Nous allons maintenant analyser les cinq besoins fondamentaux de l’homme un à un, et voir ensemble comment ils s’intègrent dans une vision politique qui en respecte l’importance. Comme je l’ai dit précédemment, le besoin de la justice est transversal et se trouve partout – on ne le traitera donc pas en isolement, mais conjointement avec les quatre autres. Je voudrais cependant avertir le lecteur : nous sommes dans la logique d’une politique qui est au service de l’homme et de la société ; ce qui justifie la nécessité d’une vision politique qui se fonde sur les besoins intrinsèques de tout être humain. Nous ne reconnaissons pas les visions et programmes politiques artificiellement conçus juste pour tromper le peuple et gagner les élections mais sans qu’ils reflètent les véritables motivations et intentions des politiciens. De tels documents contiennent des mensonges alléchants qui créent des attentes qui ne seront jamais satisfaites ; et qui font perdre du temps précieux aux peuples. Ici, nous parlons de politiciens honnêtes qui croient ce qu’ils disent du fond de leur cœur ; et qui sont engagés à faire ce qu’ils disent avec leur dernière énergie. Nous commençons par le besoin le plus essentiel de tous : le besoin de vivre.

 

Le besoin de vivre constitue le besoin le plus élémentaire dont doit s’occuper une bonne vision politique. En effet, la vie est la chose la plus précieuse que tout être humain possède. Toutes les autres possessions sont possibles seulement quand on a la vie. Et comme une bonne vision politique s’évertue à conduire un peuple donné vers un état de bonheur et de satisfaction, il va de soi qu’elle doit accorder une place de choix à l’entretien et à la protection de la vie. Le bonheur est possible uniquement pour ceux qui sont vivants. Une vision politique qui préserve la vie des citoyens s’axe sur au moins six domaines différents mais interconnectés et complémentaires.

 

Premièrement, elle se fonde sur une bonne philosophie de la vie. Nous avons tous une certaine idée de ce que nous croyons que la vie est ; et cette idée façonne notre attitude envers nos semblables. Certaines philosophies de la vie sont catastrophiques, anti-vie ; et tous les peuples courent le risquent de voir leur destinée façonnée par des leaders qui ne valorisent pas la vie ; ou qui conditionnent la valeur de la vie à d’autres paramètres subjectifs. Qui n’a pas entendu parler des leaders qui défendaient le massacre des invalides arguant qu’ils sont inutiles à la société ou qu’ils constituent un fardeau lourd que les valides sont obligés de porter ? Qui n’a pas entendu parler de ceux qui donnent de la valeur aux citoyens selon leur capacité de contribuer au progrès de la société – scientifiquement ou financièrement ?

 

Un peuple qui veut être heureux doit d’abord vivre. Et pour vivre, il doit avoir des leaders qui valorisent la vie de chacun de ses membres. En effet, le massacre des populations n’est pas toujours fait par des envahisseurs étrangers. Il arrive que les institutions des états, en mission tout à fait légale (mais immorale) de l’état, versent le sang des citoyens. La plus grande tragédie pour un peuple est de se retrouver dans une situation où les brebis sont confiées à des hyènes. Il y a des politiciens qui voient le peuple comme une proie, une source de biens matériels ; au lieu de voir des vies fragiles qui méritent protection et respect. Il y a des politiciens qui, pour atteindre leurs objectifs, massacrent leurs concitoyens. Une bonne vision politique commence par une ferme croyance en la primauté de la vie sur tous les intérêts, qu’ils soient politiques, économiques, religieux, etc. Si on ne peut pas développer un peuple sans le faire saigner, on n’est pas digne d’en être le dirigeant. Un bon dirigeant doit pouvoir développer un peuple tout en préservant ce que ce peuple a de plus cher : la vie.

