DE L’HOMME ET DE LA SOCIETE HUMAINE

 

Nous étions partis d’un constat simple: il y a une lutte d’influence acharnée entre la  version occidentale de la démocratie (la démocratie libérale) et la version orientale (démocratie dirigée) sur le continent Africain. Nous avions constaté que, face à cette situation, les pays Africains doivent choisir la voie à prendre. Et comme cette confrontation entre les deux modèles de démocratie peut contribuer à stabiliser ou à déstabiliser les pays Africains, les peuples et les dirigeants Africains n’ont pas le droit de prendre ce problème à la légère, notre avenir en dépend. Par conséquent, le choix doit être fait avec la plus grande attention, ce qui implique une référence suffisamment crédible et stable pour guider ce choix, et non le simple désir de pérenniser les règnes des différents régimes politiques. C’est à ce niveau que nous avions alors parlé de la vision.

 

En effet, les choix que les pays font concernant leurs systèmes politiques, doivent dépendre de ce qu’ils veulent devenir. Les systèmes politiques sont le chemin, la destination est la vision. Sans vision, il est impossible de choisir le bon chemin. Ceci veut dire que les régimes qui n’ont pas de vision politique nationale ne peuvent pas faire un bon choix car ils n’ont pas la bonne référence. Leurs intérêts deviennent la référence ; et souvent, ils les camouflent dans un torrent de belles paroles, avec un langage qui fait croire qu’ils ont l’intérêt général à cœur. Malheureusement, de tels mensonges et déclarations démagogiques ne font que retarder les choses sérieuses pour les peuples qui sont forcés de croire aux illusions;  et cela ne peut pas conduire à la stabilité de leurs pays puisque, dans la pratique, le choix ne s’inspire pas de l’intérêt général.  C’est ici que les peuples doivent faire preuve de vigilance. Chaque choix que nos dirigeants font contribue à façonner notre avenir : un avenir de chaos ou d’ordre, un avenir de misère ou de prospérité, un avenir néo-colonisation continue ou d’auto-détermination effective. La logique la plus élémentaire voudrait dont dire que nous devons faire des choix qui nous aident le mieux à aller là où nous voulons aller, à réaliser ce que nous voulons réaliser, à devenir ce que nous voulons devenir ; d’où la nécessité d’avoir une bonne vision.

 

Mais parler de vision, c’est parler de l’être humain et de la société humaine. Une bonne vision politique doit donc se fonder sur les réalités de la nature de l’homme et de la société humaine. Elle doit aussi refléter le cœur du / des visionnaire (s) ; ce qui veut dire que, à travers la vision, les visionnaires doivent exprimer ce qu’ils croient du fond de leur cœur. Le copier-coller ne fonctionne pas avec les visions. Soit on en a, ou alors on n’en a pas ! Enfin. La vision doit être une expression des vraies aspirations du peuple moulées dans un caractère perspicace et philanthrope. Ceci veut dire que le visionnaire doit maîtriser les problèmes qu’éprouve le peuple et avoir un cœur profondément compatissant envers le peuple pour cristalliser les désirs de ce dernier dans une vision. C’est pourquoi il doit absolument se référer aux besoins naturels de l’homme et de la société humaine.  Une bonne vision se sent et se vit au niveau émotionnel avant de se concevoir au niveau mental.

 

Ceci veut finalement dire que toutes les visions ne sont pas nécessairement bonnes ; il y en a d’égoïstes, et il y en a de catastrophiques et d’inutiles. Il y a aussi de bonnes visions sur papier mais qui n’ont rien à avoir avec les vraies intentions des prétendus visionnaires. Je voudrais répéter, ici, qu’une bonne vision politique doit (i) se fonder sur les besoins fondamentaux de l’homme ainsi que ceux de la société humaine, (ii) refléter les motivations, les intentions, les rêves et les ambitions des visionnaires, (iii) et noyer les ambitions des visionnaires dans l’intérêt général. En effet, je crois fermement que la politique existe pour servir les intérêts de l’homme ; ce n’est pas l’homme qui existe pour servir les intérêts d’une classe politique donnée. L’intérêt général doit primer sur les intérêts de tous les groupes, fut-ce ceux qui sont au pouvoir pendant un temps donné. C’est donc le bien-être des peuples qui doit servir de moteur dans la détermination des critères qui guident le choix entre la démocratie libérale et la démocratie dirigée. En outre, les visions qui cachent les mauvaises intentions des visionnaires sont des documents inutiles qui font perdre le temps aux peuples. Quand les vraies intentions des visionnaires sont bien claires dans une vision et que leur réalisation n’est rien d’autre que la promotion de l’intérêt général, alors on a une vision politique qui mérite qu’on la soutienne.

