Quelque part, au cours de ce processus de réflexion qui nous a mené à partager la vision du Burundi que nous voulons, j’avais posé une question: quel système démocratique nous faut-il? La démocratie dirigée ou la démocratie libérale ? Si vous avez suivi le raisonnement, vous devez avoir constaté que je relève des faiblesses et des forces des deux côtés ; ce qui implique qu’aucune n’est parfaite, qu’aucune n’est à appliquer mécaniquement. Nous devons pouvoir décider ce qui nous convient, pour le bonheur de notre peuple et dans le respect des éléments essentiels de la nature de l’être humain ; pour ne pas faire souffrir ceux que nous prétendons développer. Dans cet article, je reviens sur cette complexe question de choix de principes de gouvernance en évoquant cinq principes essentiels au développement d’un peuple.

 

Premièrement, la politique doit être au service du peuple et non l’inverse. En Afrique, surtout sur inspiration de l’avidité et de la cruauté du système colonial, il s’est développé une culture d’une politique qui sacrifie les vies pour préserver ou atteindre les intérêts des politiciens. Le peuple est devenu un instrument que les politiciens manipulent, intimident ou massacrent à leur guise, pour avoir ce qu’ils veulent ou ne pas perdre ce qu’ils ont. Le pouvoir s’est tribalisé et tout un lot de malheurs revient à ceux qui ne sont pas au pouvoir (tribu, groupe ethnique, politiques, religieux, etc.). Et c’est ici que les leaders politiques Africains se font manipuler par les puissances. Si vous voulez asseoir votre pouvoir en infligeant la souffrance à vos concitoyens, vous ferez toujours face à des oppositions. Et pour ne pas perdre le pouvoir, vous aurez toujours un « partenaire » qui vous y aide. Mais cette aide sera empoisonnée car, en lui ouvrant ainsi la porte, vous lui donnez la possibilité de soumettre votre pays à sa vision politique – qu’il soit un adepte de la démocratie libérale ou de la démocratie dirigée. Vous lui permettez d’atteindre ses propres intérêts stratégiques, au risque d’amener votre  peuple à perdre les siens. Pour pouvoir conduire un peuple à son plein épanouissement et bonheur, il faut une autre philosophie de la politique et du pouvoir ; une philosophie qui voit les deux comme des instruments dont on se sert pour servir les intérêts du peuple. Et pour y arriver, il faut d’abord se débarrasser de la philosophie politique qui fait du peuple un instrument pour des fins politiques.

 

Sur ce point, je soutiens l’approche de la démocratie libérale, même si le risque d’avoir une classe politique qui ne s’occupe pas sérieusement des problèmes du peuple reste réel. En ce qui concerne la démocratie dirigée, ce qui arrive souvent, c’est que le dirigeant préfère infliger la souffrance au peuple plutôt que de voir le pouvoir lui échapper. La brutalité prime sur le consensus, les idées divergentes sont perçues comme nuisibles ; et leurs porteurs comme des dangers publics. La politique sert uniquement les intérêts de ceux qui sont d’accord avec le pouvoir. Une telle approche serait bonne si le peuple était une masse informe dont les membres ont toujours les mêmes opinions et aiment toujours les mêmes choses. Or, cela est juste l’opposé de la réalité humaine. La diversité – dans tous ses sens, fait partie de ce qui fait les peuples. Un système de gouvernance qui n’en tient pas compte doit se salir les mains avec du sang des citoyens qui pensent différemment, des emprisonnements abusifs et d’autres formes d’injustice. Il se condamne à remplir les prisons de citoyens qui ne sont pas du tout dangereux. En fait, un tel régime se condamne à devenir un état policier. Il doit manipuler les lois et les institutions pour assouvir sa soif de faire taire les voix discordantes. Et ce n’est pas en versant du sang, en emprisonnant injustement, en manipulant les lois, la justice et les autres institutions que l’on fait un peuple heureux.

