La fiabilité

 

Rien n’est plus noble, rien n’est plus vénérable que la fidélité. La fidélité et la vérité sont les deux excellences, les deux qualités les plus sacrées de l’homme. Cicero

 

L’instrument le plus puissant que tu possèdes dans ton arsenal pour convaincre, c’est ta crédibilité. Zig Ziglar

 

 

La crédibilité est un fruit ; un fruit de plusieurs actes constants qui tournent autour de l’intégrité (ou le fait de lier l’acte à la parole, de ne pas mentir, de ne pas tricher, de ne pas avoir de double langage). La crédibilité est la conséquence directe de l’honnêteté et de l’intégrité. Elle n’est pas quelque chose que tu fais, c’est quelque chose que tu deviens ou que tu es, quelque chose qui émane de toi quand tu fais les choses précitées. Elle ne se forge pas en un jour ; elle prend du temps ; mais c’est quelque chose extrêmement précieux ; et donc pour laquelle chacun devrait se battre, d’autant plus qu’elle est très fragile et peut se perdre en une minute.

 

Une personne qui est fiable ; c’est une personne qui inspire confiance par son être ; elle fait preuve d’une convergente sans faille entre la parole et l’acte, entre ce qu’elle croit, ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Sa parole est sûre ; sa promesse est certaine. Par conséquent, les gens lui font confiance.  Une telle personne crée une atmosphère d’assurance et de sécurité autour d’elle. Ceux qui s’approchent d’elle perçoivent instinctivement qu’elles peuvent baisser leur garde avec elle.

 

La crédibilisé se bâtit sur l’honnêteté, c’est-à-dire, le fait de dire la vérité et de la vivre dans tout ce qu’on fait. L’honnêteté, c’est la vérité pratiquement intégrée dans la vie. Une personne honnête aligne sa vie sur ce qui est véridique, dans les paroles et dans les actes. Si on applique la vérité dans sa vie, on développe une vie d’honnêteté. Et si on fait preuve d’honnêteté pendant suffisamment longtemps sans faillir, on devient fiable. Les gens ont confiance en vous parce qu’ils ont suffisamment de preuves qu’ils ne vont pas regretter de vous avoir fait confiance. A force d’être témoins de notre honnêteté, les gens finissent par se rendre contre que nos actions, nos paroles et nos réactions suivent une certaine ligne morale et sont donc prévisibles. C’est cela qui constitue le fondement de la fiabilité.

 

Une personne fiable est appréciée et respectée ; mais les menteurs et les malhonnêtes finissent toujours par éroder la confiance que les gens ont en eux. Or, sans la confiance, aucune relation durable n’est durable, qu’elle soit amicale, maritale, contractuelle, institutionnelle ou, électorale (élu – électeur). Par manque de fiabilité, des contrats ont été rompus, des sociétés sont tombées en faillite ; des personnalités de grand calibre ont fini en prison et dans la honte, des amitiés ont été brisées ; des mariages détruits ; des alliances entre les états rompus ; des traités de paix ont été violés, des guerres ont été engagées, des gouvernements se sont rendus indésirables, provoquant des révolutions violentes ou des transitions pacifiques, des troubles sociopolitiques avec des ramifications économiques ont déstabilisé l’économie parce que les dirigeants n’avaient pas respecté leur parole ou les lois de leurs pays.  

 

Une société dominée par le manque de fiabilité est une société vouée à l’échec car son leadership finit par décevoir les citoyens et provoquer (du moins souvent) une rupture brutale de la confiance populaire. La gestion de la chose publique exige un haut degré de fiabilité ; ce qui a certainement poussé Benjamin Franklin, l’homme d’Etat Américain, à dire que plus on monte l’échelle des responsabilités publiques, plus on doit faire preuve de plus de profondeur morale. De même, le respect du contenu des serments des dignitaires haut placé dans la hiérarchie du pouvoir exécutif exige que ceux-ci soient fiables. Sinon, ils peuvent violer leur serment et trahir le peuple. Celui qui vit dans la duplicité et dans la malhonnêteté n’aura pas peur de violer son serment, face aux enjeux économiques ou politiques d’une telle trahison. Seule une personne foncièrement honnête et crédible a la force nécessaire pour ne pas trahir son peuple. En outre, il faut une grande dose de fiabilité pour promettre des choses qu’on va faire, lors des campagnes électorales. Sans cette valeur, la politique devient facilement l’art de mentir.