 

Le pays, ce ne sont pas les montagnes, les rivières et les forêts, c’est avant tout les habitants – évidemment dans leurs complexes relations éco-systémiques. Dans cet article, je vais parler des besoins naturels de l’homme et de leur implication sur la société humaine ; tout en liant cela avec le genre de vision nationale qui puisse le mieux répondre aux aspirations intrinsèques de l’homme ; et donc une vision qui tient compte des vérités inhérentes à la nature de l’être humain et de la société humaine. Pour éviter de faire un trop long article, je vais faire un aperçu de la nature humaine et des implications sur les éléments essentiels de la vision politique la plus compatible avec cette nature. Je développerai chaque aspect de cette nature et de ses implications sur la vision politique dans les articles ultérieurs.

 

A mon sens, il y a cinq besoins naturels que chaque être humain a ; qui sont profondément incrustés dans notre nature. Ces besoins ne dépendent pas de nos différences raciales, tribales, ethniques, religieuses ou politiques. Ce sont des besoins simplement humains. La satisfaction de ces besoins contribue inévitablement au bonheur individuel et collectif ; leur manque de satisfaction contribue à la frustration, à la colère et aux conflits. C’est un acte de trahison quand les politiciens griffonnent des textes attrayants pour tromper le peuple et lui faire croire qu’ils sont là pour lui alors qu’en vérité, leur propre gloire est tout ce qui les intéresse. Une bonne vision ne s’enracine pas dans les besoins des dirigeants, elle s’enracine dans ceux du peuple et les dirigeants trouvent plaisir dans le plaisir du peuple. Quand le peuple trouve plaisir dans la gloire de ses dirigeants alors que lui vit dans le déshonneur, c’est par manipulation, instrumentalisation, terreur, lavage de cerveau ou terreur. Une bonne vision politique se fonde donc sur les besoins naturels du peuple, et sa réalisation conduit le peuple à la paix, au bonheur, à la prospérité et à la stabilité. Nous brièvement analyser ces besoins naturels humains.

 

Le premier besoin naturel de l’homme, c’est le besoin de vivre. La vie est la chose le plus précieuse que tout être humain a, c’est elle qui rend possible tout le reste. C’est un don sacré qui émane de Dieu et qu’aucun individu ni aucune institution n’a le droit d’enlever – sauf dans les cas d’une peine de mort dûment prononcée, pour les pays qui en ont. Au niveau de la vision politique, la satisfaction de ce besoin s’exprime par des institutions qui se battent pour retarder la mort (les hôpitaux, les centres de santé, les services de fourniture de médicaments, les services de secours, etc.), celles qui protègent les citoyens contre tout genre de traitement qui met la vie en danger (la police et la justice principalement) et celles qui garantissent aux citoyens la satisfaction des besoins primaires qui gardent le train de la vie en marche par une bonne nutrition (les services qui s’occupent de la production, celles qui gèrent le commerce, la régulation des prix, le contrôle de la qualité, l’accessibilité des biens de première nécessité, etc.).

 

Le deuxième besoin naturel de l’être humain et le besoin d’avoir un minimum de paix intérieure. La paix intérieure dépend de trois facteurs principaux : un bon équilibre intérieur, un sens de sécurité et une bonne cohabitation avec le voisin.  Un bon équilibre se fonde sur l’alignement de la vie sur des croyances qui donnent un sens à la vie, la maîtrise de son monde émotionnel et une bonne santé physique et mentale. Le sens de sécurité est le fruit soit d’un environnement où le danger est trop petit pour inquiéter, soit un contexte où la protection dont on bénéficie est plus forte que le danger. La bonne cohabitation implique de bonnes relations avec le voisin immédiat, de bons rapports avec le concitoyen qui est différent (d’une autre religion, d’un autre parti politique, d’un autre groupe ethnique, etc.) ; ainsi que de bonnes relations avec le voisin étranger (les habitants d’autres pays, surtout des pays voisins).