 

Ceci nous conduit au deuxièmement principe: la primauté de l’intérêt général sur l’intérêt personnel. Ce principe est extrêmement important dans l’effort d’assurer le bonheur à un peuple. En fait, il est le fondement du bonheur collectif et il signifie au moins trois choses. D’abord, le principe signifie que, même si nous reconnaissons le besoin du bonheur individuel, il n’est véritable que quand il est atteint sans sacrifier celui des autres. En fait, dans un certain sens, le bonheur individuel découle du bonheur communautaire. Un individu heureux qui fait partie d’une communauté malheureuse, cela n’existe pas. Inversement, des individus malheureux faisant partie d’une communauté heureuse peuvent exister, mais si la communauté est solidaire, elle résoudra leur problème.

 

Ensuite, la primauté de l’intérêt général sur l’intérêt personnel signifie que, dans l’ensemble, l’individu doit accepter de sacrifier certains de ses droits et libertés pour que son individualité ne devienne pas une menace au bien-être de tous. Nous ne pouvons pas tous avoir tout ce que nous voulons avoir au moment où nous le voulons et simultanément et ne pas causer du tort à l’intérêt général. Les droits et les libertés de l’individu doivent être limités pour que l’intérêt général puisse être préservé. Chacun voudrait une avoir une grande maison, mais si cela se fait en grignotant sur l’espace réservé à la route, même le bonheur individuel en sera significativement amoindri. Il vaut mieux que tout le monde ait une maison moins grande et une bonne route. Au nom de l’intérêt général, les libertés et les droits des individus doivent se soumettre à des limites raisonnables.

 

Enfin, ce principe signifie que les dirigeants ne sont pas plus importants que leur peuple, et que leurs intérêts sont aussi subordonnés à ceux du peuple. Si leurs agissements mettent en péril les intérêts du peuple, il faut que la justice puisse s’occuper d’eux, d’où l’importance du principe de la séparation des pouvoirs. Ici se trouve un autre problème de fond. Dans un système de démocratie dirigée, on a tendance à percevoir le dirigeant comme le patron du peuple qui décide ce que le peuple devient, sans tenir compte de la volonté de ce peuple. Il y a une sorte de divinisation du dirigeant et d’infantilisation du peuple. Cela se manifeste par la manipulation de la pensée populaire par une propagande aux allures de lavage de cerveau, l’instrumentalisation surtout des jeunes et le culte de personnalité qui en résulte par des évènements fréquents très couteux en temps et en argent qui rassemblent les masses derrière le dirigeant.

 

Encore une fois, je perçois une divergence de fond avec la pensée philosophique qui est derrière la démocratie dirigée et celle qui sous-tend la démocratie libérale. Dans une démocratie dirigée, Il me semble que l’autorité du dirigeant est plus ou moins sacrée ; ce qui, selon moi, explique pourquoi beaucoup de politiciens Africains semblent être plus confortables avec la Russie qu’avec les Etats Unis d’Amérique. En Afrique, l’autorité est traditionnellement perçue comme une émanation des divinités et revêt donc un caractère sacré, ce qui dilue, dans la tête de beaucoup de dirigeants Africains, le principe de la souveraineté du peuple. Aujourd’hui, beaucoup de politiciens attachent le pouvoir à la spiritualité, d’une façon ou d’une autre. Certains plongent dans des pratiques occultes alors que d’autres font recours aux prophéties tendancieuses pour avoir, renforcer ou garder le pouvoir. En principe, le simple vocable « démocratie » implique que le pouvoir de gouverner vient du peuple. Théologiquement parlant, Dieu opère avec n’importe quel régime politique. Il est tout à fait capable de faire passer sa volonté par le choix du peuple. Le peuple reste donc le donateur direct du pouvoir. La divinisation de l’autorité en politique peut être une manœuvre dont les politiciens se servent pour justifier leur mauvaise gouvernance et échapper aux principes de transparence et de redevabilité.

 

Cependant, la démocratie libérale a aussi une faiblesse, ici : elle a tendance à subordonner l’intérêt général à l’intérêt individuel par un système sophistiqué. Etant fondée sur des idées humanistes dont certaines rejettent la moralité, elle fait la promotion de la relativité morale et donne libre cours à tout ce que l’individu trouve beau à faire, indépendamment de toute considération morale. Au nom du principe des droits humains, la démocratie libérale court un énorme risque de promouvoir l’immoralité. Cette « immoralisation » de la société se fait par des moyens complexes qu’il n’est pas facile de débusquer. Par exemple, il y a des systèmes de lobby très puissants qui peuvent manipuler les recherches scientifiques et les medias pour que leurs idées deviennent les idées de la majorité ; et qui influencent ainsi les décisions politiques à leur faveur. Les organisations de défense des droits humains peuvent aussi tomber sous le coup de ces lobbies pour faire avancer leur agenda dans le monde entier. La légalisation de mariages homosexuels, la commercialisation, pendant des décennies, de certains produits alimentaires scientifiquement reconnus comme nocifs dans des rapports scientifiques gardés secrets et l’avortement sont les manifestations les plus emblématiques de ce problème.