 

Généralement, la multiplication des lois et des organes de contrôle est le fruit du manque de fiabilité. En multipliant ces outils, l’état prouve qu’il est dangereux de faire confiance aux gens, qu’ils doivent être contraints de ne pas faire du mal. Mais ce manque de fiabilité rend inefficaces même ces lois et ces organes de contrôle. En effet, si le manque de fiabilité est la cause de ces mécanismes, la probabilité de confier ces instruments à des personnes qui n’ont pas de crédibilité est grande. La meilleure manière d’aider une société à connaître le progrès et le bonheur, c’est de promouvoir la fiabilité parmi ses membres – mais surtout parmi ses leaders. Rien ne peut remplacer la fiabilité dans la vie et la gestion de la société ; son absence est une catastrophe.

 

Pendant des années, le mensonge et l’hypocrisie ont tellement dominé notre scène politique que certains ont conclu que la politique est l’art de mentir. En outre, des formes variées de tricherie font partie intégrante de notre manière de gérer la chose publique depuis longtemps : corruption, népotisme, clientélisme, achat des consciences lors des campagnes électorales, détournement des fonds publics, etc. Nous vivons dans un contexte où le mensonge, la malhonnêteté et la tricherie font partie des outils dont les gens se servent pour arriver à leurs fins. C’est une conséquence directe de notre dangereuse culture d’une moralité conditionnelle (si un mal nous avantage, on ne le condamne pas, on le justifie).

 

Peu de gens peuvent bien faire ce qu’ils sont supposés faire sans quelqu’un qui les surveille. Les employés trichent sur le dos de leurs employeurs, certains employeurs violent leurs propres promesses et les termes des contrats qu’ils ont eux-mêmes signés, etc. Beaucoup de gens n’ont pas une conscience suffisamment forte pour orienter leurs choix dans la bonne direction, même quand ils ont la possibilité d’emprunter les chemins tortueux et atteindre leurs objectifs. Personne ne saurait dire, avec précisions, combien d’argent est investi pour limiter la dangerosité de ce mal moral. Personne ne peut dire avec exactitude, l’étendue des conséquences de cette culture dans la politique et dans la vie de la nation. Le manque de fiabilité n’est pas seulement un défaut de caractère ; il peut aussi être une calamité nationale.

 

Si vous ne pouvez pas compter sur votre partenaire, si vous ne pouvez pas faire confiance à votre employeur, si c’est risqué de faire confiance à votre employé ; et si le politicien ne fait que violer ses promesses à répétition, si l’élève ne peut pas concevoir la réussite scolaire sans la tricherie, si le contribuable ne peut pas faire des déclarations honnêtes sans y être contraint, alors vous êtes sûrs que votre pays ne va nulle part. La plupart de nos problèmes nationaux viennent de cette crise de valeurs. Et si nous voulons résoudre ces problèmes, nous ne pouvons vraiment y parvenir qu’en revisitant notre fondation morale.

 

Une société de personnes crédibles est une société de justice, de paix et de sécurité. Les gens sont en sécurité car ils peuvent compter sur les engagements des autres. Nous sommes en sécurité car nous savons que les décideurs ne vont pas retourner le pouvoir que nous leur avons confié contre nous. Nous sommes en sécurité car nous pouvons faire confiance aux services de l’état, à nos voisins, à nos amis, à nos collègues, à nos employés et à nos employeurs. Nous pouvons payer l’assurance, convaincus que les assureurs feront leur part si nous avons un problème couvert par l’assurance demain. Nous sommes en sécurité car nous savons que les juges vont trancher d’une façon impartiale une fois qu’ils auront toutes les données sur la table.