 

Une bonne vision politique doit donc tenir compte d’une bonne éducation qui fait des hommes et des femmes émotionnellement, moralement, spirituellement et mentalement sains. En outre, elle doit donner une place de choix à la neutralisation ou l’élimination de toutes menaces à la vie et à paix de tous les citoyens, y compris les traumatismes issus des crimes commis dans le passé, pour notre cas. Enfin, elle doit tenir compte d’une bonne harmonie sociale entre les différentes composantes du peuple et des relations harmonieuses avec les autres pays / peuples. Elle doit pouvoir promouvoir la célébration de la diversité sans encourager le sectarisme, la haine et l’exclusion.

 

Le troisième besoin inhérent à la nature humaine est la liberté. Il y a un seuil de liberté en dessous duquel l’être humain étouffe. Il ne peut donc pas être heureux sous ce seuil. Je vois la liberté en trois dimensions : la liberté d’être soi-même - elle opère au niveau des croyances, des pensées et de leur expression. Les pensées et les croyances peuvent être religieuses, philosophiques ou politiques. Sans la liberté d’être soi-même, l’homme vit contre sa conscience et ne peut prétendre au bonheur en vivant ainsi car il vit en contradiction avec ce qu’il croit. En outre, la liberté est aussi spatiale – la capacité de se déplacer et de s’installer là où on est mieux. Cette liberté est fortement entravée par l’esprit régionaliste et la xénophobie entre citoyens d’horizons géographiques différents. Elle crée le sentiment d’être prisonnier et étranger dans son propre pays, deux ingrédients de la frustration et du mécontentement.

 

La troisième dimension, c’est la liberté de s’autodéterminer, le fait de pouvoir prendre des décisions qui concernent sa vie, avoir accès aux ressources nécessaires pour faire de bons choix personnels basés sur de bonnes informations. Elle concerne aussi la capacité de participer aux processus politiques puisque la politique définit comment les citoyens vivent. Cette troisième dimension de la liberté fait trait à la liberté politique et est proportionnelle au niveau d’éducation du peuple et à l’accès à l’information libre. Les choix que nous faisons sont le reflet de notre niveau de connaissances. Plus nous sommes ignorants, plus nous sommes vulnérables à la manipulation politique et à l’instrumentalisation ; et plus nous risquons de faire de mauvais choix, des choix qui vont à l’encontre de nos propres intérêts et a l’encontre de l’intérêt général. Soulignons que pour que la liberté ne se retourne pas contre les citoyens, deux principes doivent guide son exercice : (i) la liberté d’un individu s’arrête là où celle d’un autre individu commence ; (ii) la liberté d’un individu est subordonnée à l’intérêt général.

 

Le problème de la liberté constitue un des grands points de divergence majeure entre la démocratie libérale et la démocratie dirigée. Généralement, le citoyen est plus libre dans un régime démocratiquement libéral et moins libre dans une démocratie dirigée puisque dans le second cas, sa liberté ne dépend pas d’une constitution consensuelle et stable, mais de la bonne volonté des dirigeants. Avec cette logique, la volonte des dirigeants est plus importante que la constitution car, l’idée d’une constitution est née du principe de la limitation du pouvoir des dirigeants pour garantir certains droits et liberté au peuple indépendamment de la volonté des dirigeants.

 

Ici se trouve un décalage philosophique entre les soutiens de la démocratie dirigée et ceux de la démocratie libérale. Au moment où les adeptes de la démocratie libérale préfèrent un régime où le citoyen est libre même si cela affaiblit le pouvoir du dirigeant, les adeptes de la démocratie dirigée préfèrent un dirigeant fort capable de manipuler la constitution s’il sent que c’est la meilleure chose et un peuple qui n’est pas suffisamment libre ou fort pour réclamer ses droits. Les régimes qui s’appuient sur cette idée limitent la liberté du citoyen pour faire avancer leur agenda même quand celui-ci est controversé. C’est donc la question de l’équilibre entre la liberté du citoyen et la souveraineté des décideurs qui est en jeux ici. Nous autres, Africains, ne pouvons pas faire de bon choix sans répondre à cette question d’une teneur philosophique bien évidente : est-ce la liberté du citoyen qui compte plus que le pouvoir du dirigeant, ou est-ce l’inverse. Ceux qui choisissent la démocratie libérale subordonnent le pouvoir du dirigeant à la liberté du citoyen ; et ceux qui choisissent la démocratie dirigée subordonnent la liberté du citoyen au pouvoir du dirigeant, qu’ils le sachent ou non. Nous y reviendrons dans un article qui sera exclusivement réservé au besoin de la liberté.

