La solution que je propose au problème de survie économique part d’une hypothèse simple : si un enseignant gagnait autant qu’un parlementaire, nos processus politiques seraient très paisibles, et notre pays aussi. Par conséquent, la solution au problème de la politique du ventre et de ses conséquences sur la société, c’est de développer le pays économiquement pour pouvoir assurer une vie de bien-être à tout citoyen qui la veut et qui fournit des efforts pour la gagner, quels que soient ses talents ou ses compétences. Je sais que l’hypothèse est fondée sur une assertion assez difficile à réaliser, mais j’espère que le lecteur comprend ce que j’insinue, ici. La férocité avec laquelle les politiciens se battent, en plus d’être le fruit de la colère, de la peur et de la méfiance ; elle est aussi conséquente au fait que certains politiciens considèrent la perte du pouvoir comme la fin de l’aisance matérielle, au moment où d’autres voient la prolongation de leur éloignement du pouvoir politique comme la continuation de leur misère. Certes, tous les politiciens ne tombent pas dans ces deux catégories, mais beaucoup s’y retrouvent.

 

 

 

Comme je l’ai dit, chercher la prospérité économique par le pouvoir politique, c’est mettre tout un peuple en péril. En effet, pour y arriver, on doit absolument subordonner les intérêts du peuple à ceux des dirigeants et instaurer un système de gouvernance qui sacrifie le peuple pour assouvir la soif (insatiable, par ailleurs) des dirigeants.  Avec un tel système de gouvernance, le peuple est pauvre exactement parce que ses dirigeants sont riches. Le bonheur des dirigeants passe inévitablement par la souffrance du peuple. L’argent est un bon serviteur, mais un terrible maître, dit un dicton français. Nous en avons besoin pour réaliser nos rêves. Mais quand on le considère comme une fin en soi (et non comme un outil pour accomplir des causes nobles), on bascule vers la cruauté. C’est pourquoi la Bible affirme que l’amour de l’argent est la source de tous les maux.

 

 

 

Le besoin d’avoir une vie d’aisance matérielle est tout à fait normal, il fait partie de ce qui nous fait en tant qu’humains. Mais, sa satisfaction ne doit pas impliquer une utilisation désastreuse du pouvoir politique ; elle est possible avec des voies beaucoup plus humaines. Pour y arriver, il faut une bonne philosophie de la vie et des richesses. Nous sommes tous liés par des liens invisibles mais forts de l’humanité. Ce que nous faisons affecte les autres, et ce qui arrive aux autres nous affecte aussi. Si nous posons des actes irresponsables, nous causons la souffrance aux autres. Et quand les autres souffrent, cela a des effets qui nous reviennent d’une façon ou d’une autre. Cela peut passer par la vengeance ou des voies insondables. La nature a sa façon de régler les choses. Le simple fait que quelqu’un souffre à cause de moi constitue déjà un problème.

 

 

 

Par conséquent, nous devons vivre de telle sorte que nos paroles et nos actions ne fassent pas souffrir les autres. Pour avoir des biens matériels, nous devons éviter de dépouiller les autres ou les soumettre à une quelconque souffrance car, agir ainsi, c’est aller à l’encontre d’un principe universel de la vie : l’unicité de la race humaine -  ou d’un peuple.  Etre vraiment humain, c’est vivre sa vie de telle sorte qu’elle apporte une valeur ajoutée à la vie des autres. Faire le contraire, c’est succomber à l’animalité ; ce n’est pas humain. Dans tout ce que nous faisons, il ne suffit pas de considérer uniquement nos intérêts, nous devons aussi tenir compte des intérêts des autres, éviter les actes qui affectent les autres négativement et poser des actes qui affectent les autres positivement. C’est cela être humain.

 

 

 

Ainsi donc, pour vraiment vivre humainement, nous devons faire des choix moraux. Le plus important est de ne pas vivre aux dépens des autres mais pour le bien des autres, de ne pas nous enrichir en dépouillant les autres. Il est possible d’avoir une bonne vie sans dépouiller qui que ce soit. On ne doit pas voler, détourner les fonds public, empocher des pots de vin ou faire d’autres choses louches pour avoir la vie que l’on veut. Il est possible de gagner sa vie honnêtement. Seulement, il faut travailler, faire preuve de créativité et patience. Seulement, cela est plus difficile à faire dans certains pays que dans d’autres – et notre pays est un de ces pays où les richesses passent facilement par des voies moralement tortueuses.  Tout dépend de la façon dont un pays est organisé ; tout est question de leadership politique.

