Nous ferions bien de nous soucier de l’avenir car nous allons y passer le reste de notre vie. Auteur inconnu

Une vue positive du futur est importante, voire essentielle pour les nations et les organisations, pour les sociétés et les communautés, pour les individus jeunes ou âgés, pour chacun d’entre nous qui désire créer un monde différent. Joël Barker.

 

1.      Introduction

Ayant grandi au Burundi pendant sa période tourmentée, ayant vu de mes propres yeux les déchirements insensés, les massacres et les tueries horribles et les destructions méchantes que le pays a subies pendant la guerre civile, ayant été témoins des déchirements politiques d’après la guerre et le progrès impressionnant de la corruption et d’autres pratiques de la mauvaise gouvernance, ayant été témoin oculaire d’une crise politique violente de trop en 2015 et ses conséquences dramatiques qui continuent toujours à mettre notre peuple  genoux ; je comprends partiellement ceux qui désespèrent.

Je comprends aussi ceux qui se sont résignés ; et qui ont abandonné les rêves de leur jeunesse. Le peuple Burundais a fait preuve d’une résilience énorme, mais nous devons admettre que pour certains, le moral est perdu. Je comprends ceux de nos compatriotes qui ont fini par prendre le large pour essayer des pâturages plus verts ailleurs. Je comprends aussi ceux qui se sont refugiés dans l’opportunisme, saisissant tout ce que les circonstances leur offrent, raflant un autre morceau du « gâteau national » pour eux-mêmes sans se soucier des principes moraux et de l’intérêt général. Nous n’avons pas tous la capacité morale de préférer une vie modeste dans la tranquillité du cœur à une vie d’aisance matérielle au prix de sa conscience. Les reflexes de la survie sont une réaction normale, bien qu’elle ne soit pas la meilleure, face à un contexte de difficultés apparemment inébranlables.  

 

Seulement, la fuite et la résignation ne sont pas les meilleures solutions en ce sens qu’aucune ne défie les difficultés frontalement pour en trouver des solutions salutaires. Les deux attitudes contribuent au renforcement des difficultés car elles leur cèdent tout l’espace et contribuent au développement et à la normalisation de la culture du mal. Si tous les citoyens prennent la fuite ou se résignent, même un petit groupe de trois personnes cupides et violents peut garder tout le pays dans la misère et la violence ; même si l’histoire a déjà clairement démontré, et à plusieurs reprises, que quand un peuple décide de se défaire de l’injustice, qu’elle soit sociale, économique ou politique, rien ne peut l’arrêter – selon Desmond Tutu. Pour prendre un exemple de chez nous, très peu de Burundais pensaient, dans les années 1950, que le pouvoir colonial pouvait céder à la pression des nationalistes. Si tous les Burundais avaient choisi la résignation et la fuite, nous serions restés sous le joug colonial pendant plus longtemps.

 

Les psychologues nous disent qu’à côté de la résignation et la fuite, il y a une autre sorte de réaction humaine face aux défis : c’est la confrontation brutale. C’est la manière de la violence, verbale ou physique. Cette manière de réagir face aux problèmes est très courante, probablement parce qu’elle liée à un reflexe naturel humain. Quand on est attaqué ou quand on se sent en danger, on a tendance à réagir automatiquement par la violence. C’est le reflexe humain normal de la survie, probablement un vestige du temps de la vie dans les grottes, avec tous les dangers qui menaçaient nos ancêtres. Il me semble que nos grottes ne nous ont pas encore quittés, même si ça fait des millénaires que nous les avons quittés. Cependant, bien que la violence soit généralement prisée comme un moyen de résolution de problèmes, l’histoire a déjà prouvé que la violence n’est pas du tout une solution aux problèmes car elle est elle-même un problème. Un problème ne peut pas résoudre un autre. Et même quand elle donne l’air de résoudre les problèmes, la violence complique les problèmes et en crée de nouveaux.

 

Ceux qui croient que ‘pour avoir la paix, il faut faire la guerre’ croient en une paix politique : l’absence de guerre. C’est une paix imposée par la force des armes qui réduit au silence les voix discordantes, tue la diversité, encourage la conformité (dans un monde créé pour être  marqué par la diversité) et encourage les frustrations ‘silencieuses’. Cela n’est pas la paix véritable ; c’est une paix de surface qui peut être maintenue pendant relativement longtemps par la force, mais sa durabilité est douteuse puisqu’elle créé et / ou renforce les malaises intérieurs. Un peuple heureux est un peuple libre ; un peuple dont chaque citoyen est libre d’être lui-même dans le respect de la liberté des autres et de l’intérêt général. Un peuple forcé à vivre selon le bon vouloir d’un individu ou d’un groupe de personne est un peuple prisonnier ; et ne peut pas être heureux.

 

On ne peut pas créer une société juste en infligeant la souffrance aux autres (même une petite partie du peuple) car la violence est elle-même une forme d’injustice. Si nous nous en tenons aux moyens modernes de diriger, la violence doit absolument être exercée dans un cadre légal, avec un système judiciaire impartial qui permet l’usage de la violence légale uniquement quand aucun moyen pacifique ne peut contenir le malfaiteur. Une société qui permet à la violence d’échapper aux consignes de la logique et de la loi est vouée à l’anarchie, à la colère, à la frustration et à l’instabilité. Il est important, ici, de souligner que la violence légale n’est vraiment moralement acceptable que si les lois qui la régissent sont moralement correctes aussi. Sur le plan moral, on peut dire, par exemple, que les lois qui permettaient l’esclavage (aux Etats Unis d’Amérique) étaient moralement inacceptables car elles violaient la dignité intrinsèque de tout être humain ; même si elles étaient soutenues par les gouvernements et votées par les parlements des puissances qui étaient impliqués dans ce commerce inhumain. Dans le cas de lois injustes, ce qu’il faut n’est pas leur exécution stricte, mais leur changement.

 

Pour revenir à notre sujet, nous sommes totalement contre l’usage de la violence pour résoudre les problèmes ; sauf quand c’est l’unique moyen qui reste et dans la logique de protéger la population. La seule voie que nous trouvons moralement viable et susceptible de produire une société de paix et de justice, c’est une confrontation sincère, honnête mais frontale des problèmes  sur le plan de la raison. Cette approche peut être coûteuse, surtout quand la confrontation implique des protagonistes injustes et violents. Mais, quand les citoyens les confrontent de façon créative et pacifique pendant suffisamment longtemps et avec persévérance, l’histoire a déjà démontré que le dernier mot n’appartient pas à ce genre de pouvoirs.

 

Ainsi donc, nous croyons que les problèmes qui font renfrogner nos visages aujourd’hui ; les problèmes qui font notre honte et notre humiliation aujourd’hui, ne sont pas insolvables. Il est possible de leur trouver des solutions sans céder aux invitations de la violence. Nous n’avons pas besoin de verser le sang de nos concitoyens pour résoudre nos problèmes. Si nous sommes un des pays les plus corrompus et les plus pauvres au monde, si notre scène politique ressemble plus à un champ de bataille qu’à un terrain de débat respectueux, si le népotisme politique maintient beaucoup de nos citoyens dans un chômage injuste, si tous les citoyens ne peuvent pas jouir de certaines des libertés fondamentales pourtant garanties par notre constitution, c’est parce que nous n’avons pas encore fait ce que nous devons faire pour résoudre ces problèmes.