 

Troisièmement, les pouvoirs doivent être structurellement et fonctionnellement séparés. Il est totalement absurde de prétendre assurer le bonheur d’un peuple quand tous les pouvoirs sont entre les mains d’un individu ou d’une seule institution. Personne n’est assez juste pour avoir tous les pouvoirs et ne pas en abuser. Séparer les pouvoirs, c’est la seule manière de s’assurer du respect des deux principes précédents. La politique ne peut pas servir les intérêts du peuple si le pouvoir exécutif contrôle le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif. Il entrera dans l’errance de leadership et se protégera en rendant les deux autres pouvoirs inopérants. De même, on ne peut soumettre l’intérêt personnel à l’intérêt général sans séparation des pouvoirs. En effet, l’histoire montre que certains dirigeants peuvent dévaliser les caisses de l’état, instaurer un système de corruption généralisée, se rendre coupables de toutes sortes d’abus du pouvoir et de confiance pour accumuler des richesses et renforcer leur pouvoir ; tout en réduisant leur peuple à la misère.

 

Encore une fois, je trouve une divergence nette entre la démocratie libérale et la démocratie dirigée, sur ce point. Il est rare d’entendre parler d’un cas où la justice a condamné un membre influent du parti au pouvoir ou du pouvoir exécutif dans une démocratie dirigée. Quand cela arrive, c’est parce que le parti a décidé de lâcher un individu donné pour couvrir le mal institutionnalisé en son sein. En général, dans une démocratie dirigée, le pouvoir exécutif est trop fort par rapport aux autres pouvoirs ; ce qui les inféode à ses desseins obligatoirement. C’est pourquoi les dirigeants manipulent la justice et changent les lois autant qu’ils le veulent pour affaiblir les concurrents politiques. Ils persécutent les journalistes et exercent un contrôle nocif de la presse pour empêcher la circulation des informations qui ne les avantagent pas. Quand cela ne passe pas, ils passent aux assassinats mais les assassins et les commanditaires sont rarement punis.

 

Quatrièmement, les droits et les libertés essentielles des citoyens doivent être protégés, dans le respect strict du deuxième principe et des coutumes et mœurs toujours en vigueur. Le problème des droits et des libertés oppose les deux types de démocratie plus que tout autre problème. D’une part, la démocratie libérale découle de l’idée de l’importance de l’individu alors que la démocratie dirigée met l’accent sur la nécessité de sacrifier l’individu pour l’intérêt général tel que défini par le leader. En quelque sorte, les deux ont raisons partiellement. Le peuple n’est heureux que si ses membres le sont individuellement ; ce qui implique la liberté individuelle. Mais, d’autre part, si la liberté individuelle n’est pas limitée, cela affectera l’intérêt général négativement. Il est donc question de trouver un juste équilibre entre la liberté de l’individu et l’intérêt de la collectivité.

 

A mon sens, l’erreur de la démocratie dirigée est de sacrifier trop l’individu pour le bien-être du groupe alors que ce groupe est composé par ces mêmes individus frustrés par la limitation excessive de leurs droits et libertés. Il est, par exemple, important de laisser le peuple s’exprimer librement sur toutes les questions d’intérêt national. De même, il est important de laisser le peuple choisir ses dirigeants librement, sans manipulation et sans intimidation. En sacrifiant trop l’individu, la démocratie dirigée court le risque de sacrifier le groupe qu’elle prétend servir.

