Oui, nous avons besoin de vivre, mais cela ne suffit pas, nous avons besoin de vivre paisiblement. Si vous savez que quelqu’un va vous faire du mal, vous pouvez avoir de la nourriture, mais vous n’aurez pas d’appétit. Et si vous vivez dans la peur de subir des attaques pendant longtemps, vous vivrez dans l’inquiétude constante, votre sommeil sera perturbé et cela causera des traumatismes qui déstabiliseront votre vie émotionnelle. Si votre santé émotionnelle souffre, elle entraînera votre sante mentale et physique, et cela mettra votre vie en danger, naturellement. Voici pourquoi le besoin de vivre en paix, le deuxième besoin naturel humain doit être pris en compte dans toute bonne vision politique.

 

Le besoin de paix intérieure est satisfait de trois manières complémentaires. La satisfaction passe premièrement par un équilibre intérieur. Cet équilibre résulte d’un alignement de sa vie sur des croyances saines qui donnent un sens à la vie. Si quelqu’un croit que sa vie est inutile, il sera envahi par des sentiments d’insignifiance, voire de suicide. Il peut aussi sombrer dans une perception dévalorisante de la vie et, se faire mal ou faire du mal aux autres. Ceux qui n’ont pas une bonne perception de la vie peuvent s’autodétruire ou / et détruire les autres. L’équilibre intérieur se fonde sur une bonne éducation morale et spirituelle car, qu’on le veuille ou non, l’invisible prime sur le visible et lui donne sens et direction. Les gens qui ont une saine spiritualité ont une force supérieure pour bien vivre plus que ceux qui   n’en ont pas. Ils n’ont pas besoin de lois pour ne pas faire du mal aux autres, ils ont la loi dans leur propre cœur.

 

Certes, il n’est pas du ressort de l’état d’assurer l’éducation spirituelle du peuple, cela reviendrait à mélanger la religion et la politique – un mélange plutôt explosif et dangereux. Mais, l’état doit assurer la liberté de religion pour que le peuple puisse avoir accès à une bonne éducation religieuse selon ses préférences. Il va de soi qu’à l’âge de l’extrémisme religieux violent, l’état doit aussi surveiller les agissements des religions pour couper court à l’extrémisme. Cependant, l’état peut et doit s’impliquer pour inculquer les valeurs humaines et sociales aux générations montantes et en faire d’excellents citoyens. En plus de l’éducation morale fournies par les confessions religieuses – une éducation que l’état se doit de suivre de près pour éviter les dérapages qui peuvent conduire au lavage de cerveau, au massacre de l’individualité et de la créativité et à l’extrémisme, il doit aussi donner sa contribution en incorporant l’éducation aux valeurs humaines dans les programmes d’éducation formelle. Je comprends mal comment nous voulons nous attendre à avoir des leaders intègres quand l’intégrité n’est jamais mentionnée dans nos écoles – et que la tricherie fait rage ! On récolte ce qu’on sème.

 

L’équilibre intérieur d’une personne lui rend capable de bien orienter sa vie sans mettre en danger celles des autres. En fait, cet équilibre fait de lui quelqu’un d’utile à lui-même, à sa famille, à sa communauté et à sa nation. Sans cet équilibre, la vie devient comme une rivière en crue qui ravage champs et infrastructures sur son passage. Les déséquilibrés sont la plus grande menace à la paix intérieure de leurs concitoyens. Ils n’ont pas cette paix eux-mêmes et empêchent aux autres d’en avoir. Un pays plein de citoyens déséquilibrés est un havre de problèmes. Une bonne vision politique ne se contente pas seulement de cueillir et jeter es mauvais fruits, elle s’occupe aussi de l’ensemencement de bonnes graines qui contribuent à la création d’une société paisible. Cela coûte moins cher et est plus efficace que laisser l’éducation morale au hasard et passer sa vie à maîtriser les conséquences de cette négligence stratégique.  

 

En outre, la paix intérieure vient du fait de savoir qu’on est entouré par de bonnes personnes, des personnes inoffensives et compatissantes. Lorsqu’on sent que le voisin ne représente pas un danger, mais qu’il est plutôt une source potentielle de protection, alors cela confère un sentiment de paix. Ici, je ne parle pas du voisin « naturellement » gentil envers nous à cause des affinités qui nous lient, mais de toute personne qui se trouve dans notre voisinage : surtout ceux qui sont différents de nous. Une bonne vision politique exploite les différences dans l’optique de renforcer l’unité et non pour approfondir les divisions et bâtir des murs de séparation.