 

Et comme nos problèmes ne sont pas insolvables, nous croyons fermement que le Burundi sera un jour un pays de loin meilleurs que ce que nous avons aujourd’hui, si certaines choses sont faites. J’ai une ferme conviction que nous ne finirons pas dans l’humiliation. Dans la vie de tous les jours, il est vital de pouvoir nous faire une image de ce que nous voulons avant de trouver les moyens de le réaliser. En politique, cela est plus important encore. Les vents qui soufflent sur le terrain politique ; et dans plusieurs directions, ne donneront pas de répit à une classe politique qui s’embourbe dans une action qui n’a pas de finalité préétablie. Ils seront coincés dans une sorte d’activisme aveugle, produisant un développement illusoire, faisant avancer le pays d’un côté pour le faire reculer de l’autre. Ils devront absolument nous faire fêter la croissance d’un arbuste alors qu’ils nous avaient promis une forêt. La seule force capable d’inspirer une action multiforme, touchant tous les secteurs de la vie nationale, mais qui s’opère harmonieusement sans qu’aucun domaine ne soit laissé derrière, c’est  une large vision de ce qu’on veut faire de la nation.

 

Très souvent, les politiciens s’empressent d’agir, mais l’action n’est qu’un élément d’un ensemble dont elle dépend. Sans cet ensemble dont elle dépend, l’action n’est qu’une distraction, un calmant qui nous fait oublier nos échecs et nous donner le plaisir de faire quelque chose sans aller nulle part. D’une part, la vision ne peut se réaliser qu’avec une action politique vigoureuse et responsable. Mais, l’action n’est vraiment utile et ne peut produire le résultat escompté que si elle découle d’une chaîne de raisonnement et d’imagination. La vision nous décrit la finalité de cette action. Définir la destination rend facile la tâche d’identification du meilleur chemin pour y parvenir, la qualité des personnes dont on a besoin, le genre de lois qu’il faut avoir, le type d’institutions nécessaires et leur fonctionnement, etc.  Dans les lignes qui suivent, nous allons donner un exposé systématique de ce pays qu’est le Burundi de nos rêves ; un pays que nous pensons possible dans au plus 30 ans. La vision se fonde sur les besoins les plus importants dont la satisfaction crée le bonheur individuel et collectif, comme discuté dans mes précédents articles. 

Au départ, je croyais que j’étais seul. Mais le long du chemin, j’ai trouvé des concitoyens qui partagent ce rêve. J’espère que le lecteur s’y reconnaîtra.

2.      Bref aperçu du pays que nous voulons

Avant d’entrer dans les détails, il sied de donner une image brève du pays que nous voulons, C’est un pays de bien-être intégral et inclusif, marqué par les six objectifs centraux :

1)      Un peuple vivant harmonieusement dans sa diversité.

2)      Un revenu moyen de 10.000 $ par habitant et par an

3)      Access à l’eau et l’électricité à tous les Burundais

4)      Education gratuite et d’une bonne qualité jusqu'à la fin de la formation secondaire

5)      Soins de santé d’une qualité mondialement reconnue et accessibles à tous les citoyens

6)      Indépendance économique de l’état Burundais

 

3.      Un pays de paix et de sécurité

Le Burundi que nous voulons voir émerger est un pays où tout citoyen vit dans la quiétude. C’est un pays où la violence est proscrite et où les citoyens sont tous soigneusement protégés. Cela sera possible quand tous les citoyens auront confiance en nos institutions ; et celles-ci gagneront cette confiance par leurs services fidèles au peuple avec professionnalisme, sans favoritisme ni discrimination. Nous rêvons donc d’un Burundi doté d’organes de défense et de sécurité qui sont au service de leur nation et qui protègent tous les citoyens équitablement. Nous rêvons d’un pays où les armes de l’état ne servent pas à la protection des intérêts d’un groupe ou d’un individu quelconque, au détriment de l’intérêt général.

 

La paix et la sécurité sont aussi le fruit de bonnes lois qui protègent les citoyens des dérives autoritaires des dirigeants ; et des lois qui sont strictement respectées. Nous croyons que l’état de droit constitue un bouclier de taille pour la protection des libertés et droits des citoyens ; et l’état de droit n’est que le bras droit du respect du principe de la séparation des pouvoirs. Soumettre tout le monde à la loi pour préserver l’intérêt général implique une éradication de l’esprit partisan dans l’administration de la justice et dans le fonctionnement de la police, l’armée et le service de renseignement. Dans ce pays que nous rêvons, le professionnalisme primera sur les allégeances politiques ou ethniques. Les soldats, les policiers et les agents de services de renseignement auront le droit de voter pour un parti politique de leur choix, mais ils subordonneront leurs tendances politiques à leur mandat national d’assurer la défense et la sécurité pour tous les citoyens. Le bien-être de tous les citoyens sera le facteur le plus important dans l’organisation, l’entrainement et le fonctionnement des organes de défense et de sécurité.

 

La quiétude viendra aussi d’une bonne gestion des crises du passé pour mettre un terme aux cycles de violence qui cachent mal une volonté de vengeance. Nous voulons voir notre peuple réconcilié ; nous voulons un pays où toutes les composantes sociales vivent en harmonie ; un pays où la bonne cohabitation et la solidarité constituent nos marques distinctives. Comme notre avenir est plus important que notre passé (nous allons passer le reste de notre vie dans l’avenir), le passé doit être géré de telle sorte qu’il serve l’avenir et non l’inverse. Les blessures doivent être guéries, les communautés réconciliées, de nouveaux pactes doivent voir le jour pour sceller notre unité comme peuple. Ceci contribuera à créer ce pays que nous voulons voir, un pays paisible.

 

Enfin, la quiétude viendra du sentiment de sécurité émanant d’une capacité démontrée de réduire à néant la force de nuisance des fauteurs de troubles : les voleurs, les criminels, les utilisateurs et les vendeurs des produits dangereux et interdits, etc. Notre pays a connu une longue période de guerre et cela a contribué au développement d’un esprit sauvage d’une violence insensée. La prolifération des armes à feu a donné libre cours à cet esprit barbare ; et la réintégration des anciens combattants a eu des succès tellement limités que le risque d’insécurité reste élevé aujourd’hui.

 

Avec le Burundi que nous envisageons, ces groupes seront condamnés à disparaître. La fermeté des pouvoirs publics dans leur mission de protection du peuple ne leur permettra pas de subsister ; et la possibilité de gagner sa vie honnêtement, facilité par la multiplication des opportunités pour tous, rendra injustifiable tout acte visant à déstabiliser la paix et la sécurité des autres. Le peuple pourra donc vivre tranquillement, vaquer à ses activités paisiblement et jouir des fruits de son labeur.

