LE BESOIN DE REALISER QUELQUE CHOSE D’IMPORTANT

 

Chaque être humain normal veut réaliser quelque chose au cours de son existence, quelque chose qui, non seulement correspond à ses aspirations profondes, mais quelque chose dont les effets bienfaisants déborderont pour affecter d’autres vies. Toute personne qui a ses sens voudrait pouvoir se prendre en charge sans enfreindre les droits des autres, prendre soin de sa famille, être utile à sa communauté, à sa nation et à l’humanité en général. La générosité fait partie de la nature de la nature. Le vent et les abeilles transportent le pollen sans rien exiger, le soleil donne sa lumière généreusement ; et les fleurs nous régalent par leur beauté et leur parfum gratuitement. Le potentiel humain est plus que ce qu’une vie totalement centrée sur soi exigerait. En fait, ceux qui sont plus avancés sur le plan humain font plus pour les autres que ce qu’ils font pour eux-mêmes. Ils trouvent leur joie dans la joie des autres et mettent donc leur potentiel au service des autres. Et c’est à eux que nous décernons les prix d’honneur ; jamais a ceux qui vivent pour eux-mêmes exclusivement.

 

Pour aider les humains à être véritablement humains, le leadership politique doit intégrer l’éducation aux valeurs, l’éducation intellectuelle et l’accessibilité équitable des opportunités dans un système national complexe. Traditionnellement, la transmission des valeurs était un devoir sacré des parents, et cela a pu garder les valeurs humaines et sociales intactes pendant des siècles. Une bonne vision doit prévoir cette dimension de l’éducation. L’intelligence est comme un couteau qui peut être utilisé pour tuer ou pour la cuisine selon le choix de celui qui l’utilise. C’est pourquoi il ne suffit pas d’avoir de bonnes écoles pour façonner une génération responsable et humaine. Ce sont les valeurs comme le respect de l’autre (et de ses biens) et la compassion qui contribuent à créer un voisinage pacifique et qui confèrent un sentiment de paix et de quiétude aux membres d’une communauté. Plus une communauté a des membres qui passent les nuits à épier leurs rivaux politiques, à voler dans les champs des voisins ou à cambrioler les maisons, plus cette communauté sera privée de paix.

 

La crise des valeurs engendre toute sorte de désordres et de conflits ; et pour rétablir et maintenir l’ordre, l’état doit déployer beaucoup de moyens ; des moyens qui auraient pu servir à autre chose. Pour avoir échoué à investir dans la création d’une communauté paisible, l’état se retrouve obligé d’investir dans la gestion des conséquences de son irresponsabilité. Les périodes de guerre sont les plus propices à l’émergence des générations sans valeurs, désordonnés, égoïstes et violentes. C’est pourquoi des efforts colossaux doivent être consentis après les conflits pour inculquer les valeurs aux jeunes générations. Le mal humain est si fort que si on ne le combat pas à sa source par une bonne éducation, ni les armes, ni les prisons ne pourront le contenir. En effet, ceux qui portent les armes et ceux qui appliquent les lois risques d’être plus représentatifs du mal qu’ils sont appelés à réprimer que ceux qu’ils arrêtent ou qu’ils jugent. Les personnes qui ont un bon système de valeurs ont la force morale intérieure qui les aide à déployer leur potentiel pour leur propre bien et celui de leur nation sans y être contraints. Ceux qui n’en ont pas peuvent devenir inutiles, voire dangereuses.  

 

