LA LIBERTE

 

Le besoin de liberté est un autre besoin tissé dans tout être humain normal. De même que la nourriture est essentielle pour le corps, la liberté est essentielle pour l’esprit. Ce besoin s’exprime autour de trois ans, quand l’enfant commence à briser les ordres de ses parents pour agir à sa guise et s’intensifie au cours de l’adolescence. Il fait partie de nous et nous accompagne tout le long de notre existence. Le sens de liberté transparait aussi dans l’histoire biblique de la création. Quand Dieu a placé « l’arbre interdit » au milieu du jardin d’Eden, c’était une façon de permettre à l’être humain de jouir de sa liberté de choix. Sans la liberté, l’homme étouffe, il est comme un animal enfermé dans une cage. La liberté fait partie de ce qui fait l’être humain, la privation de la liberté lui refuse cette humanité et ne devrait être envisagée que pour ceux qui représentent une réelle menace pour les autres. La liberté se vit à trois niveaux : au niveau de son être – ses pensées et ses croyances ; au niveau du mouvement (la liberté de se mouvoir) et au niveau de l’autodétermination (ou de participer à la détermination de son sort).

 

La liberté de pensée et de croyance concerne les choix personnels de ce que l’on croit, les courants de pensée (philosophique, théologique, politique, etc.) que l’on épouse ; ainsi que les croyances personnelles religieuses ou morales. Ne pas avoir la liberté à ce niveau, c’est perdre une partie de l’humanité. Mais il ne suffit pas d’avoir la liberté de pensée et de croyance, il faut aussi pouvoir les exprimer sans entraves. C’est ici qu’intervient la liberté d’expression, que ce soit au travers des media libres (radio, télévision, journaux, etc.) et la publication des livres.

 

Mais comme la liberté de pensée, de croyance et d’expression permet aux différences divergences de se retrouver sur la place publique, elle reste potentiellement dangereuse si elle n’est pas régulée. L’imposition de la pensée unique constitue un affront à l’humanité de l’être humain, mais le déchaînement incontrôlé des pensées et des croyances peut conduire à des heurts qui peuvent déstabiliser une société, surtout si leur expression se fait avec passion, fanatisme et le désir d’imposer aux autres ses propres croyances et pensées. La liberté de pensée, de croyance et d’expression doit donc se jouir dans le cadre des  limites légales bien précises.

 

Pour garantir un plein épanouissement à son peuple, le gouvernement doit pouvoir trouver le juste milieu et éviter le déni de la liberté et le libertinage. Il doit assurer une liberté suffisante à son peuple pour que celui-ci puisse croire et penser librement, et le faire savoir ; tout en évitant que la liberté des uns n’empiète sur  celle des autres ; et tout en évitant aussi que la liberté d’un individu ne devienne un danger pour l’intérêt général. Ceci revient à dire que le peuple doit avoir la maturité humaine et morale suffisante pour ne pas abuser de sa liberté. Et s’il n’a pas cette maturité, il appartient au gouvernement de l’éduquer en apprenant au citoyen à jouir de sa liberté sans manquer de respect à son voisin ; et sans mettre en péril l’intérêt général.

 

C’est au niveau de la liberté de pensée, de croyance et d’expression que la démocratie dirigée étale sa faiblesse plus qu’ailleurs. Elle a tendance à restreindre la liberté individuelle un peu trop en plaçant les intérêts des dirigeants loin au-dessus de la liberté de l’individu. La persécution des confessions religieuses, le harcèlement des medias, la persécution des journalistes et des activistes de la société civile, la surveillance extrême des citoyens par les services secrets, etc. sont une manifestation de cet état de fait. Ceci soulève une question pertinente : est-ce qu’un peuple peut connaître bonheur et épanouissement s’il n’’est pas libre de penser, de croire et de s’exprimer ? Je trouve que c’est impossible ! Vous pouvez avoir de l’argent, mais si vous ne pouvez pas penser et croire librement, vous vous sentirez encagé. Et il me semble que la cage n’est pas la place ou l’être humain est supposé vivre.