 

Au cours de notre récente histoire, l’insécurité est venue de l’étroitesse d’esprit en politique et a été sélective est politiquement motivée. Des gens ont été malmenés, persécutés, exilés ou assassinés à cause de leurs opinions politiques. Et nous savons qu’un peuple qui ne peut pas jouir des ses libertés politiques ne peut pas connaître une véritable paix. Ce pays que nous rêvons est un pays de liberté ; où les citoyens jouissent des libertés et des droits constitutionnels sans être inquiétés. C’est un pays sans prisonniers politiques, et sans exilés politiques. C’est un pays sans assassinats politiquement motivés.

 

Nous voulons un pays qui assure la sécurité de tous les habitants et des étrangers qui y résident, dans leurs mouvements sur les routes ; avec des routes et des ponts construits pour garantir la sécurité des biens et des personnes. Nous voulons un pays qui organise le transport quitte à assurer la sécurité et le confort des usagers des véhicules de transport publics et des voiries publiques. Nous voulons un pays qui incorpore la sécurité dans les lois qui régissent la construction des bâtiments, les règles qui concernent l’installation de l’électricité, les systèmes d’évacuation des déchets ; ainsi que la construction et la gestion des infrastructures qui reçoivent beaucoup de personnes.  

 

Nous voulons un pays qui prévient et gère les catastrophes d’une manière excellente, un pays qui organise les services anti-incendie et d’autres services de secours d’une manière qui met le peuple dans un sentiment de sécurité totale. C’est un pays qui équipe ces service, qui leur donne les moyens de travail et qui forme les agents de ces services enfin qu’ils travaillent, non seulement avec rapidité et professionnalisme ; mais aussi avec un cœur de service. Nous voulons un pays ou un mois de prolongation de la saison sèche ne provoque pas l’exil des citoyens ; un pays qui met son peuple à l’ abri de l’insécurité alimentaire.

4.      Un pays de droit et de liberté   

Aujourd’hui, nous avons une constitution qui nous garantit un certain nombre de droits et de libertés ; mais leur jouissance reste encore problématique. D’une part, leur protection par les pouvoirs publics laisse à désirer. D’autre part, il se pose encore le problème des restrictions injustifiables par rapport à la jouissance de ces droits et libertés. Ceci est aussi exacerbé par l’ignorance du peuple et la tendance à se laisser faire facilement ; ainsi que la peur de subir la violence s’il laisse son cœur s’exprimer. Mais ces obstacles ne sont pas inamovibles ; et leur temps est limité.

Le Burundi que nous rêvons est un pays où tous les droits et libertés des citoyens sont non seulement respectés, mais aussi jalousement protégés par les pouvoirs publics. Nous voulons un pays où chaque citoyen à ce que la loi lui permet d’avoir, sans aucune considération de son statut social ou économique, de son arrière-plan religieux, politique ou ethnique. C’est un pays où les enfants ne sont pas exploités mais protégés ; un pays qui ne permet pas l’exploitation des handicapés pour des fins commerciales (voir le trafic des handicapés pour la mendicité)! C’est un pays où même les droits des personnes détenues de façon préventive ou condamnées sont respectés ; un pays où la raison prime sur la brutalité.

Nous voyons, dans nos rêves, un pays où les citoyens s’expriment librement, dans les limites de ce que la loi permet, sans craindre la foudre des personnalités puissantes. C’est un pays où l’accès à l’information n’est pas soumis aux caprices des personnalités influentes, et où les libertés politiques des citoyens sont jalousement protégées. C’est un pays où l’accès à l’emploi n’est pas une question politique, mais un droit de tout le monde, à travers une compétition transparente et objective. C’est un pays où le droit de voter librement est vécu dans la pratique ; et où le peuple a droit à un vote transparent et régulier. Bref, c’est un pays où la section sur les droits et les libertés des citoyens dans la constitution n’est pas juste un bon texte, mais une réalité vécue quotidiennement par le peuple.

Ceci sera possible par une combinaison de facteurs : la libération de la justice de son inféodation au pouvoir exécutif, une reforme du système carcéral, un soutien indéfectible aux organisations de défense des droits humains, un appui sincère aux medias publics et privés, le développement d’une culture d’excellence et d’efficience dans les services publics, la traduction et la vulgarisation des lois et une éducation de masse de la population enfin de l’aider à connaître ses devoirs et ses droits.

Nous sommes conscients du fait qu’une liberté illimitée est nocive pour la société. Nous comprenons que des fois, l’individu doit pouvoir limiter ses ambitions dans le but de ne pas faire une entorse à l’intérêt général. Le but ultime étant de faciliter le bonheur individuel et collectif, il va de soi que la liberté individuelle doit se vivre dans un cadre bien défini. Sinon, on irait tout droit à l’anarchie ; et celle-ci ne profite à personne. 

5.      Un pays d’abondance économique   

Aujourd’hui, notre pays est l’un des plus pauvres du monde ; et cela se voit bien dans les faits concrets. Nos rues abondent de plus en plus de mendiants ; la déperdition scolaire augmente, le désespoir alimente l’industrie de la prostitution et le taux de chômage augmente. Juste au milieu de cette situation économique plutôt morose, nous rêvons la possibilité d’un Burundi économiquement en excellente santé ; un pays qui ne connaît ni malnutrition, ni mendicité ni déficits budgétaires.

Nous croyons qu’un  développement économique inclusif est possible au Burundi ; et que ce développement devra être multiforme, équilibré et partagé par tous les citoyens et toutes les régions du Burundi. Nous rêvons un pays qui avance économiquement et dans tous les domaines. Ce pays sera bâti sur une politique d’investissement progressif, commençant avec les secteurs les plus directement liés à la vie du peuple (l’élevage et l’agriculture), pour aller vers le secteur tertiaire et l’industrialisation.

Dans le Burundi que nous recherchons, les vendeurs ambulants ne seront pas pourchassés, mais regroupés et organisés pour avoir des soutiens qui leur permettent d’intégrer le secteur formel. C’est un pays qui sait capitaliser toutes les initiatives positives de ses citoyens. Les artistes seront appuyés et leurs produits seront protégés. Les citoyens qui démontrent suffisamment de créativité pour créer de l’emploi seront aussi appuyés. C’est grâce à des personnes comme elles que les sociétés se développent. Ce pays sera comme une fourmilière, chacun s’attelant à sa tâche avec détermination pour produire au maximum. La sécurité sera garantie pour maximiser les heures de travail.

 

C’est un pays avec des infrastructures routières solides pour faciliter le transport des personnes et des biens. Les biens produits dans un coin du pays seront disponibles dans les coins où ils ne sont pas produits en peu de temps, la mobilité sera améliorée pour dynamiser le commerce. L’entretien des routes sera une priorité importante car un pays sans bonnes routes (et sans chemins de fer ni canaux de navigation) ne peut pas prétendre à une économie compétitive. En considérant le coût exorbitant de la construction des routes, leur entretien bénéficiera d’une grande attention de la part des pouvoirs publics.