 

Pour le moment, contentons-nous de dire qu’une vision politique qui traite à la légère la question de la liberté ou qui force le peuple à vivre sous la barre de la liberté minimale exigée pour l’épanouissement de l’être humain se contredit. On ne peut pas rendre un peuple heureux en lui privant de liberté car le besoin de liberté est trop important pour les humains pour qu’ils s’en passent. L’oppression ne produit pas le bonheur, quelles que soient les intentions de l’oppresseur. Un régime oppressif se condamne à produire un peuple frustré et malheureux. Souvent, un tel régime use de violence pour se maintenir ; et finit par créer une culture de la violence au sein de la population. L’extrémisme idéologique et violent est souvent le fruit d’une longue oppression : on récolte ce qu’on sème. L’instrument qu’un régime oppressif utilise pour survivre finit par se retourner contre lui pour mettre un terme à son existence. La liberté est trop chère à l’homme pour qu’elle soit échangée contre la survie d’un régime politique. L’homme ne peut connaître ni bonheur ni épanouissement sans la liberté. A cela, il faut aussi ajouter la différence entre peuples : certains sont plus enclins a exiger la liberté que d’autres ; d’autres font supportent l’oppression en silence – ce qui fait croire aux oppresseurs qu’ils sont maîtres indéfiniment, jusqu’au jour ou la coupe déborde. Refuser la liberté à un peuple, c’est le plus sûr moyen d’assurer l’instabilité politique à un pays.

 

Le quatrième besoin naturel inhérent à la nature humaine est le besoin de réaliser quelque chose d’important dans la vie. Ce besoin s’étale sur au moins quatre niveaux : le niveau personnel, le niveau familial, le niveau communautaire / national et le niveau mondial. Le bonheur et l’épanouissement humain dépendent de la capacité de satisfaire ce besoin. Chaque être humain normal (nous ne parlons de ceux dont la perception du monde et de la vie a été tordue par des croyances nocives qu’ils ont intégrées dans leur vie) a besoin de se prendre en charge, de cesser de dépendre des autres, ce qui lui confère un sens de dignité. Une personne adulte qui trouve plaisir dans la dépendance a perdu une partie de l’essence de l’être humain.

 

En outre, tout être humain normal a  l’envie naturelle d’avoir une famille et d’en prendre soin. Un être humain normal aime prendre soin de sa progéniture. Ceux qui font des enfants et qui les renient ou qui ne prennent pas soin d’eux sont des sauvages purs et simples ; ils sont inferieurs aux animaux dans ce domaine ! En plus, l’homme a la soif d’être utile à sa communauté et à sa nation. C’est anormal pour un être humain de vivre aux dépens de sa communauté ou de sa nation, c’est un signe de dérèglement moral. Un être humain normal veut rendre sa communauté et sa nation meilleures ; et c’est effectivement ce genre de personnes qui devraient être les leaders des autres. Certains vont plus loin et dépassent les frontières pour servir l’humanité. Un homme ou une femme qui veut vivre aux dépens des autres est victime d’une dégénérescence humaine; et de telles personnes ne devraient jamais être des leaders. Au contraire, leur place se trouve dans les centres de rééducation – pour ne pas parler des centres psychiatriques.

 

Cette échelle montre les différentes étapes de l’évolution de l’homme sur le plan humain et doit faire partie de l’éducation. Les plus nobles sur le plan humain se dépassent et mettent leurs talents, leurs connaissances, leur temps, leur énergie et leurs biens au service de l’humanité (c’est souvent à eux que nous décernons les prix). Les plus vils sur le plan humains vivent pour leur ventre et leur propre gloire – souvent au détriment du bien-être des autres (c’est ce genre de personne dont la mort est célébrée). Les uns et les autres sont le fruit de la société. Une société sérieuse prépare ses fils et ses filles intentionnellement pour faire d’eux des philanthropes qui voient leur vie comme un outil au service du bonheur de l’humanité. Les sociétés en déperdition laissent le développement de la philosophie de la vie pour les jeunes générations aux forces aveugles du hasard et se retrouvent avec des générations calamiteuses !