 

Mais, le problème n’est pas de ce côté seulement. La démocratie libérale vénère l’être humain et lui donne parfois un peu trop de liberté. L’homme est un être moral, et la société humaine ne peut subsister sans moralité. Malheureusement, quand le juste milieu entre la liberté individuelle et l’intérêt général est perdu, la relativité morale prend le dessus, et cela donne libre cours à des croyances et des pratiques qui ont la force de détruire la société. L’homme porte un mal en lui, il ne mérite pas de liberté illimitée. Je place la libéralisation de l’avortement, la vie conjugale sans engagement et l’homosexualité parmi les conséquences de cette perte de l’équilibre.

 

En principe, chaque être humain a une boussole morale interne. S’il a eu une bonne éducation aux valeurs, cela renforce la sensibilité de cette boussole. Il distingue le bien du mal, et fait des choix qui s’inspirent de cette sensibilité morale. Mais quand il n’a pas eu cette éducation – ou quand elle n’a pas réussi, il a tendance à confondre le bien et le mal. Un être humain dont la boussole morale est déréglée se comporte comme un animal sauvage. Il a besoin de beaucoup de lois et de contraintes externes pour ne pas nuire à la société. Une société qui multiplie les lois, les effectifs des éléments de la police et d’autres services de répression est une société dont la boussole morale est en panne ; et cette panne commence dans les vies des individus.

 

La procréation sans engagement prive les enfants d’un cadre familial où ils peuvent bénéficier de la présence de parents qui s’aiment et qui les élèvent ensemble. L’homosexualité constitue la plus grande menace à la stabilité de la famille – et donc à la stabilité de la société. L’avortement constitue un génocide dont les victimes n’ont pas la capacite de se défendre. Libéraliser le mal au nom de la liberté, c’est compromettre la stabilité de la société. Trop de liberté détruit la société. Pour préserver la société, il devient donc indispensable de limiter la liberté chaque fois qu’elle risque de mettre la survie de la société en péril.

 

L’autre dimension de la liberté, la liberté spatiale, concerne le droit de se déplacer et de s’installer là où on veut. Cette liberté se comprend mieux si on la confronte avec la pratique de la privation de  la liberté de mouvement par la prison, la résidence surveillée, l’interdiction de visiter certaines parties du pays ou de devoir avoir une autorisation spéciale pour y accéder, comme cela était le cas pour les populations noires sous le régime d’Apartheid. Les régimes autoritaires se ressemblent sur un point : ils ont tendance à trop surveiller leurs populations et à limiter leurs déplacements pour instiller la peur et contrôler tout le monde. C’est par cette privation d’une liberté essentielle qu’ils signent leur propre perte. Chaque fois qu’une telle politique est instaurée, les populations se sentent emprisonnées dans leur propre pays et finissent par trouver un moyen pacifique ou non, de changer cette situation car, c’est une situation incompatible avec la nature de l’homme.

 

La liberté de mouvement peut être compromise par des politiques restrictives des gouvernements dictatoriaux, ou alors par l’hostilité des populations à l’égard des ressortissants de certaines parties du pays ; une hostilité qui peut être subtilement suscitée ou entretenue par les autorités publiques. Quand la population d’une partie du pays refuse aux ressortissants d’autres région le droit de venir dans cette partie, on est face à un cas de dégénérescence sociale qui peut dangereusement fragmenter le pays et conduire à des attitudes et des actions hostiles. C’est un mal que tout gouvernement responsable doit combattre avec la dernière énergie. Tout peuple divisé contre lui-même ne peut subsister.

La troisième dimension de la liberté – la liberté de décider ce qu’on devient et de contribuer aux processus qui affectent nos vies concerne surtout la  liberté de faire des choix individuels et les libertés politiques. La vie n’est rien d’autre qu’une longue série de prise de décision. Si nous n’avons pas la liberté de choisir, à l’âge de la majorité, alors nous ne vivons pas vraiment. Et si nous n’avons aucune possibilité d’influencer les politiques qui dirigent nos vies, alors nous sommes prisonniers de nos dirigeants.