 

Nous rêvons un Burundi avec une monnaie forte et stable ; et où le pouvoir d’achat de la population lui permet de satisfaire ses besoins et d’épargner, un pays où la production dépasse la capacité interne de consommation ; et qui exporte. C’est un pays qui transforme les produits agricoles et d’élevage en masse et dont le volume des importations diminue année après année, avec une augmentation nette et progressive de celui des exportations. C’est un pays où les maisons en matériaux durables, avec eau et électricité, ne sont pas réservées à une minorité des grandes villes ; un pays avec de bons villages construits selon des normes d’une urbanisation responsable.

 

Nous rêvons un pays où les capitaux coulent à flot ; où les investisseurs locaux et étrangers se bousculent et ou les emplois se créent par dizaines de milliers chaque année. C’est un pays dont la politique bancaire ne prend pas la population en otage, mais fait la promotion de la compétition entre les institutions bancaires pour bousculer les vieilles pratiques improductives et promouvoir l’innovation. C’est un pays où la disponibilité des fonds aux investisseurs est une priorité et la décentralisation des services bancaires permet un arrosage généralisé de tous les coins du pays en fonds d’investissement. C’est un pays intéressant pour les investisseurs, doté de services publics rapides et efficaces et débarrassés des entraves à l’investissement, comme la corruption, la lenteur administrative, etc.

 

C’est un pays où la richesse n’est pas excessivement concentrée dans une ville où dans une région, mais disséminée à travers ses villes et villages. C’est un pays où le commerce est florissant dans les villages des communes et dans les villes des chefs-lieux des provinces. C’est un pays dont l’économie est organisée de telle sorte qu’aucune région, aucune ville et aucun village ne reste en arrière par rapport aux autres. C’est un pays où n’importe qui peut initier un projet de développement et faire de bons progrès ; un pays qui encourage l’initiative personnelle et qui récompense les plus grands producteurs !

 

Nous voulons un pays où les entreprises font des compétitions transparentes pour gagner les marchés publics et où les projets s’exécutent avec rigueur et professionnalisme. C’est un pays qui organise sa politique fiscale de telle sorte que le taux de croissance se répercute sur le montant des recettes ; avec un peuple éduqué à la responsabilité civique – notamment par un payement fidèle des taxes et des impôts. C’est un pays où le budget de l’état fait ressortir la primauté de l’intérêt général, pour que les citoyens puissent directement bénéficier de leurs taxes et impôts.

 

C’est un pays dont le système économique est libéré des entraves qu’engendre l’abus du pouvoir qui s’invite dans l’économie quand les dignitaires se convertissent en investisseurs. C’est un pays où certaines fonctions publiques sont incompatibles avec le commerce, où on ne peut pas décider les exonérations ou avoir un pouvoir sur les agents de l’OBR tout en faisant du commerce. C’est un pays où les conflits d’intérêts sont éliminés pour faciliter l’émergence d’une économie dynamique. C’est un pays qui s’est défaits des vieilles habitudes d’une richesse sale mal acquise ; où prospère celui qui travaille plus et qui le fait avec plus d’innovation ; un pays qui ne récompense pas mais qui emprisonne les voleurs.

6.      Un pays d’harmonie sociale  

Nous avons vécu pendant trop longtemps dans la fumée de la haine politico-ethnique. Nous avons longtemps, trop longtemps, donné nos cœurs aux forces destructrices de la méfiance et de la division. Les communautés ethniques du Burundi ont vécu dans la peur de l’autre et parfois, les institutions de l’état ont été responsables de cette peur. Aucun Burundais n’est Burundais par un accident de l’histoire, nous sommes tous là où nous devrions être ; et ça fait extrêmement mal de se sentir menacé par les pouvoirs qui devraient te protéger. C’est un acte d’humiliation pour nous tous chaque fois que nos citoyens vont chercher la protection chez nos voisins ou plus loin.

 

Le Burundi que nous voulons bâtir est un pays où chacun vivra dans la paix et la quiétude, sous la protection des institutions de l’état. C’est un pays où les différences sont valorisées et mises au service de l’intérêt général; où la bonne cohabitation est vécue dans tous ses sens. C’est un pays où la diversité crée l’harmonie. Nous voulons un pays où les paroles de notre constitution se concrétisent totalement et pour tous :

Le Gouvernement a pour tâche de réaliser les aspirations du peuple burundais, en particulier de guérir les divisions du passé, d’améliorer la qualité de la vie de tous les burundais et de garantir à tous la possibilité de vivre au Burundi à l’abri de la peur, de la discrimination, de la maladie et de la faim[1].

Ces paroles sont bonnes. Malheureusement, leur concrétisation se fait toujours attendre, plus de dix ans après la promulgation de la constitution. Nous avons visiblement un problème de leadership et notamment l’incapacité de traduire en réalités concrètes les idéaux constitutionnels.

 

Mais pour que cet d’harmonie sociale soit possible, quatre choses au moins devront se faire. Premièrement, c’est l’émergence d’un leadership patriote, visionnaire et rassurant ; capable de défendre les intérêts du peuple dans sa globalité. Deuxièmement, c’est la révélation de la vérité autour des tragédies de notre histoire et une bonne réconciliation du peuple Burundais ; une réconciliation qui se fonde sur la reconnaissance de la douleur des victimes, des actes symboliques en guise de dédommagement, la guérison des blessures, le pardon et la réintégration progressive des criminels. Troisièmement, c’est la dépolitisation et la professionnalisation des organes de défense et de sécurité enfin de les rendre capables de sécuriser tout le monde, indépendamment de leur arrière-plan ethnique, religieux ou politique. Quatrièmement, c’est un partage équitable des ressources du pays, et la création des conditions d’accès équitable aux opportunités pour tous les enfants de notre peuple.

 

En outre, l’harmonie sociale exige un traitement équitable de tous les citoyens enfin qu’aucun groupe ne se sente discriminé. C’est uniquement avec des leaders visionnaires et patriotes que cela est possible. Ceci, à son tour, requiert une culture d’état de droit et des services publics qui sont au service de tout le peuple. Mais l’état de droit n’est possible que si nous avons de bonnes lois et si la justice est suffisamment indépendante pour appliquer le droit sur tous les citoyens, y compris les dignitaires. Mais nous estimons que l’harmonie sociale est un idéal tellement important que tous les efforts préliminaires en valent le coup. Même s’il faut un réarrangement institutionnel de grande envergure, si cela assurera la paix et la quiétude au peuple, nous estimons qu’il ne faut pas reculer. L’objectif est trop noble pour le laisser tomber dans le but de satisfaire la volonté des sympathisants du statu quo.