 

La protection de la vie commence donc par des leaders qui ont un profond respect pour la vie. Pour moi, la philosophie de la vie la plus capable de créer ce sens de respect de la vie se fonde sur le principe de la sacralité de la vie. Le fait que tout être humain est une créature de Dieu qui porte l’image de Dieu en elle me fait comprendre que tout humain a une valeur intrinsèque qui ne dépend ni de sa race, sa tribu, son groupe ethnique, son statu économique, son allégeance politique, son niveau d’éducation, sa religion, etc. Evidemment, il ne suffit pas de confesser mentalement la sacralité de la vie pour respecter la vie, il faut avoir un profond respect pour le Créateur et Ses créatures. C’est ce que les anciens Prophètes appelaient « La crainte de l’Eternel ».

 

Ici, nous ne parlons pas de religion, nous parlons de spiritualité. Les plus grands meurtriers ne sont pas sans religion ; bien au contraire. Nous savons qu’il y a eu (et qu’il y a toujours) des massacres perpétrés au nom de la religion. Pour les Chrétiens, nous avons une loi qui transcende toutes les autres ; aimer (agapeo en Grec) son prochain comme on s’aime. « Agapeoer »[1] son prochain, c’est lui faire du bien non pas pour en tirer des profits, mais simplement pour le plaisir de rendre sa vie meilleure. C’est cela la vraie mesure de la spiritualité ; tout le reste n’est que bla bla bla[2]. Nous avons besoin d’apprendre à distinguer la religion de la spiritualité et à cultiver la deuxième dans notre vie. La religion conduit au fanatisme, la spiritualité produit un style de vie qui s’inspire des principes issus des écritures saintes. La religion crée l’étroitesse d’esprit, la spiritualité crée la largesse de cœur et d’esprit. La religion crée le sectarisme, la méfiance, l’arrogance et l’hostilité ; la spiritualité produit un cœur qui aime tout ce que Dieu aime.

 

Les citoyens constituent la ressource la plus importante dont un gouvernement dispose. C’est pourquoi la protection et la préservation de la vie doit être une priorité absolue et inspirer le gouvernement dans tout ce qu’il fait. Que des institutions étatiques soient responsables des meurtres, c’est inadmissible ! Le gouvernement doit être le plus grand protecteur des droits humains, dont le droit à la vie. A mon sens, les organisations qui luttent pour la protection des droits humains sont un aveu d’échec des gouvernements à faire leur plus élémentaire travail : protéger les citoyens et les résidents étrangers.

Mais, une bonne philosophie de la vie n’est que le début. Aussi longtemps qu’elle ne produit pas une culture de respect de la vie, le sacrifice des vies ne pourra pas être évité ; et c’est le deuxième aspect d’une vision qui promet paix et bonheur au peuple. La plus grande garantie de sécurité n’est pas un riche arsenal ou une police exceptionnellement équipée et professionnelle, c’est une forte culture de respect de la vie partagée par tout le peuple. Une telle culture se fonde sur des valeurs humaines et sociales. Les gouvernements qui parviennent à inculquer ces valeurs aux citoyens font les pays les plus paisibles.

 

Pour les peuples qui ont perdu les repères et qui vivent comme des chiens enragés déchaînés les uns contre les autres, une bonne vision politique doit impérativement donner la place au développement d’une telle culture par l’éducation des jeunes générations surtout. Pendant que les générations déjà envahies par le virus de la méchanceté exigent la main forte de la justice pour ne pas déstabiliser la société, les gouvernements doivent aussi préparer de meilleures générations.  Parfois, il y a des générations qui sont tellement embourbées dans la banalisation de la vie qu’on doit attendre leur disparition et éduquer les jeunes générations pour éviter qu’elles ne les contaminent avec leur virus de l’animalité.

 

Une vision politique qui valorise la vie doit promouvoir les valeurs humaines qui permettent aux gens de se respecter et de se protéger mutuellement sans y être contraints par une force externe. En développant la sensibilité de la boussole morale interne des citoyens, on leur donne la capacité de vivre harmonieusement sans qu’on doive brandir la loi et les armes. Il est vrai qu’il y aura toujours des déviants en dépit de tous les efforts consentis dans ce sens. Mais, les exceptions ne devraient pas nous faire oublier la norme. Il vaut mieux avoir des citoyens qui se respectent naturellement parce qu’ils comprennent que c’est la bonne chose à faire ; plutôt que de les voir se respecter par peur de se faire taper sur la tête. A cet effet, l’état doit intégrer les valeurs dans la vie du peuple, en offrant un bon exemple (notamment par une bonne gestion des affaires publiques), en intégrant les valeurs dans la formation préscolaire, scolaire et académique ; et dans tous les services publics et privés.