 

Avec une culture de la crédibilité, nous sommes en sécurité car nous savons que les organes de défense et de sécurité ne vont pas retourner nos armes contre nous, que les médecins et les infirmiers ne vont pas nous traiter avec négligence, que les pharmaciens ne vont pas nous vendre des médicaments pirates ou périmés, que les usines pharmaceutiques ne vont pas fabriquer des médicaments qui détruisent notre santé – et que les décideurs du domaine de la santé veillent pour qu’une telle éventualité soit découverte avant qu’il en soit trop tard. Nous sommes en sécurité parce que nous savons que nos ingénieurs ne vont pas construire des maisons d’habitation, des routes, des ponts, des bâtiments publics et d’autres infrastructures qui nous enterrerons un jour. Nous sommes en sécurité car nous savons alors que les marchés publics sont gagnés par les plus performants.

 

Avec une culture de la crédibilité, les travailleurs n’ont pas besoin de caméras de surveillance pour bien faire leur travail – ils respectent les termes des contrats naturellement, et la productivité est au rendez-vous. Les employeurs s’intéressent au bien-être des employés et font ce qu’ils leur promettent. L’usage du monopole de l’usage légal de la violence reste soumis à la loi et la population ne craint pas d’être victime de l’abus du pouvoir par les leaders. Les gens ne prennent pas ce qui ne leur appartient pas, les objets de valeur perdus sont déclarés et rendus à leurs propriétaires. Quiconque se trouve dans la détresse sait qu’il peut compter sur n’importe qui pour être secouru.

 

La fiabilité fonctionne comme un lubrifiant des relations interpersonnelles, du fonctionnement des institutions, et des relations entre le peuple et ses dirigeants. Elle adoucit aussi les relations entre les individus et les organisations ainsi que celles qui lient les organisations aux organisations. Elle encourage la paix car les gens savent qu’ils peuvent compter sur les autres. Comme elle se fonde sur des critères objectivement vérifiés comme l’honnêteté, elle renforce le sentiment de sécurité et de quiétude. Si les citoyens font confiance aux institutions, ils ne penseront pas à assurer leur propre sécurité. Et nous savons que les armes aux mains des civils constituent une grande source d’insécurité et de manque de paix dans bon nombre de pays.

 

La fiabilité contribue aussi à la prospérité économique. Quand les citoyens se font mutuellement confiance, ils peuvent monter des projets de développement ensemble et faire des progrès ensemble. Quand les partenaires dans les initiatives économiques sont fiables, cela renforce leurs partenariats, ce qui crée des conditions de travail qui encouragent la productivité. Et comme ils ne se trahissent pas, leurs projets peuvent durer longtemps et contribuer durablement à la prospérité économique de leur pays.

 

La fiabilité contribue aussi à la stabilité des institutions d’un pays par le fait qu’elle développe une culture de confiance entre les décideurs et le peuple. Quand les institutions sont crédibles aux yeux du peuple, celui-ci sera moins enclin à vouloir les changer. Par conséquent, elles pourront servir le peuple pendant longtemps, ce qui leur donne le temps de se perfectionner, de gagner plus de confiance encore et d’exécuter les projets à long terme. Mais quand les institutions n’inspirent pas confiance, elles doivent alors accepter de se faire remplacer ou résister au changement – et cela passe souvent par des formes variées d’abus du pouvoir, notamment par des pratiques illégales lors des élections ou par des actes injustes envers ceux qui dénoncent l’incompétence des institutions. Ces pratiques, à leur tour, renforcent la méfiance entre les dirigeants et le peuple. La violence politique est souvent la conséquence d’un manque de ce climat de confiance entre le peuple et les institutions ; et elle constitue la forme la plus rependue et la plus désastreuse d’instabilité politique.

