L’excellence

L’excellence n’est pas le fait d’être le meilleur, c’est le fait de faire quelque chose le mieux que tu peux. Auteur inconnu

L’excellence n’est jamais un accident ; elle est toujours le résultat d’une haute intention, d’un effort sincère et d’une exécution intelligente ; elle représente un choix sage entre plusieurs alternatives. Le choix, et non la chance, détermine ta destinée. Aristote.

 

Il avait eu 75% à l’examen des mathématiques. Son professeur était convaincu qu’il aurait pu avoir 80% s’il y avait mis toute sa force et son talent. Il l’a appelé et lui a posé une question : « Tu as eu 75% à l’examen, Jacques ! Mais, crois-tu qu’il était possible d’avoir plus, disons 80% ? » L’étudiant a détourné son regard et a répondu : « Oui Monsieur, je crois que cela était possible ! » Le professeur lui a alors demandé avec fermeté: « Alors pourquoi n’as-tu pas fait tout ce que tu aurais dû faire pour avoir ce que tu sais que tu aurais pu avoir ? » L’étudiant ne trouva pas de réponse, il baissa ses yeux ! Et, sans le savoir, il venait de rater une bonne bourse d’études dans une université prestigieuse !

Nous ne saurons jamais ce que nous allons rater dans la vie à cause de notre amour de la moyenne et de notre satisfaction avec la médiocrité. L’inattention d’une domestique peut coûter la vie à un bébé. La négligence d’un pilote peut provoquer un accident fatal. L’inaptitude d’un chauffeur d’un bus peut endeuiller plusieurs familles. L’incompétence d’un président peut freiner le développement d’un pays pendant des années; son manque de sagesse peut entrainer un pays dans une guerre inutile et occasionner d’énormes pertes humaines et matérielles. La médiocrité d’un ministre peut inviter l’incompétence de l’administration de son ressort. Il y a des maux qui n’auraient jamais existé si quelqu’un avait mieux fait son travail. Le fait de faire moins que ce que nous pouvons faire est un problème terrible qui nous prive des choses de loin plus valeureuses qu’une grosse bourse d’études et une bonne carrière. C’est un problème qui nous fait vivre une vie inférieure à celle que nous pouvons vivre, individuellement et collectivement.

Si nous considérons pratiquement tout ce que nous faisons, nous pouvons presque tous dire que nous ne le faisons pas de la meilleure façon possible. Nous sommes prisonniers d’une culture mondiale qui nous fait accepter ce qui est avec gratitude alors que nous aurions pu avoir de loin mieux. Nous sommes conditionnés pour accepter les miettes avec jubilation alors que tout le repas nous était destiné. Ceci crée une sorte de paresse inconsciente car la grandeur de ce que nous voulons détermine la force que nous mettons dans sa recherche. Chaque jour, nous nous contentons de moins que ce que nous méritons. Nous vivons partiellement ou, au moins, nous vivons des vies partielles ; même si chaque être humain a suffisamment de potentiel pour la grandeur (Bo Bennet).

Naturellement, ceux qui sont satisfaits par les choses telles qu’elles sont ne font rien pour les changer – sauf les plaintes. Malheureusement, les plaintes changent uniquement l’humeur de leur auteur mais ne transforment pas la situation qui les produit. L’ambition – et une grande ambition, est la force dont nous avons tous besoin pour forcer notre potentiel à ne pas rester endormi. C’est la grandeur de l’ambition nationale qui détermine la détermination et la créativité des leaders, ce qui se répercute sur toute la machine administrative. Voilà, encore une fois, pourquoi il est important d’avoir des leaders dotés de grands rêves, des rêves nobles qui exigent une plus grande créativité, de plus grands efforts ; une plus grande ouverture et plus de courage et de détermination, pour se concrétiser.

Nous sommes tous capables de faire mieux ; dans tout ce que nous faisons. Qu’on soit enseignant, infirmier, homme ou femme d’affaires, prédicateur, agriculteur, chercheur, journaliste, écrivain, policier, politicien, etc., il est possible de mieux faire ce que nous faisons. Mais peu de gens, très peu, je dirais ; fournissent les efforts nécessaires pour se hisser au-dessus de l’ordinaire. De ce côté-là, il n’y a pas d’embouteillage. La qualité de nos services est le résultat de trois choses principales : nos connaissances, notre créativité et nos efforts physiques et / ou intellectuels. En augmentant les connaissances dans ton domaine d’activité, tu peux déjà changer un bon nombre de choses. Et si tu y mets un peu plus d’imagination et de créativité (mieux organiser ton travail, mieux gérer ton temps, etc.), cela peut élever plus haut encore la qualité de tes actions. Si, en outre, tu fournis plus d’efforts, la différence en résultats sera plus grande encore.