 

Mais, les menaces contre la vie ne viennent pas de la méchanceté du voisin méfiant seulement, elles viennent aussi d’une alimentation inadéquate ; et c’est ici qu’intervient le troisième aspect d’une vision politique qui valorise la vie : l’indépendance économique du peuple. Pour préserver la vie, les besoins primaires – notamment le manger et le boire, doivent être satisfaits.  Pour beaucoup de peuples pauvres, cela est devenu impossible sans l’intervention des « abagiraneza ». Mais, a y voir de près, le problème est doublement problématique. Souvent, la pauvreté est un problème artificiel créé par l’homme par une politique qui assure l’accès aux ressources a certains citoyens et en excluent d’autres. Dans certains cas extrêmes, les dirigeants aiment garder les peuples dans la misère délibérément pour avoir un éternel argument pour décrocher les aides ; mais aussi pour asseoir leur pouvoir indéfiniment, assurés d’avoir un peuple qui a besoin d’eux pour manger ; et donc un peuple qu’ils peuvent manipuler à leur guise. Et ça, c’est de l’abomination pure et simple ! Un bon leadership doit s’évertuer à rendre le peuple capable de se nourrir sans apports externes, ce qui implique la centralité du développement économique dans leur vision politique.

 

Le développement économique d’un peuple passe par deux axes principaux : la capitalisation du potentiel dont il dispose – à commencer par les ressources humaines ; et la culture d’une excellente gouvernance. Je crois fermement que tout peuple a le potentiel de se développer et de se prendre en charge. La différence entre les peuples riches et les peuples affamés se trouve dans la différence entre les capacités de leurs leaders à mettre le potentiel disponible au service de l’intérêt général. Un leadership visionnaire et capable se focalise sur les ressources disponibles pour les rentabiliser et maximiser la production. Un leadership sans véritable vision politique met sa survie au-dessus de la survie du peuple et persécute ses visionnaires. Un leadership visionnaire rassemble les meilleures filles et les meilleurs fils du pays pour mettre leur matière grise au service du peuple, indépendamment de leur arrière-plan ethnique, politique ou religieux. Un leadership sans vision confie les plus lourdes responsabilités à des gens dociles et médiocres et rend la vie difficile aux esprits indépendants qui aiment poser des questions difficiles – et souvent, ce sont eux les plus capables. Un leadership visionnaire met ses plus capables citoyens dans des conditions qui leur permettent non seulement de rester au pays, mais aussi de déployer toutes leurs compétences pour l’intérêt de tous. Les leaders médiocres, au contraire, peuvent ordonner le meurtre de citoyens exceptionnellement compétents en qui l’état a investi pendant des dizaines d’années ; juste à cause d’une mésentente politique. Ils subordonnent la vie des citoyens et l’intérêt général aux intérêts personnels et de groupe.

 

Le deuxième axe concerne la bonne gouvernance. La corruption, le trafic d’influence et le détournement des fonds publics sont les plus grands ennemis de l’économie. Pour tirer un peuple de la misère, il faut assainir la gouvernance et permettre la libre compétition sur le marché. Le dynamisme économique n’est possible que si les dirigeants créent des conditions qui permettent à tous les citoyens qui ont une idée qui peut se convertir en richesses de la mettre à exécution sans entraves. Cela est impossible quand les dignitaires sont aussi commerçants ; ou quand leur ventre vient avant l’intérêt général.