 

 

 

En outre, nous avons besoin d’une perception correcte des richesses. Les biens matériels sont des outils qui nous permettent de vivre avec moins de soucis et d’être plus utiles aux autres. Il y a des soucis que les richesses ne peuvent pas éliminer, et il y a des soucis qui viennent avec les richesses. Cependant, les richesses nous aident à résoudre un certain nombre de problèmes pratiques qui limitent notre degré d’utilité à la société. Avec une bonne philosophie de la vie et de la richesse, nous sommes alors capables de nous enrichir correctement et de mettre nos richesses au service de la société. Avec une philosophie défectueuse de la vie et de la richesse, nous cherchons les biens matériels dans la douleur des autres, et nous nous en servons pour faire souffrir les autres, de temps en temps car, les richesses mal acquises se protègent aussi par le mal.

 

 

 

Le principe de l’abondance et de la possibilité d’une vie aisée concerne aussi les peuples. Tous les pays ont le potentiel de se développer économiquement sans piller le voisin.  La plus grande ressource que tous les pays ont, c’est la matière grise de leurs populations. Aucun pays ne manque d’inventeurs, de grands penseurs ou de grands leaders, mais peu parviennent à lés débusquer et à leur donner la place qui leur revient dans l’organisation de la société. Ceux qui n’ont pas les ressources minières peuvent se servir de la matière grise dont ils disposent pour résoudre ce problème ; le Singapour et le Japon sont là pour convaincre les sceptiques. La différence entre les pays riches et les pays pauvres ne réside pas au niveau des ressources dont ils disposent. Certains des pays qui n’ont aucune ressource stratégique sont parmi les plus riches alors que certains de ceux qui ont le plus de ressources naturelles sont parmi les plus misérables. La différence entre les pays pauvres et les pays riches est double : les valeurs et le leadership. Je vais m’expliquer brièvement.

 

 

 

Prenons trois valeurs : l’amour du travail, l’honnêteté et le respect de la loi, pour étayer cette affirmation.  Les peuples des pays riches sont généralement plus travailleurs que ceux des pays pauvres. Logiquement, il n’est pas difficile de comprendre que l’un des facteurs qui déterminent la productivité est le temps qu’on passe au travail. En plus, les peuples des pays plus riches ont l’honnêteté comme une valeur fondamentale globalement partagée. Même si les exceptions ne manquent pas, ils respectent la parole donnée plus que ceux des pays pauvres. Or, un ouvrier honnête est plus productif qu’un ouvrier malhonnête, même quand ils ont travaillé pendant un temps égal. En effet, les ouvriers malhonnêtes prétendent travailler (akazi k’i bwami kica uwicaye) et trichent quand ils en ont l’occasion. Par implication, un pays dont le peuple est majoritairement travailleur et honnête sera doublement plus productif qu’un pays dont le peuple est globalement paresseux et malhonnête.

 

 

 

La culture du respect de la loi facilite un esprit de discipline et d’ordre et limite l’intervention excessive des institutions répressives pour imposer l’ordre. En outre, elle entraine la chute du nombre de conflits et facilite la résolution rapide et saine de ceux qui restent. Par implication, le respect de la loi augmente l’harmonie au sein de la population et réduit l’intensité de l’action judiciaire et carcérale. Si les pays comme la Suède peuvent arriver au point de fermer certaines de leurs prisons (comme cela a été le cas en 2016), c’est parce que le respect de la loi fait partie de leur culture. Les pays où la culture du respect de la loi est faible connaissent beaucoup de désordre, de conflits et d’interventions judiciaires et policières. Ils doivent multiplier les lois, les effectifs des forces de l’ordre, les cours et tribunaux et le prisons. Toutes ces choses absorbent beaucoup de fonds, de temps et d’énergies qui auraient pu servir à autre chose.