7.      Un pays bien gouverné

Aujourd’hui, bien qu’il y ait eu des avancées depuis la fin de l guerre, le Burundi est confronté à une culture croissante de mauvaise gestion des fonds publics et d’autres délits de gouvernance. L’abus du pouvoir s’accentue à cause de l’impunité ; et les intérêts des individus et ceux des groupes priment sur l’intérêt général. Les moyens de l’état peuvent être déployés pour servir un individu mais rester introuvables quand il fait protéger le peuple. Cette anomalie est à bannir.

Le pays que nous voulons est un pays géré dans la fidélité, la transparence et avec un sens élevé de redevabilité. C’est un pays où le dignitaire ne considère pas le peuple comme son esclave, mais comme son patron, où le citoyen est servi avec abnégation et serviabilité. C’est un pays où la rudesse d’un agent de l’état n’est pas une moindre offense et où le citoyen se sent valorisé, respecté par ses dirigeants.

 

Nous voulons un pays où tout le monde vit sous la loi et fait ce qu’il doit faire dans les délais fixés ; sans exiger des pots de vin ou d’autres formes de faveurs. C’est un pays où les services publics ne causent pas des maux de têtes aux citoyens et où l’efficience et l’efficacité dans ces service ne sont pas négociables. Nous voulons un pays où la gestion des fonds de l’état n’est pas sujette à des manœuvres obscurs ; mais où tout se fait dans la transparence. C’est un pays où les déviations ne sont pas tolérées ; et ou une main ferme s’assure en permanence que le peuple a ce qu’il mérite toujours.

 

Mais, nous savons que pour y arriver, un leadership éclairé et déterminé à développer une culture de bonne gouvernance s’impose. En outre, l’inféodation des cadres de l’état aux partis politiques, par le truchement de la pratique du népotisme et du clientélisme (distribution des postes en récompense au soutien politique) sont bannis. Nous avons besoin d’arriver à faire comprendre aux cadres de l’état que leurs positions ne sont pas des récompenses, mais de lourdes responsabilités ; et qu’ils n’ont pas le droit de décevoir les attentes légitimes du peuple. Ah oui, le peuple est plus important que les partis politiques. Ce ne sont pas les partis politiques qui payent les fonctionnaires, c’est bel et bien le peuple. Pour assurer une gestion excellente au pays, l’allégeance des cadres au peuple doit primer sur les allégeances politiques. Ceci sera possible grâce à la maturation politique des partis politiques et à l’élimination de la politique tribaliste. Ceci exigera aussi un leadership ferme qui n’hésite pas à mettre chacun à la place qui lui convient. Bref, la méritocratie doit remplacer le favoritisme.

  1. Un pays doté d’une magistrature indépendante

La justice est la pierre angulaire de la stabilité de la société ; et elle se fonde sur trois piliers principaux : de bonnes lois, des juges techniquement et moralement capables d’appliquer ces lois et une indépendance suffisante de la magistrature. Si notre pays connaît des cas récurent d’instabilité, c’est parce que les auteurs des crimes lourds n’ont jamais été punis. L’impunité encourage la criminalité et le manque de respect de la loi en général. Or, l’impunité est une manifestation évidente de l’incapacité de la justice. Cette incapacité vient principalement du manque d’indépendance de notre magistrature, même si la constitution consacre cette indépendance comme garantie. Encore une fois, ceci révèle un problème de leadership. Avec cette dépendance, la politisation des magistrats s’en suit, faisant ainsi de la justice un outil politique. Avec la corruption, les choses se sont empirées.

Le Burundi que nous voulons est un pays d’une justice libre, compétente et ferme. Nous voulons un pays où toute personne qui viole la loi subit le fouet de la justice, non pas selon son statu social ou son pouvoir politique, mais selon la loi. Nous voulons une justice qui protège la société contre les actions méchantes de certains de ses membres, en les maîtrisant par une ferme et impartiale application de la loi. Nous voulons un pays où la justice n’est pas utilisée par le fort pour faire souffrir le pauvre ; une justice qui n’exécute pas les ordres de qui que ce soit. Nous voulons un pays dont les juges ne sont pas esclaves des pots de vin ;  mais des hommes et des femmes intègres qui défendent l’innocent et condamnent le fautif.

Nous voulons un pays où le Président de la République et le Ministre de la Justice n’ont pas les pouvoirs qu’ils ont aujourd’hui, sur le pouvoir judiciaire. Nous trouvons que notre constitution donne trop de pouvoir au pouvoir exécutif et que cela complique le principe d’indépendance de la magistrature. Nous voulons un pays où le pouvoir judiciaire est véritablement un pouvoir indépendant, capable de confronter n’importe qui en cas de violation de la loi. Nous voulons des juges qui ne sont pas nommés, promus, mutés ou limogés selon les bons vouloirs des politiciens. En effet, ce genre de choses font des juges les serviteurs des intérêts politiques de ceux qui commandent le pouvoir exécutif et de leurs alliés ; et non des protecteurs des droits du peuple.

Nous savons que sans une telle justice, la paix et la quiétude ne seront jamais vécues par tous les citoyens au même titre. Pendant que certains vivront dans un confort nuisant, d’autres vivront dans le dénuement et dans la peur à cause des premiers. C’est pourquoi nous estimons que les sacrifices nécessaires pour asseoir cette justice valent la peine. Nous savons aussi que dans notre histoire, les choses n’ont pas toujours été aussi ternes. Il y a eu un temps où le pays a été paisible grâce à une justice équitablement administrée, bien qu’imparfaite. Par conséquent, nous sommes convaincus qu’elles peuvent changer, pour le meilleur.

9.      Un pays d’ordre et de propreté

Il se fait voir du désordre et de la saleté  dans notre pays. Des constructions anarchiques se font au grand jour, les lois qui règlent la circulation routières sont bafouées, les déchets sont jetés n’importe où sans aucune conscience de leur impact sur l’environnement, les gens font leur petit besoin n’importe où, d’autres déversent du moellon, du sable ou des briques dans la rue quand ils font leurs constructions, il y a du tapage nocturnes en milieux résidentiels, soit à cause des endroits réservés aux cultes religieux, des cabarets, des boîtes de nuit ou des gens qui font la fête, etc.

 

Nous voulons un pays d’ordre ; un pays où tout est réglementé et où la violation des règles a des conséquences sur les contrevenants. Nous voulons un pays civilisé où chacun connaît la limite de ses droits et libertés et respecte les droits et les libertés des autres ; un pays qui ne tolère pas le désordre. Nous voulons un pays dont les routes sont construites avec la sécurité de ses usagers en tête ; qui prévoit donc de l’espace pour chacun (véhicules, piétons et cyclistes) et qui sont utilisées dans le strict respect des règles qui réglementent leur usage.

 

Nous voulons un pays où les constructions suivent des règles bien précises ; et où les gens n’utilisent pas l’espace public comme le salon de leurs maisons. Nous voulons un pays où les constructions se font selon des plans globaux pour éviter l’anarchie et le désordre. Nous voulons un pays de belles villes et de beaux villages, avec des infrastructures solides mais aussi construites avec l’idée de l’esthétique en tête. Nous voulons un pays propre, avec une propreté qui se manifeste dans les lieux publics et privés. Nous voulons un pays où la saleté corporelle et vestimentaire est bannie ; ou on ne se permet pas de s’introduire en lieux publics en habits sales, ce qui implique la capacite de porter de bons habits et la prise de conscience de cette nécessité.