Pendant que nous nous contentons de moins que ce dont nous sommes capables, notre nation doit aussi se contenter de moins que ce qu’elle aurait eu si nous avions fait de notre mieux. Et entre temps, la distance qui nous sépare de la tombe se réduit chaque jour qui passe. Le potentiel que nous avons ne nous a pas été donné pour passer le temps de notre existence couvert sous le tapis du conformisme et de l’apathie pour se retrouver dans la tombe avec nos squelettes ; après notre mort. Il nous a été donné pour être mis au service des autres, de la société. Notre potentiel n’est pas un paquet à emporter, mais à distribuer. Toute vie humaine contient un grand potentiel ; et si ce potentiel n’est  pas réalisé ; alors cette vie est gaspillée (C. Jung).

L’excellence des citoyens produit l’excellence d’une nation ; et le contraire est aussi vrai. Vous n’aurez pas une grande productivité si vous avez un peuple paresseux. Même si le Produit National Brut (PNB) peut cacher de grandes disparités au niveau de la production des citoyens d’un pays donné (comme quand le gros de la production est le fruit d’une minorité de citoyens); il peut aussi être une indication de la production individuelle. Le général est la compilation du particulier. Si tous les enseignants font leur travail de façon excellente ; alors la qualité de l’éducation ne peut pas ne pas être excellente. Si les infirmiers et les médecins font leur travail de façon excellente, plus de vies sont sauvées. Si les décideurs sont excellents dans ce qu’ils font, l’excellence se manifeste dans les décisions prises ; et donc dans la politique générale qui dicte la vie du peuple. Si les officiels de l’état sont excellents dans leurs actes, cela se manifeste à travers l’administration publique.

En outre, la culture de l’excellence ne peut pas s’imposer dans les institutions si elle ne fait pas partie de la culture des citoyens. En d’autres termes, toi et moi contribuons à l’excellence ou à la médiocrité dans notre pays. Nous ne sommes pas juste des victimes, nous faisons partie du jeu, d’une façon ou d’une autre. Il est grand temps que nous participions à l’édification d’une nation d’excellence de façon (plus) intentionnelle. Cette assertion renferme une opportunité pour toi et moi. Si tu ne peux pas imposer l’excellence dans la gestion de ta ville, tu peux au moins l’imposer dans ton bureau ; et dans la manière dont tu t’acquittes de tes responsabilités. Et si deux ou trois autres personnes font comme toi, le territoire de la médiocrité se rétrécit, ne fut-ce que de quelques dizaines de mètres carrés. Si tu t’engages à être excellent dans tout ce que tu fais et à influencer les autres à faire de même, tu peux changer beaucoup de choses, petit à petit. Et si tu es en position d’autorité, tu peux même faire beaucoup mieux et plus rapidement.

Malheureusement, nous avons intronisé la médiocrité au Burundi ; et tout ce que nous avons comme problèmes ne sont que des conséquences de nos choix ! Prenons un exemple simple. Une des causes de la médiocrité est le mauvais usage du temps. Le facteur « temps » compte beaucoup pour l’excellence. Mais, dans notre pays, beaucoup de fonctionnaires de l’état ne travaillent pas toutes les heures prescrites dans leurs contrats. Si nous prenons 1.000 fonctionnaires qui gaspillent 1h 30 minutes de travail chacun jour (et il y en a qui gaspillent beaucoup plus que ça), le pays perd 1.500 heures de travail par jour. Si nous transposons cette perte sur 5 années (après soustraction des jours de repos hebdomadaire, des jours de congé annuel et des jours fériés), le pays enregistre une perte colossale de 35.575 heures de travail individuel ; c’est-à-dire 17 ans de travail d’un individu sur base d’un contrat de 40 heures de travail par semaine. Imaginez ce qu’un travailleur assidu peut faire en 17ans ! Nous le perdons en 5 ans si nous avons juste 1.000 fonctionnaires qui gaspillent 1h 30 seulement par jour !