 

Une fois que le peuple peut se nourrir et avoir une bonne santé, il reste alors la lutte contre la maladie pour retarder la mort aussi longtemps que possible – c’est le quatrième aspect de la vision qui valorise la vie.  La mort est l’une des rares choses qui nous sont garanties, mais grâce à la science et la technologie, elle peut être retardée de façon significative. Une bonne vision politique s’intéresse à la science et à la technologie enfin de prolonger la vie autant que faire se peut. Il ne suffit pas de construire les hôpitaux, il faut les équiper en personnel soignant qualifié, professionnel et bien organisé ; et en équipements. Il ne suffit pas d’avoir des hôpitaux et centres de santé bien équipés, il faut que le peuple soit capable de se payer la facture. Mais comme certains cas compliqués  peuvent ruiner les familles, il faut savoir organiser un système médical qui permet même aux moins nantis de ne pas mourir alors qu’il était encore possible qu’ils vivent.

 

Ce genre de système qui permet même aux plus pauvres de se faire soigner ne doit en aucun cas être perçu sous les loupes de la gratuité des soins : il est impossible que les soient médicaux soient gratuits. Le personnel soignant doit percevoir un salaire, les équipements médicaux s’achètent en devises et les médicaments aussi. En fait, les citoyens qui bénéficient de ce privilège doivent comprendre que les autres citoyens payent pour eux. A ce sens, un tel système est le fruit des efforts des citoyens qui ont plus de moyens ; le gouvernement n’est qu’un organisateur des fonds que ces citoyens donnent pour assister leurs concitoyens pauvres.

 

Mais, dans le long terme, même cela ne suffit pas. En effet, aussi longtemps qu’on est technologiquement dépendant, on reste limité dans sa capacite de protéger son peuple par un bon système de santé. Le producteur et le vendeur des équipements médicaux et des médicaments gardent un monopole qui, mélangé aux intérêts économiques et hégémoniques, peut se révéler dangereux. On sait déjà qu’il arrive que des médicaments interdits sous d’autres cieux soient en circulation dans nos pays pauvres ; et cela constitue un problème grave de santé publique. Même les médicaments qui sont utilisés ailleurs restent un problème potentiel si nous n’avons pas la capacité d’en mesurer la dangerosité. Il est évident que le commerce international est entaché d’injustices de plusieurs sortes ; et les pays pauvres doivent avoir des plans de sortie de ces injustices. Dans le long terme, une bonne vision devrait assurer au peuple une indépendance technologique ; pas seulement dans le domaine médical mais dans tous les domaines. Ceci rentre dans les responsabilités des dirigeants de protéger la vie de leur population.

 

Parfois, les menaces contre la vie ne viennent pas de la maladie, mais des concitoyens mal intentionnés ; d’où la nécessité de pouvoir protéger les citoyens contre les actes de méchanceté de leurs concitoyens moralement et / ou mentalement déréglés. Notre pays en est une démonstration spectaculaire de ce problème de mépris de la vie par les citoyens ordinaires. Avec des décennies de violence, nous sommes descendus tellement bas que l’élimination d’une vie humaine est devenue la plus simple des choses. Nous avons fait de notre pays un repère de meurtriers. Dans un contexte comme le nôtre, une bonne vision politique doit prévoir le déploiement musclé de la force contre toute personne qui représente un danger contre la vie. Quand la méchanceté prend le dessus, il est inutile de parler de valeurs. Il faut durcir la loi et l’appliquer durement.  Celui qui ne respecte pas la vie des l’autres doit alors sentir le fouet de la loi et se voir retirer le privilège de vivre librement au sein de la population. Ceux qui ne veulent pas vivre en paix avec les autres doivent avoir ce qu’ils méritent : un retrait de la société.

 

Cependant, de telles personnes sont généralement victimes d’un désordre sociopolitique prolongé associé à une éducation défectueuse en valeurs morales ; et ont besoin d’être rééduquées. Par implication, la prison doit être un centre de rééducation où les pires des citoyens apprennent à retrouver l’humanité. Emprisonner des meurtriers, des voleurs et d’autres criminels et les relâcher des années plus tard pour les déverser dans la société sans aucune forme de rééducation, c’est potentiellement mettre toute la société en danger. Une bonne vision politique ne se limite donc pas à l’éducation, elle comprend aussi la punition et la rééducation. Elle reconnaît le mal humain et préconise une justice libre, capable de frapper quand il faut frapper, et frapper sur tous ceux qui méritent d’être frappés, chacun selon le poids de ses infractions ; pour leur apprendre à être humains, après.