 

Nous savons que ceci exige un travail herculéen pour changer les mentalités et développer de nouvelles habitudes. Ceci exige aussi des services publics professionnels et fermes, notamment les services techniques qui s’occupent de la sécurité des citoyens, ceux de l’urbanisme,  ceux qui s’occupent de la construction d’infrastructures publics, etc. Mais nous sommes convaincus que cela est possible. Nous sommes convaincus que notre nation peut se faire la réputation d’être belle par le travail de ses fils et filles comme elle l’est naturellement.

10.  Un pays doté d’un système éducatif de grande qualité

Notre pays a connu deux extrêmes dans le domaine de l’éducation : une bonne éducation mais qui n’atteint qu’une petite partie de la population des enfants en âge de scolarisation et une éducation de masse mais de qualité déplorable. Dans le premier cas, on verse dans l’élitisme, et cela encourage la discrimination des masses analphabètes. Dans le deuxième cas, on crée toute une génération de semi-intellectuels, incapables de défendre une idée ou de bien servir leur nation ; en dépit des diplômes qu’ils ont empochés. La première approche produit une petite quantité d’intellectuels capables de développer leur pays ; la seconde produit une foule de pseudo-intellectuels qui n’ont pas la capacite de faire face aux defis de leur temps.

 

Nous voulons un Burundi où l’éducation n’est ni médiocre ni réservée à une petite minorité. Nous voulons une éducation qui produit des citoyens intelligents, capables de sonder les mystères de la science et de mettre leurs capacités au service de la société ; et qui ont le cœur de servir leurs concitoyens. Nous voulons un pays où les enfants ont accès à une très bonne formation intellectuelle et morale, dispensée par des enseignants professionnels qui savent et aiment ce qu’ils enseignent ; et qui sont satisfaits d’être enseignants. Nos enfants ne sont pas bêtes. S’ils échouent en masse, cela n’est que la conséquence de l’absence de facteurs essentiels à la réussite scolaire, autres qu’eux-mêmes.

 

Nous voulons un système éducatif qui donne à chaque enfant l’occasion de révéler et d’aiguiser ses talents ; et une société qui permet à chaque talent de s’exprimer librement et de faire vivre celui qui l’a. Nous voulons une éducation qui ne crée pas des chercheurs d’emplois, mais des hommes et des femmes qui ont la soif de servir leur peuple. Nous voulons un pays dont les intellectuels ne sont pas esclaves des politiciens ; mais des gens qui réfléchissent, analysent et proposent. Nous voulons un pays d’intellectuels qui mettent leur matière grise au service du peuple pour contribuer à la résolution des nombreux problèmes qui hantent notre peuple aujourd’hui.

 

Nous voulons un pays avec de bonnes et grandes écoles bien équipées et dispersées dans les différentes parties du pays, capables d’accueillir des milliers d’enfants des environs, les héberger et les former sérieusement tout en leur permettant de se détendre et de faire d’autres activités épanouissantes. Nous voulons des écoles qui mettent les enfants dans de bonnes conditions d’apprentissage ; dans un pays fait de villages avec des maisons décentes, de l’eau et de l’électricité ; pour ne pas limiter l’activité intellectuelle à la durée journalière de l’éclairage naturel. Nous voulons des écoles très bien équipées, avec des enseignants bien payés et aux capacités constamment renforcées comme une scie en permanent usage. Nous voulons un pays avec des écoles où se pratique la rigueur pour produire des citoyens disciplinés et assidus au travail.

 

Nous voulons un pays avec une université publique qui a toutes les facultés importantes dans la vie d’une nation moderne ; avec des campus et des homes universitaires disséminés à travers le pays, dans des villes connectées par de bonnes et solides routes. Nous voulons un enseignement universitaire diversifié, qui donne une place de choix aux technologies de l’information, à la recherche et à la technologie, une formation qui donne la place aux artistes de toutes sortes. En bref, nous voulons un pays qui offre à chacun de ses enfants la possibilité de faire de bonnes et longues études selon ses capacités pour mieux servir son peuple.

11.  Un pays d’excellence et d’efficience

Nous avons souvent connu la discrimination, la lenteur administrative, les manœuvres dilatoires visant à soutirer des pots de vin, la corruption ouverte, l’arrogance, l’insouciance et l’incompétence dans les services publics. Nous avons souvent vu les moyens de l’état et le pouvoir de servir retournés contre le peuple. Nous avons vu l’insensibilité de cœur ; même à l’hôpital. Nous avons vu la paresse porter la belle épithète de « déjeuner politique ». Nous avons vu les agents des services publics consacrer le temps de travail à leurs propres affaires. Toutes ces choses ralentissent les activités, créent le mécontentement et  font la promotion de la médiocrité. Nous voulons un pays bien différent !

 

Nous voulons un pays où les agents de l’état sont véritablement au service du peuple au lieu de se faire porter par le peuple. Nous voulons des fonctionnaires qui comprennent qu’ils vivent des efforts du peuple et lui doivent donc obéissance et un bon service. Nous voulons un pays où le fonctionnaire n’a pas besoin de pot de vin pour joindre les deux bouts du mois, un pays dont le gouvernement paye bien tous ses fonctionnaires enfin qu’ils puissent bien servir le peuple ; et qui exige d’eux un service satisfaisant. Nous ne voulons plus des fonctionnaires qui se sentent victimes de la discrimination dans la distribution des richesses du pays ; car cela constitue le ferment qui encourage la paresse et l’irresponsabilité. 

 

Nous voulons un pays dont l’administration est rigoureusement organisée selon un seul objectif : la satisfaction du requérant des services publics. Nous voulons un pays qui supervise ses officiels, sanctionne les défaillants et encourage les compétents ; un pays organisé sur le principe de la méritocratie. Nous voulons un pays de transparence, un pays où personne ne peut se cacher dans son bureau, derrière l’arme de l’état qu’il porte ou derrière le pouvoir qui lui est confié, pour faire n’importe quoi. Nous ne voulons pays un pays où le citoyen est méprisé, malmené et opprimé par ses serviteurs métamorphosés en maîtres improvisées ; nous voulons un pays qui fait la satisfaction de ses citoyens par des services dévoués.

Nous voulons un pays où ce qui peut se faire en dix minutes se fait exactement en dix minutes; et où le citoyens ne doit pas passer une semaine à cherche un service qui peut se faire en une journée. Nous voulons un pays qui use des dernières technologies pour accélérer la rapidité des services publics ; et qui regroupe les services complémentaires pour faciliter la tâche aux fonctionnaires et aux requérants de leurs services. Ceci implique la fusion de certains ministères ou départements ministériels, la décentralisation de certains services, une plus grande professionnalisation des services publics et une rigoureuse gestion des agents de l’état. Nous voulons un pays où le citoyen n’a pas peur d’approcher un représentant de l’état pour lui demander service, sachant qu’il sera servi le plus rapidement et fidèlement possible, avec courtoisie.