 

Prendre des décisions qui concernent sa vie dépend des informations dont nous disposons. Les choix d’un ignorant et ceux d’une personne informée sont différents. Le premier fera des choix qui entravent son propre bonheur et celui des autres sans le savoir, le deuxième fera des choix salutaires pour lui et les autres. L’ignorance d’un voisin est donc une menace à l’intérêt général. Par conséquent, l’accès à l’information saine constitue une condition sine qua non pour jouir de la liberté de s’autodéterminer ; mais aussi pour assurer un bonheur maximal au peuple. Et sur ce point, nous sommes vraiment faibles ! Notre culture orale nous a terriblement affectés sur ce point. Beaucoup de nos compatriotes vivent dans une ignorance légendaire, tout en se ventant d’être des intellectuels. Très peu de fonctionnaires ont une petite bibliothèque familiale constamment alimentée pour s’auto cultiver, étendre leurs connaissances et faire des choix sages. Certains évoqueront la pauvreté pour justifier cette faiblesse ; mais je crois que c’est une question de priorité. En effet, il y en a parmi eux qui trouvent de l’argent pour détruire leurs corps chaque soir avec de l’alcool, et avec tellement de régularité et de joie !

 

Pour aider le peuple à jouir de la liberté de s’autodéterminer sans en abuser, tout leadership politique sérieux doit promouvoir l’accès à l’information par la libéralisation des medias, la publication des journaux et des livres, la pratique de la lecture, l’éducation massive des populations, etc. Un peuple ignorant est un fardeau pour un leadership sérieux, et une mine d’or (par la manipulation et d’autres pratiques immorales) pour un leadership sans vision. Restreindre l’accès a l’information, c’est priver un peuple de la possibilité de mieux vivre. Un peuple ignorant peut suivre le diable et en faire son roi !

 

En ce qui concerne les libertés politiques, elles s’expliquent par le fait que les décisions politiques affectent les vies des gens. Il est injuste pour un citoyen de voir des décisions qui affectent sa vie lui tomber dessus comme des gouttes de la pluie. Pourquoi quelqu’un d’autre déciderait ce que je deviens sans me donner l’occasion d’y apporter ma contribution ? Le fait d’être élu ou nommé, même par le président de la république ne me donne pas le droit de décider ce que les gens deviennent indépendamment de leur volonté. S’ils sont trop ignorants pour bien choisir, mon premier rôle est de les éduquer enfin qu’ils deviennent mes partenaires dans le traçage de la trajectoire que leurs vies vont suivre. Il est très dangereux de suivre les décisions politiques aveuglement, sans participer aux processus de prise de décision et sans avoir le droit de les remettre en doute une fois qu’elles ont été prises. Les leaders politiques ne sont pas nécessairement plus intelligents que tout le monde. En outre, il n’est pas toujours évident qu’ils sont honnêtes dans ce qu’ils disent ; ou que l’intérêt général prime sur leurs propres intérêts dans ce qu’ils font. Le mal humain concerne les politiciens aussi.

 

Pour cette raison, tout peuple qui se veut heureux doit rester vigilant en permanence et participer aux processus politiques pour ne pas se faire prisonniers des politiciens. Pour cela, les pouvoirs publics doivent garantir assez de liberté politique au peuple. Deux aspects de cette liberté sont particulièrement précieux : la liberté de voter librement et la liberté de tenir les élus responsables de leurs actes. Si le peuple vote par corruption, manipulation ou intimidation, il ne participera vraiment pas à façonner son avenir ; il sera là juste pour bénir la volonté de sa classe dirigeante, qu’elle soit bonne ou dangereuse. En outre, si le peuple n’a aucun pouvoir sur ceux qui le dirigent, il sera opprimé par ses propres fils et filles. Dans les deux cas, il ne connaîtra ni bonheur ni épanouissement.

 

En conclusion, nous affirmons que le bonheur et l’épanouissement d’un peuple passent obligatoirement pas la jouissance de la liberté. Il est inutile de mentir au peuple en disant vouloir le développer quand on lui prive de la liberté d’être soi-même, de la liberté spatiale et de la liberté de s’autodéterminer. Et sur ce point, une bonne vision politique doit éviter les restrictions nocives d’une démocratie dirigée tout en évitant l’extrême d’une liberté dangereuse pour la société que promeut la démocratie libérale. Trouver et défendre cet équilibre dans un monde bipolaire n’est pas une chose facile. Mais nous n’avons pas de meilleur choix : nous devons apprendre à frayer de nouveaux chemins pour pouvoir nous tirer de la colonisation mentale dont nous sommes victimes depuis des siècles.