 

Enfin, protéger la vie, c’est prévenir les accidents et les catastrophes. La dimension de la sécurité des usagers de la voie publique doit transparaître dans la façon dont nos routes et nos ponts sont construits, dans la régulation de la circulation, dans les lois qui régulent l’importation des véhicules, dans l’organisation du transport public, dans les lois qui concernent les espaces où beaucoup de personnes se rassemblent, dans les lois qui régulent la construction des bâtiments, la mise en place des installations électriques, etc. Au Burundi, nous avons du pain sur la planche ! Prenons juste deux cas ! C’est très étrange que des routes construites sur financement de la Banque Mondiale ne préconisent aucun espace pour les cyclistes et les piétons! Construire de telles routes, c’est faire preuve d’un mépris total pour la vie des citoyens. C’est très bizarre que l’installation de l’électricité dans les maisons ne semble se faire sous aucune surveillance de la part de l’état quand on connait les dégâts que peut causer une mauvaise installation électrique ! Je conclus tout simplement que  nos vies ne sont pas suffisamment protégées.

 

Ensuite, la politique de protection de la vie doit aussi transparaître dans la politique de prévention et de gestion des catastrophes naturelles. Nous vivons dans un monde qui a ses caprices, et il ne faut pas attendre que la tornade frappe avant de penser à ce qu’il faut faire. Une bonne vision préconise des instruments d’intervention pour secourir les victimes des catastrophes naturelles le plus rapidement possible. Une vision politique qui ne prend pas ces éléments en compte prend la vie du peuple à la légère. La vie des citoyens est la plus précieuse richesse et mérite toute l’attention des dirigeants. Les leaders visionnaires le savent et comprennent l’importance de la sécurité des citoyens dans toutes ses dimensions.

 

Si la vie des citoyens est vraiment importante pour le leader, alors cela doit apparaître dans tout ce qu’il fait. Les actions des dirigeants montrent leurs vraies priorités. Quand la police de protection civile ne dispose d’aucun hélicoptère alors que certains dignitaires peuvent facilement s’en acheter un avec l’argent public volé ; quand nos routes n’ont pas de feu de signalisation alors que certains dignitaires, grâce au détournement de fonds ou au trafic illégal, ont des systèmes d’alarmes sophistiquées dans leurs citadelles, cela parle plus que les discours.

 

Dans tout ce que nous venons de dire sur la protection de la vie, la justice doit primer. Tout citoyen a la même importance que les autres devant un leader visionnaire. Personne ne mérite plus de protection que les autres, personne ne doit être écarté des bras protecteurs des pouvoirs publics, sauf ceux qui décident de devenir des menaces contre la vie des autres. Mais, même ceux-là doivent être gérés selon des règles bien claires qui protègent leur dignité humaine intrinsèque. Ceci est même plus important dans notre contexte où, après des années de leadership égoïste et discriminateur, certains ne font plus confiance aux pouvoirs publics, selon le parti qui est au pouvoir ou l’identité ethnique du décideur. Autrefois, quand certains voyaient un soldat, ils prenaient la fuite immédiatement. Aujourd’hui, le même phénomène s’observe, surtout avec la police. Autrefois, certains parlaient de paix et de stabilité alors que des centaines de milliers de refugiés vivaient en exil. Aujourd’hui, le même scénario se répète. Pour des raisons différentes et similaires, nous avons créés un contexte de méfiance.