12.  Un pays de stabilité politique

Le Burundi a longtemps vécu dans l’incertitude politique, avec des changements soudains de régimes, des périodes d’instabilité causée par des politiques décriées par une partie de la population, des massacres qui ont toujours pris leur source dans l’incapacité de gérer les problèmes politiques sans faire recours aux armes. Nous avons trop souvent remplacé le canon par le dialogue, provoquant des mouvements de masse vers l’exil et causant la mort de milliers d’innocents.

 

Nous voulons un pays qui a des institutions crédibles qui servent tout le peuple et qui rassurent tout le monde. Nous voulons un pays avec un leadership politique capable de diriger le pays de telle sorte que tous les citoyens puissent dormir tranquillement, sans craindre une arrestation arbitraire, des menaces des voisins, l’action criminelle des bandits ou d’autres fauteurs de troubles ou des élections aux allures d’une guerre ouverte. Nous voulons un pays où chacun se sent valorisé par ses leaders ; et où l’accumulation de la frustration n’est pas possible.

 

Nous voulons un pays dont les institutions sont dévouées au service du peuple ; un pays où le changement de leadership se fait en douceur ; un pays dont les élections sont les plus appréciées du monde. Nous voulons un pays qui n’avance pas maladroitement comme un ivrogne, mais qui progresse d’un pas ferme vers un avenir commun connu et partagé par le peuple. Nous voulons un pays ou il est possible de prédire ce qu’on sera dans 5 ans, 10 ans, 30 ans, voire 50 ans. Nous ne voulons un pays piloté à vue ; mais une nation qui a une longue vision et qui avance résolument vers la réalisation de cette vision.

 

C’est un pays où les intérêts politiques des individus et des groupes sont subordonnés à l’intérêt général. C’est un pays où les pouvoirs sont nettement séparés ; où les incursions malsaines sont inadmissibles ; et où chacun joue son rôle correctement au risque de se faire coincer fermement. C’est un pays où personne ne se croit intouchable, où chacun suit les règles convenues pour stabiliser la société. C’est un pays où les idées sont valorisées et qui leur offre une plateforme pour que les meilleurs gagnent ; et ou la violence est circonscrite. C’est un pays qui valorise la logique et qui méprise la brutalité des faibles. C’est un pays où les petites idées stupides et les petites visions égoïstes sont huées ; et où la grandeur d’âme et la largesse d’esprit célébrées. C’est un pays qui subordonne le passé à l’avenir et qui enseigne à ses enfants à vivre en citoyens responsables, capables de faire de pays mieux que ce qu’ils hériteront de leurs pères.

13.  Un pays dont le peuple a un habitat décent

Nous avons une population qui, dans sa grande majorité, vit dans des maisons sales et totalement incompatibles avec les principes élémentaires d’hygiènes, le fondement d’une bonne santé. Certains des maux de têtes que le ministère de la santé doit gérer seraient éliminés si le problème de l’habitat était résolu. En outre, nous avons une mauvaise habitude de dispersion de maisons, ce qui complique l’accomplissement de beaucoup de projets d’intérêt public, et contribue à  garder le gros de notre population dans l’impossibilité d’accéder à l’électricité, à l’eau propre et à d’autres services vitaux. Nous vivons dans un pays dont la majorité des maisons ne peuvent pas résister à une tempête de trente minutes.

 

Nous voulons un pays dont les habitants vivent dans des maisons qui remplissent les conditions de sécurité et d’hygiène fixées par les autorités ; un pays où une maison d’habitation se construit selon des règles bien connues. Nous voulons un pays où l’eau et l’électricité ne sont pas réservées à une petite minorité ; mais accessibles à tous les citoyens. Ceci passera inévitablement par une politique progressive de regroupement d’habitations dans toutes les communes. Nous voulons un pays où les services vitaux (banques, pharmacies, dispensaires et / ou hôpitaux, écoles, etc.) sont décentralisés, selon le rythme d’une politique nationale d’urbanisation qui concerne toutes les communes du pays.

 

Nous voulons un pays où les villes sont construites dans la logique du bien-être de leurs habitants, par la séparation des lieux de résidence d’autres lieux. Nous voulons un pays où la construction des maisons d’habitation dans les villes se conforme aux normes de sécurité et d’hygiène; et où la solidité et la beauté sont indissociables. Nous voulons un pays où l’installation du dispositif électrique et de la plomberie ne se fait pas par n’importe quel aventurier, mais avec des professionnels certifiés. Nous voulons un pays où les lieux résidentiels sont protégés des perturbations de la quiétude de leurs habitants.

 

Nous voulons un pays où tout citoyen qui le veut peut avoir une maison décente, moyennant un engagement à long terme ; un pays où l’exploitation de l’espace aérien est privilégié sur l’extension horizontale des habitations. Nous voulons un pays qui ne sacrifie pas ses terres fertiles pour bâtir des maisons car, la nourriture vient avant l’abri ; et les briques ne se mangent pas. Nous voulons un pays dont les services d’urbanisme ne sont pas rongés par une corruption qui émerveillerait même le diable ; et qui octroient une troisième parcelle à un individu alors que des milliers attendent toujours leur première parcelle. Nous voulons un pays juste qui donne à ses enfants les mêmes chances de se faire une maison.

14.  Un pays d’infrastructure solides

Nous avons vu des routes bâties et inaugurées avec pompes se dégrader  en moins de 2 ans ; des étangs artificiels au beau milieu du centre-ville de Bujumbura. Nous avons vu des ponts détruits par des rivières en crues reconstruits trois fois en 10 ans ; nous avons vu des caniveaux qui, à chaque fois qu’une pluie moyenne se déverse, deviennent des rivières en crue et changent les routes en lacs artificiels. Nous avons vu les fils de la REGIDESO déterrés et explosés près des routes, avec des piétons qui passent à côté sans se douter de la mort qui les guète à quelques centimètres ! Nous avons vu des bâtiments publics qui ressemblent à des musées pour les araignées et la poussière ! Nous avons vu un gouvernement qui loue des bureaux pour des particuliers ; facilitant un énorme réseau de trafic d’influence et de gaspillage des l’argent du contribuable.

 

Nous voulons un pays dont le gouvernement a ses propres bureaux ; et des bureaux de référence dans le pays, enfin que les agents de l’état ne travaillent plus dans des endroits humiliants. Nous voulons un pays où le gouvernement investit lourdement pour atteindre une indépendance totale dans le domaine de l’immobilier. Pour le gouvernement, dépendre des bâtiments des particuliers pour fonctionner constitue une faiblesse et une occasion de gestion mafieuse des fonds de l’état. Nous voulons un gouvernement qui fait louer ses bâtiments et non l’inverse ! Nous voulons un pays avec des bâtiments publics qui sont régulièrement repeints pour garder la beauté originale et donner un sens de fierté aux fonctionnaires et aux citoyens.