Mais, les convictions morales avec une tête vide ne suffisent pas. S’il est vrai qu’un ange stupide vaut de loin mieux qu’un démon intelligent, il ne faut pas s’en contenter. Au contraire, il faut viser plus loin – des anges intelligents autant que faire se peut. Chaque citoyen a des capacités énormes qui attendent d’être débusquées, aiguisées et utilisées pour la promotion de l’intérêt général ; et c’est ici qu’intervient l’éducation intellectuelle. La formation scolaire et académique doit s’inspirer de ce besoin d’aiguiser les talents naturels des citoyens enfin d’en faire des hommes et des femmes utiles à leur peuple et au monde en général. Un système éducatif qui fait de l’empli la visée de la formation académique crée des citoyens égoïstes qui ne voient que le bout de leur nez, capables d’opprimer leur propre peuple. Dès le départ du processus de la formation intellectuelle, il faut inculquer à l’enfant le double principe de l’appartenance et de la redevabilité : il fait partie d’une communauté, d’une nation et d’une humanité qui attendent de lui dévouement et service. Les premières années de la scolarisation devraient servir à découvrir les talents de chaque enfant. Les années intermédiaires devraient servir à aider l’enfant à se découvrir avant de prendre un domaine précis que l’élève poursuivrait à l’université. Ceci implique un système éducatif qui est centré sur l’apprenant et qui le guide vers la réalisation de soi.

 

L’éducation, ce n’est pas pour se débarrasser des enfants ou juste pour créer de l’emploi pour les enseignants. C’est pour préparer les générations futures capables de préserver les acquis nationaux et de bâtir sur la fondation qu’ils trouveront pour faire un pays beaucoup meilleurs. Pour ce, les enfants ont besoin d’être guidés vers les domaines ou ils seront le plus utiles à leur société. Ils ont aussi besoin d’avoir un esprit large pour se mettre effectivement au service de leur société une fois les études terminées.

 

Pour y parvenir, le système éducatif doit comprendre trois volets complémentaires : la formation intellectuelle pour aiguiser les capacités mentales, la formation aux valeurs morales et l’accompagnement de chaque élève. La  formation intellectuelle doit être suffisamment diversifiée, surtout après les premières années qui conduisent à la découverte de ses talents. Cette classification des apprenants par domaine d’intérêt et par dons naturels nécessite un autre volet : celui de l’accompagnement et du coaching. C’est un gaspillage indescriptible de ressources quand un élève doit choisir sa faculté sans avoir jamais eu une seule séance de coaching et d’orientation au cours de sa vie. C’est une éducation à l’aveuglette qui, tout en coutant des montant colossaux d’argent, risque de ne pas reporter beaucoup, en dividendes ! Les enfants qui font les études post-primaires – ou post-fondamentales doivent bénéficier d’accompagnement et de coaching pour ne pas faire des choix fantaisistes.

 

En aidant nos enfants à poursuivre les études qui sont les plus compatibles avec leurs passions et leurs talents intellectuels et pratiques, nous devons aussi nous engager à promouvoir la recherche et la technologie. En effet, chaque pays a ses Einsteins et ses Edisons, y compris le Burundi. Mais, Einstein a besoin d’un laboratoire bien équipée pour découvrir la loi de la relativité ; et Edison à besoin d’équipements de base pour inventer la lampe. La recherche et la technologie sont les domaines qui ont le plus révolutionné le pays en leur conférant l’indépendance technologique et la prééminence sur ceux qui sont technologiquement dépendants. On dit que celui qui achète enrichit celui qui vend. Le fait que nous achetons pratiquement tous les outils transformé contribue à notre appauvrissement et a l’enrichissement des riches. Les termes cache-problèmes comme « coopération » n’y change rien. En fait, le commerce international est intrinsèquement injuste. Le véhicule qui me coûte cinq mille dollars au port de Bujumbura coûte au Japonais deux mille dollars Américains à Nagoya ; alors que le pouvoir d’achat d’un Japonais moyen est de loin supérieur à celui d’un Burundais moyen. Quand le pauvre doit payer plus et que le riche paye moins pour acheter le même article, vous comprenez les implications ! La dépendance technologique constitue un des plus gros obstacles au développement des pays pauvres ! Je ne blâme pas les hommes et les femmes d’affaires ; je blâme la dépendance technologique. Ce problème économique ne peut se résoudre sans un système éducatif qui fait la promotion de la recherche et de la technologie. Un programme politique qui ne prévoit rien dans la lutte pour l’inversement de la tendance, même s’il faut 50 ans pour y arriver, n’est pas digne d’un vote populaire.