Or, les fonctionnaires de l’état sont là pour faciliter les activités des citoyens en leur offrant des services administratifs dont ils ont besoin. Ces citoyens sont les producteurs de la nation ; les piliers de notre économie. Si les citoyens n’ont pas les services dont ils ont besoin au bon moment, cela ralentit leurs activités et leur fait perdre du temps et des moyens. Un administratif qui impose une heure d’attente a un requérant d’un service public force celui-ci à mettre son travail aux arrêts pendant une heure. Finalement, la lenteur administrative n’affecte pas la qualité des services administratifs seulement, elle se répercute sur toute personne qui a besoin de ces services. Cela veut dire que le problème s’accumule d’une façon exponentielle. Notre pauvreté n’est pas accidentelle !

Prenons un simple cas d’un commerçant qui a besoin de documents dans un service donné avant de faire passer sa commande. Si les agents de ce service le font revenir plusieurs fois, dans l’optique de le frustrer et le forcer à les corrompre (et il semble que cela est plutôt fréquent), ils vont retarder la commande qu’il allait faire. Ainsi, son argent sera thésaurisé au lieu d’être fructifié, les transporteurs devront attendre la commande, les déclarants devront attendre aussi, la vente des produits qu’il allait commander va attendre ; de même que le payement des frais de dédouanement. Or, c’est, partiellement, grâce aux impôts que le gouvernement parvient à payer les fonctionnaires – y compris les fameux agents du service qui entravent les activités des importateurs honnêtes. Entre temps, il y a toute une chaîne de personnes qui allaient aussi bénéficier de cette transaction commerciale qui doivent attendre, etc. La médiocrité, c’est l‘un des plus grands ennemis d’un pays. 

La paix, la stabilité et la prospérité d’une nation ne peuvent pas résulter d’actions médiocres. La paix est possible si et seulement si la nation est géré de façon excellente, ce qui nous renvoie automatiquement à la qualité des leaders. Seule une excellente gouvernance peut nous aider d’éviter le cumul de frustrations que produisent les injustices et la mauvaise gouvernance ; des frustrations qui rongent la performance de nos services. Et quand la frustration devient insupportable, elle invite la contestation de l’autorité. Sans un peuple globalement content de la façon dont son pays est géré, la paix reste hypothétique. On doit alors recourir au canon pour imposer le silence et forcer une paix artificielle qui dure aussi longtemps qu’il n’y a pas de doigts frustré suffisamment forts sur la gâchette. Or, l’histoire change, les alliances changent, et demain reste imprévisible. Personne ne peut toujours tout contrôler. Même les plus forts finissent par perdre les pédales. Bâtir un pays sur une paix qui se maintient par les armes, c’est hypothéquer l’avenir d’un pays – et donc sa stabilité.

La prospérité est impossible avec une production à la moyenne et une gestion calamiteuse de ce qui est produit. La prospérité d’un peuple résulte d’un taux de croissance économique élevé et soutenu  sur une période relativement longue ; et d’un partage équitable des richesses produites dans le pays. C’est dire qu’il faut une bonne politique de développement économique et une excellente gouvernance qui en assure un excellente application. Enfin, cela exige un système de gouvernement qui n’exclut aucun groupe dans le partage des richesses du pays. Confier les rênes de l’économie d’une façon exclusive à un groupe donné au détriment des autres, c’est institutionnaliser l’élargissement du fossé entre les riches et les pauvres, foncer vers les injustices économiques et s’attirer l’instabilité institutionnelle que la violence contestataire, conséquente à ces frustrations, provoque.

Si nous voulons un pays paisible, stable et prospère, nous devons faire quelque chose, chacun individuellement. Chacun doit participer à la promotion de l’excellence, par tous les moyens qui lui sont accessibles. Nous devons développer cette culture pour que nous puissions, individuellement, faire avancer nos projets personnels et notre nation. Et si nous le faisons, nos leaders ne peuvent que s’ajuster. En effet, si nous sommes attachés à l’excellence, nous pourrons alors l’exiger de nos leaders. Par ailleurs, même nos critères de choix des leaders en seront inspirés. Nous aurons une référence stable pour juger entre les prétendants, qui mérite notre vote et qui ne le mérite pas.