En ce qui concerne la démocratie libérale, son erreur est de donner trop d’importance à l’individu, comme s’il était un être parfait capable de faire de bons choix toujours dans l’intérêt de tous. Pour qu’un peuple puisse être heureux, il y a un certain niveau de convergence entre ses différents membres, ce qui exige absolument la limitation des libertés individuelles. Ce que nous faisons affecte les autres directement ou indirectement ; et nous ne pouvons éviter que les effets des actes individuels ne deviennent un obstacle au bonheur collectif que si nous soumettons la liberté individuelle à l’intérêt général. Il vaut mieux être moins libre avec un peuple heureux ; qu’être très libre avec un peuple en débandade. L’être humain porte en lui un mal qui fait de lui un danger public potentiel. Si sa liberté ne connait aucune limite, il rendra la société humaine chaotique.

La démocratie libérale affiche une autre faiblesse liée à la culture impérialiste qui caractérise les puissances occidentales : l’imposition de nouvelles idées sans laisser une marge de manœuvre pour une réflexion contextuelle locale. Tout en soutenant le principe des droits et libertés individuelles, je déplore la façon dont il est imposé aux peuples dans l’irrespect total des particularités de chaque peuple. En effet, certains aspects des droits humains ont une dimension culturelle, religieuse et morale importante – comme le droit d’avorter et l’homosexualité. Imposer une liberté qui va à l’encontre des perceptions religieuses, culturelles et morales des peuples, c’est inviter le désordre et le démantèlement brutal des cultures. Et on peut légitimement se demander si cela n’est pas fait intentionnellement, comme une prolongation du déni des cultures Africaines[1].

 

Ni l’’Occident ni aucune autre partie du monde n’est pas la référence de la vérité absolue ; chaque peuple a ses erreurs. Par ailleurs, le postmodernisme, un courant fondamentalement occidental, stipule que la vérité est relative, ce qui contredit cette attitude impérialiste. En outre, les autres peuples ne sont pas totalement dépourvus de bon sens. Par contre, il y a des choses que les Occidentaux ont besoin d’apprendre des autres peuples. Cependant, pour les cas des pratiques manifestement répréhensibles, il convient de les éradiquer par une éducation des peuples et un changement progressif des lois et non par le changement brutal des régimes ou la destruction violente des cultures. Forcer un peuple à vivre en contradiction avec sa conscience, c’est le détruire tout simplement. Les relations entre peuples devraient revêtir un minimum de respect. Sinon, nous allons créer des extrémistes qui réagissent par la violence.

 

Dieu a créé chaque Africain avec un cerveau, comme le reste de l’humanité ; et Il l’a fait avec raison. L’Afrique ne manque pas d’intellectuels capables de faire de profondes et constructives réflexions sur des problèmes de société. Nous devons arrêter d’avaler tout ce qu’on nous jette dans la bouche car, un peuple qui suit aveuglement se réduit à l’esclavage lui-même. Rien ne dit que Descartes a raison en tout et que nos ancêtres ont tort en tout ; et rien ne dit que nous n’avons pas nos propres Descartes, aujourd’hui.  Le problème est que nous les Africains aimons les chemins faciles, les sentiers battus. Nous aimons avaler ce que quelqu’un d’autre à mâché, ratifiant traités sur traités à cause des bonus financiers qui les accompagnent mais sans avoir bien réfléchi, pour les violer après et nous retrouver devant les menaces de la CPI. C’est à cause de cet amour de la facilité que nous continuons à nous faire soumettre, en prenant des alliances qui nous avantagent mais qui mettent les intérêts du peuple en péril. Il est temps que nos intellectuels nous aident à relever le défi de la subordination culturelle et philosophique. Notre avenir en dépend.

 

Cinquièmement, pour qu’un peuple puisse prétendre au bonheur, l’initiative personnelle et la liberté économique doivent être garanties. Même les Chinois ont dû reconnaître que l’économie de marché est la meilleure voie pour le développement économique d’un peuple, après des décennies de communisme. Même si cette libéralisation n’a pas totalement libéré l’économie de la politique Chinoise, elle indique un principe important pour le bonheur des peuples. L’amalgame entre le pouvoir politique et l’économie conduit au contrôle de l’économie par les dirigeants politiques et à des pratiques mafieuses et dangereuses qui résultent du conflit d’intérêts qu’une telle situation crée. Le développement économique d’un peuple est possible dans le contexte où l’initiative économique personnelle est encouragée et protégée ; et d’une économie de marché. Un tel contexte facilite le déploiement du potentiel humain, de la créativité et de la compétition sur le marché. L’équilibre qui finit par s’établir entre les différentes forces qui s’affrontent sur le marché est bénéfique pour toute la société.

