Feu Gandhi disait qu’il aimait Jésus, mais qu’il était déçu par les Chrétiens. Même le principe de non-violence dont il s’est servi pour conduire son peuple à l’indépendance aurait été le fruit d’une combinaison de ses croyances hindoues et des enseignements de Jésus dans le sermon sur la montagne (Mathieu 5-8, surtout les versets 5 : 39-41). Il trouvait les enseignements de Jésus tellement bons mais s’étonnait de ne pas les voir vécus dans les vies des Chrétiens. Cela étant, l’inspiration qu’il a tirée des enseignements de Jésus a contribué à façonner sa philosophie de la résistance non violente à l’injustice, et cette philosophie a été la force qui a conduit l’Inde, avec ses centaines de millions d’habitants, à l’indépendance ; sans qu’un coup de feu n’ait été tiré contre les colonisateurs. Dans cet article, je voudrais démontrer comment une bonne spiritualité, incarnée par des hommes et des femmes qui pratiquent bien leur religion, peut sauver le Burundi. La bible étant le livre que je connais le mieux, je me baserai beaucoup plus sur elle.

 

 

 

La Bible enseigne deux principes que je trouve totalement compatibles avec la politique, et capables d’en faire un instrument d’une radicale transformation positive de la société. Premièrement, la Bible dit clairement que toute personne qui invoque Dieu doit s’écarter du mal (2 Tim. 2 : 19). Deuxièmement, elle enseigne de faire aux autres ce que nous aimerions qu’ils nous fassent (Mat. 7 : 12) ; ce qui implique que nous devons éviter de faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’ils nous fassent (s’écarter du mal). Si un pays a des leaders qui fondent leur leadership sur ces deux simples principes, il connaitra des jours de bonheur et de bien-être.

 

 

 

Le mal, c’est tout ce qui porte atteinte au bien-être des autres. Le bien et le mal se définissent, non seulement par rapport à nous, mais aussi par les effets qu’ils ont sur les autres. Une action qui me procure du bien est tout de même mauvaise si elle cause du tort aux autres. Mon bien-être ne suffit donc pas pour qualifier mes actions de bonnes, celui des autres doit aussi être tenu en considération. S’écarter du mal, c’est donc éviter tout ce qui me fait mal et / ou qui fait mal aux autres. En quelques sortes, cela revient à éviter de faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent. C’est dire que les deux principes font un, au bout du compte.

 

 

 

Le mal que nous connaissons dans la société est très souvent la conséquence des actions humaines délibérées. Les auteurs de telles actions considèrent ce qu’ils en tirent et ne pensent pas aux effets que ces actions ont sur les autres, ce qui est une violation flagrante des deux principes bibliques. Or, c’est exactement ce qui se passe dans notre pays depuis plus de cinquante ans, en dépit des confessions religieuses dont nos leaders se réclament. Des gens font souffrir les autres simplement parce qu’ils en tirent des bénéfices quelconques. Cette phrase résume notre histoire récente – une histoire de crimes superposés. Ce qui est surprenant, c’est qu’un bon nombre des auteurs de ces actes répréhensibles se réclament « disciples de Christ ». Ils font la politique comme si les paroles de Jésus s’exercent partout, sauf en politique.  

 

 

 

La politique est l’art d’organiser la cité pour le bonheur de ses habitants. Toutes les actions politiques devraient être orientées vers le bien-être du plus grand nombre. Malheureusement, la politique se joue chez nous comme un jeu visant la satisfaction du politicien et de son groupe, avant tout ; souvent au détriment de l’autre (politicien ou groupe – politique ou ethnique). C’est un jeu foncièrement égoïste et qui, par conséquent, doit faire du tort aux autres. Dans ce sens, la politique se joue au Burundi en violation flagrante des deux principes bibliques que nous analysons. Prenons trois exemples.

 

 

 

L’inféodation de la justice a généralement un double sens : (1) s’en servir pour affaiblir les concurrents politiques par des abus odieux et (2) échapper à la justice après avoir commis des crimes en contrôlant et en manipulant le système judiciaire. Dans un tel contexte, les faibles sont victimes d’une justice partiale qui peut condamner l’innocent et innocenter le coupable. Or, dans la conception biblique, la justice est un instrument de défense des droits des faibles dans la société (Deutéronome 24 : 17). La conception Chrétienne de la justice est diamétralement opposée à ce que notre pays vit depuis l’indépendance. En fait, indépendamment du fait que le gros des dirigeants ont souvent été des Chrétiens, les principes bibliques sont souvent absents dans notre justice.  