 

Avec tout ce que j’ai dit, je voudrais souligner un fait d’importance capitale : sans la justice, la protection de la vie devient une autre forme de discrimination. Certaines vies sont protégées, d’autres sont sacrifiées. Une bonne vision ne connaît pas ce genre de discrimination : elle englobe tous les citoyens dans une étreinte protectrice. Un bon leadership transcende toutes les différences, qu’elles soient ethniques, politiques ou religieuses. Les leaders visionnaires reconnaissent deux sortes de citoyens : ceux qui respectent la loi et qui doivent être encouragés et protégés ; et ceux qui violent la loi et qui doivent subir le fouet de la justice et qui doivent être rééduqués. Le peuple est un et indivisible ; et le leader visionnaire s’évertue à renforcer l’unité du peuple dans sa diversité en servant tous les citoyens de la même façon. Les leaders visionnaires comprennent cette vérité, et cela transparaît dans leur vision et dans leur manière de vivre et de faire. Ils ne se contentent pas de copier ces paroles, ils en font une croyance fondamentale qui guide leur approche dans l’organisation de la nation.

 

En ce qui concerne le respect de la vie, il y aune ironie qui entoure les démocraties libérales. Elles ont tendance à donner tellement d’importance aux droits de l’homme qu’elles légalisent le massacre des fœtus comme un acte banal. C’est très bizarre et foncièrement illogique de subordonner la vie d’un être humain à la liberté d’un autre, même quand le deuxième individu est la maman du premier. Je trouve insensé que l’existence d’un être humain qui a déjà une vie dépende du choix de quelqu’un ! Comme la vie commence à la conception, alors l’avortement constitue un meurtre et doit donc être strictement réglementé pour n’être permis que dans des cas moralement justifiables. Nous avons tous été des fœtus et ne serions pas vivants si les caprices de certains de nos parents avaient la force de la loi. La liberté n’est jamais plus importante que la vie ; la vie est plus importante que la liberté. Au non du respect que nous devons à la vie (la nôtre, celle des autres et celle de ceux qui ne sont pas encore nés), nous devons accepter que nos droits et nos libertés soient restreintes.

 

L’ironie vient du fait que ces mêmes démocraties sont engagées à combattre certains maux globaux comme le réchauffement climatique pour léguer une planète habitable aux générations futures tout en légalisant le massacre des fœtus. Préparer un bon avenir pour les générations futures et refuser le droit d’avoir cet avenir a des millions de fœtus, c’est contradictoire. L’autodestruction constitue le niveau le plus bas de déchéance d’une espèce donnée; et les  hommes semblent être capables de descendre plus bas que les animaux, sur ce point. Suite aux idéaux humanistes, modernistes et postmodernistes, le monde se trouve dans une confusion morale qui parfois conduit à des politiques bizarres. Malheureusement, l’impérialisme culturel et politique aidant, les fruits de cette confusion morale sont souvent exportés avec pompes vers les autres parties du monde.

 

La légalisation de l’avortement constitue un des problèmes moraux les plus emblématiques de notre époque. C’est l’une des plus grandes démonstrations de la décadence morale de l’humanité. En fait, il y a un génocide silencieux qui se commet chaque jour quelque part dans les cliniques des pays qui ont légalisé l’avortement (et dans les chambres obscures des pays où il n’est pas légalisé). Par exemple, de 1970 à 2013, il y a eu 51, 888,303 avortements volontaires aux états Unis seulement; et cela concerne uniquement ceux qui ont été inclus dans les rapports officiels ; et tous les états n’ont pas produit ces rapports[1]. Dans le monde, il se fait en moyenne 115.000 avortement volontaires par jour ; et 42 millions par an[2]. Quelle mouche a piqué les humains ? Pouvons-nous vraiment bâtir un monde heureux sur le sang de ces fœtus que nous décimons impunément ? Certes, il y aura toujours des gens qui font recours à l’avortement  même dans les pays qui criminalisent cet acte, et souvent dans des conditions dangereuses pour ces mamans qui refusent la maternité. Mais, il vaut mieux trouver d’autres mécanismes de gérer ce problème au lieu de légaliser le meurtre d’innocents qui ne peuvent même pas se défendre.