 

Ce point est d’une extrême importance. Pour qu’un peuple puisse connaître paix et bonheur, ses dirigeants doivent se garder de subordonner ses intérêts aux leurs. Or, quand les dirigeants politiques contrôlent l’économie, ils ont tendance à user de tous les moyens (tous alors) pour s’enrichir et pour ne pas perdre le pouvoir, même quand ils sont totalement incompétents. D’abord, ils se rendent excessivement riches par des moyens illégaux, violant ainsi le principe de l’état de droit source de stabilité. Ensuite, ils utilisent ce pouvoir financier pour se protéger contre d’éventuelles poursuites judiciaires. Pour y arriver, ils usent de leur pouvoir politique et financier pour soumettre la justice et la rendre incapable de les toucher. Ensuite, ils s’attaquent à tout leader politique qui a le potentiel de les détrôner. 

 

La pratique de la démocratie libérale dans ce domaine est meilleure. En libéralisant l’économie, on facilite la maximisation de la production et la compétition libre ; des ingrédients essentiels pour le développement économique. Dans un tel système, l’ingérence des pouvoirs politiques est amoindrie et les conflits d’intérêts aussi. La concurrence déloyale et le favoritisme sont réduits, ce qui favorise la création d’entreprises par toute personne qui le désire et leur croissance. Seulement, la libéralisation extrême de l’économie produit le capitalisme sauvage et celui-ci présente un autre risque : l’exploitation de ceux qui n’ont pas les moyens de production par ceux qui n’en ont pas. Pour contrer ce problème, il faut alors injecter une dose de socialisme dans la gouvernance, notamment par les libertés syndicales et des politiques fiscales qui permettent à l’état de distribuer les richesses du pays d’une façon aussi équitable que possible, quitte à assurer à tous les citoyens l’accès aux services vitaux comme l’éducation, l’alimentation, la santé, l’habitat, etc.  

 

En conclusion, aucun système démocratique n’est parfait. La démocratie a besoin d’être constamment réinventée, améliorée et contextualisée. Elle n’est pas une panacée aux problèmes sociétaux, et ce qui a marché dans un pays ne doit pas forcement marcher dans un autre. Chaque pays doit s’approprier les principes de fonds qui ont le potentiel d’assurer paix et prospérité aux peuples et les adapter à sa situation particulière. Cependant, cette affirmation peut être utilisée par les dirigeants pour refuser à leurs peuples ce à qui ils ont droit ; ou pour s’arroger des droits qu’ils ne devraient pas avoir. C’est pourquoi une réflexion libre, détachée des rouages du pouvoir politique, est nécessaire. C’est à cette condition qu’on peut prendre la distance nécessaire et cracher la vérité avec la plus grande objectivité possible. Ensuite, un leadership politique peut alors émerger de cette réflexion, reflétant, dans sa perception du pouvoir politiques, les éléments essentiels dégagés par la réflexion. C’est cette réflexion que j’essaye de faire, dans l’espoir qu’un jour, elle inspirera quelqu’un.

 

Je suis donc de l’avis qu’aucun des deux courants démocratiques n’est parfait ; chacun a ses points forts et ses faiblesses. En termes de gouvernance, il y a plus de bien dans la démocratie libérale car elle met les leaders à la place qu’il leur faut alors que la démocratie dirigée a tendance à les diviniser. De même, sur le plan économique, la démocratie libérale est plus bénéfique si on s’assure qu’elle n’encourage pas l’exploitation des travailleurs par les détenteurs des moyens de production et qu’il y a de l’équité dans la distribution des richesses.



[1] A l’époque coloniale, pour justifier l’imposition de la culture occidentale, les philosophes occidentaux affirmaient que les peuples Africains n’avaient ni civilisation ni culture ; une affirmation totalement fausse qui a contribué à la perte des repères  pour un bon nombre de peuples Africains. Ce qui est plus grave encore, nous avons continué à détruire nos propres repères même après la fin officielle de la colonisation. Il est, par exemple, très choquant de voir que les enfants qui sont née seulement dix ans après la disparition de la monarchie au Burundi ne savent quoi a quoi ressemblait Karyenda, le tambour qui symbolisait la monarchie.