 

Une vision politique qui a le potentiel de conduire un peuple à un véritable bonheur doit intégrer l’éducation formelle de qualité, l’éducation aux valeurs et l’équité dans l’accessibilité des opportunités. Les deux premiers aspects doivent être intégrés et équitablement renforcés. L’éducation formelle crée des citoyens intelligents si elle est de bonne qualité, l’éducation aux valeurs leur donne la force morale qui donne sens et direction à la force intellectuelle. Quand à l’équité dans l’accessibilité aux opportunités, elle leur permet de mettre leurs talents et compétences au service de leur pays dans un climat dépourvu de discrimination. Elle est possible si le népotisme, le clientélisme, l’exclusion et d’autres formes d’injustice relative à l’accès à l’éducation et à l’emploi sont bannies.

 

L’éducation formelle de bonne qualité sans l’éducation aux valeurs crée une société de citoyens intelligents et méchants, égoïstes et au cœur dur. Elle conduit à la déchéance morale d’une société plutôt intelligente.  L’éducation aux valeurs sans l’éducation formelle de bonne qualité crée une société de bonnes personnes qui sont médiocres et incapables de développer leur pays. Une éducation formelle de piètre qualité sans éducation aux valeurs crée une société de semi-intellectuels qui se ventent de leurs diplômes mais qui ne peuvent pas relever les defis de leur pays ; et qui n’ont aucune boussole morale pour guider leurs choix. Quand vous associez l’immoralité à la médiocrité, vous avec le pire de tous les scenarios. Mais, sans l’équité dans l’accessibilité des opportunités, l’éducation formelle encourage la frustration ; et l’absence de l’éducation aux valeurs encourage le recourt aux raccourcis, à la violation de la loi et d’autres pratiques qui hypothèquent la stabilité du pays.

 

Enfin, le cinquième besoin inhérent à la nature humaine est la justice. Tout être humain a besoin de justice – même les personnes injustes, curieusement. La justice se manifeste de deux manières : (i) le fait de jouir de ce à quoi on a droit simplement parce qu’on est humain (notamment le droit de vivre) et, (ii) le fait de jouir de ce à quoi on a droit légalement (ce que la loi définit comme droit). Il est impossible de distinguer les deux sans plonger dans un long débat philosophique, et cela n’est pas important pour le moment. Il sied seulement de souligner que la loi peut être injuste quand elle prive les gens des droits naturels. Le fait que quelque chose est interdite par un code de lois ne signifie pas que la chose est nécessairement mauvaise. Les régimes immoraux peuvent institutionnaliser l’injustice par la mise en place de lois moralement injustes. Nous parlons donc de droits légaux dans le cadre d’une bonne législation qui n’enfreint pas les principes moraux.  

 

Dans ce sens, une bonne vision politique doit comporter un bon chapitre sur le concept de la justice et proposer un système de justice qui s’inspire des principes moraux sains. S’il est traité avec justice par son voisin ou l’état, l’homme ne peut pas être heureux. L’injustice constitue un besoin transversal et concerne tous les autres besoins. En effet, la satisfaction de tous les besoins énumérés doit se faire d’une façon équitable pour tous les citoyens. Si certains citoyens sont exclus des systèmes d’éducation, si l’accès à l’emploi est réservé à certain et refusé à d’autres, si certains jouissent de plus de sécurité que d’autres, si la liberté politique ou religieuse est permise à certains et refusée à d’autres, cela constitue de l’injustice. Or, l’injustice a toujours été le ferment de la violence et de l’instabilité.

 

Cet article a traité trop de sujets dans un petit espace. Si le lecteur n’a pas encore vu le genre de système politique approprié pour répondre à tous ces besoins, cela est tout à fait compréhensible. Il est encore tôt ! En fait, nous n’avons pas encore détaillé les implications de ces besoins dans la vie pratique d’un pays et montré le lien entre ces implications et le genre d’organisation politique la plus capable d’en assurer la jouissance aux citoyens. Nous allons déballer le paquet progressivement dans les articles qui viennent.