[1] https://en.wikipedia.org/wiki/Abortion_statistics_in_the_United_States

[2] http://www.abortionno.org/abortion-facts/

 

 

Au lieu de légaliser  l’avortement, il faut plutôt éduquer les gens à ne pas jouer avec le sexe ; et à assumer les conséquences de leur activité sexuelle. Le dérèglement sexuel est responsable de la plupart des cas des grossesses qui sont volontairement interrompus. Le sexe n’est pas un jouet, et les rapports sexuels sont un acte qui implique des responsabilités. On ne peut pas résoudre un problème moral en lui superposant un autre problème moral ; cela ne fait que nous rendre pires. Nous devons éduquer nos citoyens enfin qu’ils sachent bien se gouverner. Généralement, pour bien résoudre un problème, il faut l’attaquer à son origine. Sinon, quand on justifie le meurtre comme un signe de respect de la liberté des gens, on plonge la société dans une spirale de dégénérescence morale. Or, sans valeurs, aucune société ne peut subsister. En outre, il faut apprendre aux gens à assumer leurs responsabilités. La conception est rarement accidentelle ; elle fait partie des conséquences des actes délibérés et les auteurs de ces actes doivent assumer les conséquences de leurs actions.

 

Mais, il y a aussi une ironie qui entoure les démocraties dirigées quand elles sacrifient les vies des opposants, des journalistes et des activistes de la société civile pour préserver la stabilité des régimes. A mon sens, les régimes politiques ne sont pas plus importants que les vies des citoyens, surtout les citoyens dont l’objectif et d’apporter leur contribution pour bâtir une meilleure société. Je préfère voir un président qui est demis de ses fonctions s’il a trahi son peuple même si cela fait mal, plutôt que de voir un peuple qui se fait massacrer par un leader qui s’accroche au pouvoir au point de sacrifier une partie de son peuple. L’existence des medias privés permet aux régimes d’avoir accès aux informations que leurs services de communication peuvent ne pas avoir ou délibérément cacher. Les défenseurs des droits de l’homme fonctionnent comme une alerte morale quand le gouvernement ne parvient pas à protéger les droits des citoyens. Enfin, les opposants politiques sont utiles aux gouvernants car ils peuvent présenter des alternatives auxquelles les gouvernants ont besoin de penser.

 

Evidemment, l’action des journalistes, celle des organisations de la société civile et celle des opposants politiques doivent être réglementées par la loi pour qu’elles restent subordonnées à l’intérêt général ; cela va de soi. Mais la loi ne doit seulement pas les limiter, elle doit aussi les protéger car, ce sont des actions qui découlent d’autres besoins naturels humains. En effet, l’accès à l’information nous permet de faire de bons choix personnels, mais aussi comme peuple. En outre, si l’état ne parvient pas à protéger les droits de tous les citoyens, il est salutaire que quelqu’un sonne le cri d’alarme. Enfin, la politique est une question de choix entre plusieurs alternatives ; et les meilleurs choix exigent la pluralité d’alternatives – donc la présence d’une opposition libre.

 

 Ce que je trouve d’anormal dans les démocraties dirigées, c’est une forme de déification des dirigeants, à tel enseigne que la survie de leur régime devient plus importante que les vies humaines. Si l’action des media, des défenseurs des droits humains et celle des opposants politique révèlent que le régime est incompétent, celui-ci doit s’amender ou laisser la place à ceux qui peuvent mieux diriger le pays, au moyen d’élections pacifiques. Refuser aux citoyens le droit d’avoir leurs besoins intrinsèques satisfaits, c’est leur assurer la douleur et la frustration. Dans l’article qui suivra, nous parlerons du besoin de la paix. 

 



[1] La Bible française utilise le verbe “aimer”, mais l’original grec parle d’agapeo, un amour désintéresse que certaines Bibles traduisent aussi par “charité”. C’est le fait de se mettre au service de l’autre, consentir des sacrifices sans rien exiger en retour, uniquement pour rendre la vie de l’autre plus agréable. Une bonne démonstration est offerte par l’histoire du Bon Samaritain (

[2] Voir la Bible, 1 Corinthiens 13 : 1-

[3] https://en.wikipedia.org/wiki/Abortion_statistics_in_the_United_States

[4] http://www.abortionno.org/abortion-facts/