 

Une société civilisée devrait pouvoir vivre pacifiquement sans nécessairement avoir besoin de forces de l’ordre. La plus grande mesure de l’humanité, c’est la capacite de vivre d’une façon qui rend meilleure la vie des autres. Ceux dont la présence rend la vie difficile pour les autres font preuve d’une dose de sauvagerie trop élevée pour un siècle comme le notre. Les citoyens civilisés ne vivent pas aux dépens des autres, mais pour le bien-être des autres. C’est pourquoi l’état et toutes les institutions doivent éduquer les gens à la bonne cohabitation. Il ne suffit pas de punir, il faut aussi investir pour avoir moins de citoyens qui doivent être punis pour vivre humainement. Au Burundi, nous sommes très en arrière sur ce point. Quand les partis politiques radicalisent leurs jeunes et qu’ils en font des instruments de la haine et de la terreur, ils commettent un péché grave contre la société ; un crime qui devrait conduire à des sanctions sévères. En effet, ces partis politiques compromettent l’ordre public et l’intérêt général en hypothéquant la paix et l’ordre dans la société.

 

La paix intérieure provient aussi d’un sentiment de sécurité général dans son environnement. Le sentiment de sécurité dont je parle est beaucoup liée aux conditions externes, notamment l’absence de dangers, la présence de dangers insignifiants ou, en cas de dangers inquiétants, la présence de mécanismes de protection qui sont plus forts que les dangers. Pour qu’un peuple se sente en sécurité, ses dirigeants doivent agir sur les trois niveaux : éliminer tous les dangers éliminables, réduire la dangerosité des dangers inévitables et mettre en place des mécanismes de protection qui sont à même de faire face à n’importe quel danger et le plus rapidement possible. Des fois, les leaders se méconduisent et le peuple devient leur « danger ». Ils finissent alors par retourner les outils de protection du peuple contre une partie de ce même peuple.

 

Il est vrai qu’aucun leader ne peut être aimé par tout le monde, mais cela ne lui donne pas le droit d’œuvrer pour la paix de ceux qui le soutiennent seulement aux dépens de ceux qui ne le soutiennent pas. Nous visons dans dune société fragmentée où tout leader à des gens qui ne croient pas que c’est lui qu’il fallait. Cependant, cela constitue le test du véritable leadership. Les grands leaders recherchent la paix de tous ceux qui sont sous leur charge. Ils ne cherchent pas à conquérir ceux qui ne les aiment pas par la force ; et ils ne manipulent pas la loi pour faire souffrir certains et faire plaisir à d’autres. Ils laissent la justice s’occuper librement de ceux qui violent la loi mais respectent les opinions des gens indépendamment des liens qu’ils ont avec eux. Ils œuvrent pour un pays paisible pour tout citoyen qui accepte de respecter la loi, indépendamment de ses opinions. Une paix injuste, accordée à certains et refusée aux autres n’en est pas une. Encore une fois, fragmenter le peuple en factions, c’est mettre en danger la stabilité du pays. Les grands leaders comprennent cela, et leur vision politique en tient compte.

 

Les leaders visionnaires savent qu’un peuple est indivisible ; que tous les citoyens doivent vivre en paix ou qu’il n’y aura pas de paix du tout. Ils subordonnent les divergences à l’intérêt général, ils ne dressent pas les uns contre les autres et ne permettent à personne de le faire. La souffrance d’un simple citoyen leur fait mal ; ils ne connaissent pas de citoyens de seconde zone. Leur vision politique donne une place importante à une vie paisible partagée par tous.

 

En conclusion, une vision politique qui mérite le soutien de toute âme lucide doit clairement donner une place de choix à la paix de tous les citoyens. Evidemment, les politiciens ne sont pas stupides, personne ne parlera de discrimination, de haine ou de violence dans sa vision politique. Mais la paix écrite sur papier doit être le reflet d’un caractère pacifique du visionnaire. Nous en parlerons dans un article sur la vision et le visionnaire.