 

Enfin, la formation scolaire et académique devrait comprendre un volet d’éducation aux valeurs, comme je l’ai dit. Nous ne pourrons jamais éviter d’avoir des leaders corrompus qui se ventent d’avoir dévalisé les fonds publics aussi longtemps que l’honnêteté et l’intégrité ne seront pas partie de nos programmes scolaires. Si nous voulons des leaders qui aiment leur peuple, qui le servent avec dévouement et qui utilisent les ressources qui sont à leur disposition honnêtement, nous devons les préparer dès les premiers niveaux de leur formation scolaire. Dans une culture qui fait l’apologie de la tricherie, il va de soi que la corruption devient un mode de gouvernement. On récolte ce qu’on sème ! Si nous savons ce que nous voulons récolter, alors nous saurons ce qu’il faut semer.

 

L’éducation revêt un caractère particulièrement important : c’est la préparation de ceux et celle qui celles géreront le pays dans l’avenir. Ne dit-on pas que la philosophie qui règne dans nos salles de classe pendant une génération domine le gouvernement de la génération suivante (Abraham Lincoln)? Dans un contexte de pauvreté, avec des familles qui ne peuvent pas se payer les études de leurs enfants, l’état doit faire deux choses : injecter des fonds dans l’éducation et engager le peuple dans une campagne de développement économique intense et soutenue pour relever le pouvoir économique de la population. Nous n’avons pas le droit de laisser la médiocrité régner dans nos écoles (classes sans outils pédagogiques, programmes mal préparés, enseignants mecontents, surchargés et mal préparés parfois – enseignants des cours qu’ils ne comprennent pas, etc.) et nous attendre à avoir un meilleur pays demain.

 

Nous ne pouvons pas brandir l’argument de la pauvreté pour ne pas appuyer les étudiants par une bourse qui leur donne un sens de dignité ; dans un contexte de pauvreté comme le nôtre. C’est un acte suicidaire pour une nation. Il vaut mieux sacrifier les vieux au profit des jeunes, revoir l’affectation des fonds dans le budget de l’état pour mettre les domaines qui comptent le plus au premier plan. Oui, les budgets doivent être revus pour que les dépenses qui ne sont pas prioritaires pour   l’avenir du pays soient revues   à la baisse enfin de pouvoir augmenter les dépenses d’investissement, notamment celles qui concernent l’éducation et les activités de développement économique du peuple.

 

Une bonne vision politique donne une place de choix à l’éducation scolaire et académique, avec un accent particulier sur la qualité de l’éducation, la diversité scolaire et académique, la recherche et la technologie. Un programme politique qui ne prévoit pas d’investit sérieusement dans le développement de toutes les capacités mentales disponibles dans le pays est le fruit d’une terrible cécité politique et d’un manque de vision notoire.  Or, le leadership se définit par la vision et la capacite de fédérer les gens autour de cette vision. Il est donc la manifestation d’un leadership politique qui n’en est pas un.

 

Mais comme on l’a dit pour les autres besoins, l’éducation doit être envisagée dans un contexte d’inclusion et d’équité. Tout le monde n’a pas nécessairement la capacité de faire de longues d’études, mais chacun a des talents et une capacite mentale qui ont besoin d’être découverts et aiguisés pour l’intérêt général, indépendamment de son arrière-plan. Injecter le favoritisme dans l’éducation, c’est sacrifier l’intérêt général. Au départ, il faut tout faire pour donner les mêmes chances aux enfants. Ensuite, il faut appliquer la méritocratie pour faire libre cours à la qualité. La méritocratie doit primer quand des choix qui exigent la sélection doivent se faire. Et si ce principe de la méritocratie est bien appliqué dans le cadre d’un système d’éducation dépourvue de discrimination  aux bas niveaux de la formation scolaire, la diversité que nous avons dans la société s’imposera naturellement au sein de l’élite. Il faut éviter de prédéterminer qui va faire partie de l’élite ; il faut donner la chance aux plus capables, tout en offrant des opportunités égales à tout le monde aux niveaux préparatoires. La nature prendra soin de l’équilibrage nécessaire.