 

 

 

Si nous prenons ces trois valeurs au niveau des institutions, nous comprenons davantage pourquoi certains pays plutôt naturellement bien nantis sont misérables alors que d’autres, en dépit du peu de chances apparentes qu’ils ont, se portent plutôt mieux. La culture du travail est derrière la grande productivité institutionnelle. L’honnêteté contribue à la solidité et à la crédibilité des institutions, et cela les stabilise. Le respect des principes sur lesquels les institutions sont fondées renforce la force intérieure des institutions. Si vous mettez tous ces éléments ensemble, vous ne saurez ne pas conclure que la faiblesse des institutions est beaucoup plus un problème moral que financier ou politique. En outre, les faiblesses institutionnelles sont la somme totale des faiblesses individuelles, surtout au niveau des décideurs.

 

 

 

Dans un pays où l’égoïsme et la cupidité sont monnaie courante, les gens veulent s’enrichir par des raccourcis. Ils s’épient et se dépouillent mutuellement. Quant aux dirigeants, ils appliquent la politique du ventre et la gouvernance mafieuse qu’elle engendre. Quand cette crise des valeurs a infesté les institutions, alors le vol s’institutionnalise. A ce stade, le problème se transmet aux jeunes générations qui grandissent sans un modèle autre que la corruption et les autres pratiques similaires. Ils imbibent ce poison moral et grandissent avec une perception tordue de la vie et des biens matériels, pour reproduire ce qu’ils ont appris quand ils en auront l’occasion. Je reviendrai sur ce problème du manque des valeurs morales dans l’article qui suivra. 

 

 

 

Le gros problème qui nous concerne dans cet article est le problème de leadership. Comme je l’ai dit, la gouvernance mafieuse est la voie des politiciens sans vision. En principe, un politique sans vision n’en est pas un. On ne peut pas organiser la cité sans avoir une idée claire de ce qu’on veut faire de la cité. En outre, lorsqu’on n’a pas de vision, on confond la cité et soi-même, les intérêts des habitants de la cité avec les siens. Dans la pratique, les moyens de la cité servent les intérêts du prétendu organisateur de la cité. Oui, la corruption et le détournement des fonds publics ne sont pas des accidents, ils révèlent la pourriture morale de leurs acteurs.

 

 

 

Ceux qui voient la politique comme une vache laitière doivent obligatoirement instaurer un système de gouvernance qui leur permet de traire la vache ici et maintenant, indépendamment de sa santé. Des leaders de ce genre sont un danger pour le peuple et ne devraient jamais présider à la destinée d’un peuple. Ils sont utiles à leur nation, mais pas dans des positions stratégiques de leadership. Ils faut qu’ils travaillent sous une stricte supervision pour que leur défaillance morale ne devienne pas un problème national. La solution à ce problème, c’est d’organiser le pays quitte à ce que chacun puisse avoir la vie qu’il veut par des moyens honnêtes. Car, comme je l’ai dit dans la thèse qui sous-tend cet article, si un simple fonctionnaire pouvait avoir la vie de ses rêves, nous aurions moins de problèmes.

 

 

 

Mais qui peut organiser le pays de cette façon ? Ce qui est sûr, ce n’est pas n’importe qui, surtout pas ceux qui voient la politique comme un boulevard vers la contrée des biens matériels. L’idéal d’un pays où le fonctionnaire ordinaire vit une vie de dignité prend du temps, et donc une grande vision réalisée progressivement le long des décennies. En outre, la réalisation, ne fut-ce que partielle, d’un tel idéal requiert des efforts gigantesques et des sacrifices énormes de la part des décideurs. Or, comme on l’a vu précédemment, même si tous les politiciens aspirent au pouvoir, ils n’ont pas tous une vision digne de notre confiance. En outre, certains ont une disposition mentale qui fait qu’ils sacrifient le peuple plutôt que de se sacrifier pour le peuple.

 

 

 

Pour avoir l’idéal d’une société où chacun peut gagner sa vie honnêtement, l’organisation du pays doit être confiée aux hommes et aux femmes qui, tout en ayant des ambitions personnelles, ne peuvent pas les atteindre aux dépens des intérêts du peuple. Ces leaders doivent avoir une grande et noble vision qui les met dans une situation où les priorités nationales s’imposent sur leurs ambitions personnelles. En plus, ils doivent avoir une fondation morale très solide pour qu’ils puissent résister aux sollicitations de la partie animale de leur être, notamment la possibilité d’abuser de leur pouvoir pour s’enrichir. Enfin, ils doivent mettre en place un système de gouvernance qui fait la promotion de la méritocratie et de l’excellence enfin de couper court à la médiocrité. Ils doivent dynamiser l’économie et créer une situation où chacun peut exercer son métier et atteindre ses ambitions économiques dans le respect de la loi.

