les jeunes, les dressent les uns contre les autres. Méfions-nous de tout ce qui détourne nos jeunes du chemin de l’école et de tout ce qui fait d’eux des mendiants du pain journalier. Sachons soutenir tous ceux qui voient en nos jeunes une opportunité historique pour nos pays, et qui veulent investir en eux pour en faire le moteur de la transformation de l’Afrique. Nous sommes à un tournant. Et pour prendre la bonne route, nous avons besoin de meilleurs leaders que ceux qui ont fait échouer notre bateau sur les berges de la mer de notre histoire. Nous avons besoin d’hommes et de femmes qui ne rivalisent pas dans l’accaparement des terres, la construction des villas ou l’achat des voitures de luxe. Nous avons besoin des leaders qui se fixent une période après laquelle nos pays n’auront plus besoin d’aide pour fonctionner. Nous avons besoin de leaders qui préfèrent vivre modestement pour amener leurs peuples à une vie de dignité, des hommes et des femmes qui sont vidés de leur égo et qui  mettent tout leur talent et toute leur ingéniosité au service de leurs populations. Nous voulons des leaders qui font de nos jeunes les bâtisseurs de l’avenir de prospérité, de quiétude et de dignité ; et non des égorgeurs de leurs voisins.

 

 

 

Le pouvoir corrompt, mais les degrés de corruptibilités diffèrent. Il y a des corrompus de cœur qui attendent juste une occasion pour l’être dans les faits. Il y a des moins corrompus qui peuvent résister s’ils sont dans un bon environnement, et il y a des incorruptibles. Lee Kwan Yew n’était pas un extraterrestre. Mais, il a su combattre la corruption à Singapour et avec une efficacité légendaire. Je ne crois pas que des gens de ce genre soient d’une race en voie d’extinction. L’Afrique a des hommes et des femmes honnêtes, moralement capables de tenir le coup. Et s’ils ne sont pas assez nombreux, nous voulons qu’ils le soient. C’est pourquoi, à Greenland Alliance, nous avons décidé de centrer l’éducation civique sur le développement d’une culture des valeurs morales. Car, ce que nous appelons « bonne gouvernance » n’est rien d’autre que l’institutionnalisation des valeurs morales comme l’honnêteté, la fidélité et la transparence. Avec des dirigeants cupides, vous ne pouvez pas éviter l’institutionnalisation de la corruption et des pratiques connexes. Avec la corruption, vous n’aurez jamais la bonne gouvernance. Et sans la bonne gouvernance, vous n’aurez pas de développement durable qui touche toute la population. Vous aurez une poignés de richards immoraux et une masse qui patauge dans la misère. Et ça, c’est une terrible bombe à retardement.

 

 

 

Et tu sais quoi, toi et moi avons un rôle à jouer pour avoir ce que nous voulons. Le moins que tu puisses faire, c’est de partager ces idées si tu crois qu’elles sont bonnes. En faisant ainsi, tu auras contribué à faire avancer le train de la transformation sociétale quelque part. J’allais dire… tu nous auras aidé à être « … en marche… », comme disait Mr. Macron, le tout nouveau Président Français.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] http://www.ghanaweb.com/GhanaHomePage/NewsArchive/More-than-148bn-is-lost-to-corruption-in-Africa-AU-Report-267336

[2] https://www.theguardian.com/global-development/2015/feb/02/africa-tax-avoidance-money-laundering-illicit-financial-flows

[3] Idem

[4] Paradoxalement, même ces ONG sont souvent gênées par des administratifs qui veulent que de l’argent leur soit versé, pour autoriser leurs activités.

[5] http://www.vocativ.com/195748/africa-is-the-youngest-continent-in-the-world/