 

Nous voulons un pays avec des routes solides, des routes dont la durée de vie se compte en plusieurs dizaines d’années au moins. Nous voulons des routes qui sont construites pour assurer la sécurité des usagers : avec des espaces suffisants pour les piétons, les cyclistes et les véhicules ; des routes avec des caniveaux construits selon les particularités topographiques et la pluviométrie de notre pays ; des routes régulièrement entretenues.  Nous voulons un pays avec des ponts qui sont capables de faire une centaines d’années sans une réparation substantielle ; et qui ne servent pas qu’au passage des usagers de la voie publics ; mais qui font aussi la beauté du pays.

 

Nous voulons un pays avec des systèmes d’évacuation des déchets tellement solides que leur réparation se fera à la dixième génération au moins. Nous voulons un pays avec des villes et des villages dotés de bons systèmes d’éclairage public. Nous voulons un pays avec des services techniques équipés et rapides dans leurs interventions ; un pays où le citoyen sent que le gouvernement prend soin de lui au moyen d’infrastructures qu’on est fier de montrer aux visiteurs.

15.  Un pays qui valorise la culture et le patriotisme

Nos divisions ethniques et régionales nous ont amenés à mépriser certains traits de notre riche culture ; et ceci a fortement contribué à la destruction de l’amour que nous devons à notre pays. Notre arrogance et notre haine nous ont aveuglés ; nous avons trahi nos ancêtres en méprisant ce qu’ils nous ont transmis de plus précieux : notre identité culturelle. Notre culture est la chose qui nous distingue des autres peuples ! Mais, nous avons permis à nos différences de nous faire perdre de vue son importance. Par conséquent, nous avons un problème sérieux d’identité superficielle qui essaye de coller des morceaux d’autres cultures ramassés ici et là. Porter les chaussures de quelqu’un d’autre fait toujours mal. L’intégration d’éléments étrangers n’est bonne que si elle se fonde sur une identité déjà ferme. Quand on ajoute au vide, on n’a pas grand-chose.

 

Nous recherchons un pays dont  les habitants sont fiers d’être Burundais. Nous voulons un pays où l’étranger sent qu’il est dans un pays différent ! Nous voulons un pays qui valorise notre culture dans sa diversité, tout en rejetant ce qui est obsolète. Nous voulons un pays doté d’un grand musée historique ; et un musée moderne, pour que nos enfants puissent connaître leur histoire et que nos visiteurs puissent avoir un goût de ce que fut le Burundi depuis le plus loin qu’on peut aller.

 

Nous voulons un pays qui donne une importance égale aux différences expression de notre culture : les danses, les objets d’art, les contes, la musique traditionnelle, les poèmes traditionnels, etc. Nous voulons un pays qui encourage la consommation intérieure des produits artistiques; et qui protège et encourage les artistes. Nous voulons un pays qui lie tradition et modernité, pour ne pas rester en arrière ; mais d’une façon qui ne détruit pas son identité.

 

Nous voulons un pays qui enseigne à ses enfants qui ils sont et d’où ils sont venus ; un pays qui n’a pas peur de parler des échecs du passé[2]. Nous voulons un pays dont la culture se fait sentir dans sa vie quotidienne, dans ses écoles, dans ses medias, etc. Nous voulons un pays qui enseigne l’amour de la patrie ; et qui initie tous ses fils et filles en général et les plus jeunes en particulier, à ce que signifie l’amour de la patrie veut dire.

16.  Un pays vert

Nous avons vu la recherche des gains financiers conduire à un déboisement rapide. Nous avons vu la pression démographique faire des assauts sur les réserves naturelles. Nous avons vu l’utilisation du charbon de bois réduire l’étendue de nos boisements. Nous avons vu l’érosion appauvrir notre sol et remplir nos rivières de boue, à cause de la disparition du couvert végétal. Nos rivières sont ainsi devenues boueuses, ce qui met en danger le monde animal aquatique ; un monde dont nous dépendons.

 

Nous voulons un pays où la population participe à la protection de l’environnement, non pas par peur; mais par une bonne prise de conscience. Nous voulons un pays qui éduque la population intensivement pour qu’elle prenne sa destinée en main et qu’elle cesse de détruire l’arbre qui la porte.  Nous voulons un pays qui protège ses rivières et ses lacs jalousement, qui ne tolère pas les intrusions dans les zones protégées qui les entourent ; un où qui ne tolère pas l’accumulation des déchets à l’air libre. Nous voulons un pays qui protège, d’une façon particulière, le lac Tanganyika, un don précieux et rare de la nature[3].

 

Nous voulons un pays qui réglemente l’utilisation de son territoire selon un plan bien établi qui tient compte de l’importance de l’environnement. Nous voulons un pays qui plante deux fois au moins le nombre d’arbres coupés en une année et qui fait un bon suivi de la suite car, il vaut mieux mourir dans une forêt que dans un désert. Nous voulons un pays où les zones reboisées sont respectées, avec le même respect sacré dont ils jouissaient du temps de nos ancêtres, mais pour des raisons différentes. Nous voulons un pays où aucune colline ou montagne n’est sans arbre ; et où la coupe du bois est limité et  directement suivie par le reboisement.

 

Nous voulons un pays où la modernité ne chasse pas la nature ; mais où les deux apprennent à vivre ensemble harmonieusement. Nous voulons un pays dont les villes sont vertes, avec des arbres le long des principales routes ; des jardins publics bien aménagés dans chaque quartier et dans chaque village, et des arbres dans les jardins privés. Nous voulons un pays qui fait pénétrer la nature dans les grands bâtiments, pour que le béton et l’acier ne nous envahissent pas un peu trop.

 

Nous voulons un pays dont la modernisation est subordonnée à la nécessité d’une bonne santé physique de son peuple ; un pays dont l’air reste pur, en dépit de sa modernisation. Par conséquent, nous voulons un pays qui, en plus de la préservation de la nature, priorise les technologies moins polluantes (ou qui ne polluent pas du tout) dans sa modernisation

 



[1] Loi N°1/ 010 DU 18 Mars 2005 portant promulgation de la constitution de la République du Burundi.

 

[2] Nous déplorons que nos jeunes n’apprennent pas l’histoire de notre pays, surtout celle qui concerne les tragédies que nous avons connues. En cachant la vérité, nous donnons la chance aux mensonges et aux demi-vérités de circuler librement! Ceci sert les intérêts politiques de quelques individus mais sacrifie totalement les jeunes générations. Nous devons cesser de sacrifier l’intérêt général ! Au nom de notre devoir civique, il y a urgence d’une réécriture de l’histoire enfin qu’elle soit enseignée aux enfants telle qu’elle est.

[3] C’est le plus grand lac au niveau mondial avec de l’eau douce, et le deuxième lac le plus profond au niveau mondial. Sa préservation constitue non seulement une marque de responsabilité pour la vie des générations futures ; mais c’est aussi une action qui nous permettra de générer des fonds importants.