 

 

 

Pour le faire, je propose trois pistes d’action. Premièrement, il faut bannir le clientélisme et le népotisme. Le premier encourage le fanatisme politique (on doit faire preuve de plus de zèle pour mériter les faveurs du chef) et remplit la politique de personnes aux personnalités douteuses et aux capacités limitées, incapables de vivre la vie qu’ils veulent sans s’appuyer sur les crimes économiques.  Le deuxième problème déstabilise la chaîne d’autorité dans les institutions en soumettant le pouvoir issus de l’ordre hiérarchique à l’allégeance due au parti politique ou à ses dirigeants.  Du coup, cela affaiblit les systèmes de supervision et de promotion des cadres et encourage la médiocrité. Pour bâtir une société de prospérité et de justice, la compétence doit primer sur la politique. C’est pour cette raison que, traditionnellement, on distingue les postes politiques des postes techniques. Et même les postes politiques ne sont pas pour n’importe qui. Il faut les confier à ceux qui peuvent mieux travailler car, dans le cas contraire, nous en souffrons tous.

 

 

 

Deuxièmement, il faut créer des conditions idéales d’investissement pour encourager le développement et la dynamisation du secteur privé. Le faire exige l’éradication pure et simple des pratiques de la corruption par le durcissement des lois et des sanctions sévères à l’encontre de tous les corrompus, du plus haut niveau de l’échelle de la corruption au plus bas. En effet, la corruption est la meilleure façon de décourager les investisseurs. En outre, cela exige un assouplissement de la politique fiscale pour alléger l’impact décourageant des impôts sur les investissements. Certes, l’état a besoin de fonds pour fonctionner, mais il ne doit pas étouffer les investisseurs pour y arriver. Il peut faciliter la multiplication des contribuables et compter sur l’effet nombre pour arriver à ses fins.

 

 

 

Ensuite, il faut diversifier l’économie en promouvant toutes les activités légales et moralement saines qui peuvent conduire à la création des richesses. Le manque de diversification de notre économie constitue une des causes de la bousculade meurtrière que nous avons en politique. Enfin, il faut dépolitiser l’investissement. Il a été prouvé que quand les décideurs sont en même temps investisseurs, les conflits d’intérêts, l’abus de confiance et l’abus du pouvoir entrent dedans et cela entrave le dynamisme de l’économie. Les décideurs de certaines catégories doivent purement et simplement perdre le droit de faire du business et bénéficier des conditions de vie rassurantes.

 

 

 

Troisièmement, il faut bâtir, progressivement, une double culture de la légalité et de l’excellence dans le secteur public et dans le secteur privé. La fraude fiscale constitue un des aspects de la fuite des fonds  et fait perdre aux états. En plus, elle déstabilise la compétition sur le marché. Le degré de productivité détermine le degré de prospérité qu’on réalise. Or, le degré de productivité est le fruit du degré d’exploitation du potentiel humain. Pour éviter de marcher sur place, il faut exiger le maximum de productivité de tout le monde. C’est à ce prix qu’on peut réduire la distance qui nous sépare de la société idéale que nous voulons sans prendre trop de temps.

 

 

 

Comme le lecteur peut bien s’en rendre compte, ces choses ne peuvent pas être faites par n’importe quel leader. Pour être direct, je trouve que ce que ‘édification de la société idéale exige le contraire exact de ce que font les adeptes de la politique du ventre. La qualité des dirigeants détermine la qualité de la société que nous allons avoir et ce que nous allons réaliser comme peuple. Certains politiciens sont peuvent très facilement conduire leurs peuples à la misère ou à la guerre, d’autres sont équipés pour le conduire à la paix et à la prospérité. Aucun peuple ne peut aller plus loin que la capacité de ses dirigeants ne permet. Nous avons attaché l’ethnicité et d’autres critères subjectifs au leadership politique, j’espère que nous avons pris au sérieux les leçons que nos erreurs nous ont apprises.