 

La fiabilité des institutions est la somme totale de la fiabilité des hommes et des femmes qui sont influentes dans ces institutions. Dans un régime où les pouvoirs sont censés être séparés, il y a trois pouvoirs principaux : le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif. Les membres du pouvoir législatif et certains des décideurs du pouvoir exécutif sont élus par le peuple, d’autres sont nommés par le Président de la République. Aujourd’hui, même ceux du pouvoir judiciaire sont nommés par le Président de la République. Dans les conditions pareilles l’équation est plutôt simple. Pour avoir des institutions fiables, nous devons élire des candidats fiables car, la qualité de ceux qui sont nommés est directement dépendante de la qualité de celui qui les nomme, et le degré de leur performance dépend de ses intentions et de sa capacité à les faire bien travailler.

 

Cette liaison à trois dimensions devrait bénéficier de toute notre attention puisque, dans les conditions actuelles, même la qualité du pouvoir législatif dépend, dans une certaine mesure, de la qualité, des intentions et de la compétence des ténors du pouvoir exécutif. Aussi, faut-il garder en tête le fait que c’est le président de la République qui nomme tous les cadres des organes de défense et de sécurité (armée, police et service de renseignement), des organes qui peuvent jouer un rôle crucial dans la promotion de la paix et de la stabilité, ou de l’insécurité et de l’instabilité selon la volonté de celui qui les commande.

 

Et si nous tenons compte du fait que toutes les personnalités nommées sont directement responsables devant celui qui les nomme (qu’elles soient de l’exécutif, du domaine de la défense et de la sécurité ou du pouvoir judiciaire ), il devient alors évident que le degré de performance des institutions de la république dépend, en grande partie, de la crédibilité du Président de la République, de son attachement personnel à une performance excellente des institutions de la république et de sa capacité de maintenir cette performance au niveau le plus élevé possible. S’il est capable de faire fonctionner les institutions d’une façon satisfaisante, alors elles vont bénéficier de la confiance du peuple et pourront jouir de stabilité. Mais s’il n’est pas honnête et crédible lui-même, il ne pourra pas exiger l’honnêteté et la crédibilité de ces institutions. Par conséquent, celles-ci vont s’attirer la méfiance du peuple. Bienvenu l’instabilité.

 

La fiabilité est une denrée rare dans notre pays. La désacralisation des valeurs traditionnelles et le réflexe de survie cultivé lors de la période de la guerre poussent les gens à passer par n’importe quelle voie pour arriver à leurs fins. Le mensonge et la malhonnêteté étant les plus faciles (les chemins des âmes faibles) ; ils sont devenus tellement courants que certains les trouvent normaux. En développant la culture de la fiabilité dans ta vie, tu rends un grand service au peuple. En entrainant, ne fut-ce qu’une personne dans cette aventure, tu fais encore mieux. Cela peut sembler petit, mais souviens-toi que pour couper un gros arbre, il faut commencer par un seul coup de hache.

 

Pour t’aider à développer une culture de la crédibilité, je vais partager quelques traits d’une personne crédible :

 

  • Elle accomplit son travail fidèlement, exactement comme convenu, et n’a pas besoin de pression ou de rappels constants.
  • Elle gère fidèlement ce qui lui est confié et ne prend pas les choses qui ne lui appartiennent pas.
  • Elle accomplit ses promesses fidèlement, même quand cela lui coûte ; et s’excuse quand elle n’y parvient pas.
  • Elle reconnaît ses manquements et demande des excuses. Elle ne jette pas le tort sur les autres.
  • Les gens aiment travailler avec elle car ils savent qu’ils peuvent compte sur elle.
  • Elle inspire la confiance et a des amitiés sincères, stables et fortes.

 

 

 

En conclusion, la crédibilité est l’oxygène des sociétés ; et elle est accessible à tous ceux qui la veulent. Nous ne sommes pas condamnés à vivre dans la malhonnêteté, tuant ainsi la confiance que les gens placent en nous. Nous pouvons dire la vérité et d’une façon répétée ; et relever ainsi notre sens de crédibilité. Mais comme je l’ai dit, la fiabilité est le fruit d’un long processus de pratique fidèle et continue de l’honnêteté. Tu ce que tu dois faire pour développer cette valeur, c’est de garder tes pieds sur la voie de l’honnêteté et de persévérer face à l’incompréhension. Rien de valeur ne se ramasse dans la rue.