 

 

 

Si des leaders de l’exécutif appliquent les principes évoqués en haut dans la justice, le pouvoir exécutif ne cherchera pas à contrôler la justice, mais lui donnera les moyens de pouvoir juger librement et impartialement. Le ministre de la justice et la Président se mettront à la place des pauvres malmenés par une justice injuste et comprendront la nécessité d’une justice libre. Les juges seront préoccupés par l’obligation de faire justice aux justiciables comme s’ils étaient à leur place.

 

 

 

Prenons un autre exemple, celui de la corruption pour voir comment ces principes s’appliquent. Les personnes qui perçoivent les pots de vin sont animés par la soif des gains malhonnêtes. Ils ont leurs propres intérêts à cœur et ne se préoccupent pas des conséquences de la pratique de la corruption sur les autres. Un commerçant qui donne des pots de vin au lieu de payer l’impôt pour les marchandises importées vise ses bénéfices. Cependant, cette pratique cause du tort aux commerçants qui payent l’impôt et fait perdre à l’état une partie des recettes. Comme cela a des effets négatifs sur les autres, et que ça viole la loi, c’est mal.

 

 

 

En outre, la culture de la corruption développe un climat d’injustice car, ceux qui n’ont pas les moyens de corrompre seront privés de leur droit aux services que les autres achètent. La conscience des fonctionnaires se durcit et, au lieu de s’acquitter de leurs responsabilités, ils exigent des pots de vin à tout le monde. Par conséquent, ceux qui n’ont rien à donner se voient privés de leurs droits. Mais, ces mêmes fonctionnaires ne seraient pas contents s’ils subissaient le sort qu’ils infligent aux requérants de leurs services. La corruption viole donc les deux principes bibliques. Encore une fois, comme la pratique de la corruption viole la loi et qu’elle porte atteinte aux intérêts des autres, c’est une mauvaise pratique. La Bible la condamne dans des termes on ne peut plus clairs (Deutéronome 16 : 19).

 

 

 

Cependant, et c’est très surprenant, la corruption est devenue normale dans notre pays, à tel enseigne que, dans certains services, les pots de vin se réclament au vu et au su de tout le monde. Encore une fois, ceci revient à dire que même si la religion protestante semble s’être mêlée à la politique ces dernières années, la pratique de la corruption reste un point de discorde qui prouve qu’au-delà des croisades, des messes et d’autres activités religieuses, notre spiritualité reste défectueuse.

 

 

 

Le troisième et dernier exemple est le meurtre. Personne n’aime se faire tuer, personne ne voudrait voir sa femme devenue veuve et ses enfants devenus orphelins. Selon les deux principes bibliques, personne ne devrait donc tuer. Par implication, tout leader qui professe être disciple de Jésus Christ devrait respecter la vie des autres. Ici, même les prophéties qui prétendent affirmer que les opposants méritent de mourir se heurtent à la déclaration magistrale de Jésus : faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent car, cela résume la loi et les prophètes (Mathieu 7 : 12). En d’autres termes, ce commandement résume le message biblique, et toute prophétie doit soit se conformer aux prescrits bibliques ou être rejetée.

 

 

 

Depuis bien longtemps, les pouvoirs publics font du meurtre une simple affaire, soit en impliquant la justice pour décrocher des condamnations à mort ; ou alors en commanditant des assassinats purs et simples tout en s’efforçant d’effacer les traces. Et pourtant, ceux qui le font ne seraient pas content si la même chose leur était fait. Par conséquent, quel que soit ce qu’ils déclarent par leurs bouches, les deux principes bibliques que nous analysons sont absents dans leurs agissements. Les pouvoirs publics ont la responsabilité de châtier les fauteurs de troubles, mais cela se fait selon la loi. Et comme la peine de mort a été abolie au Burundi, aucun crime ne peut justifier la mort du criminel. En outre, l’institution de la justice existe exactement pour établir les responsabilités et infliger des sanctions prévues par la loi. Quand des gens qui ne devraient pas mourir meurent, c’est une abomination ; et cela cause la malédiction.

 

 

 

J’ai pris trois exemples, mais les principes bibliques dont l’application peut conduire un pays à une prospérité assurée sont légion. Je pourrais citer le principe biblique d’honnêteté dans la gestion des biens d’autrui selon l’esprit d’intendance (Mathieu 25 : 14-27) ; ainsi que le principe de la fructification des ressources qui sont mises à notre disposition (Genèse 2 : 15), pour étayer davantage mes propos. Le premier constitue une solution au problème de mauvaise gouvernance, surtout financière ; le deuxième est un antidote au problème de pauvreté et de dépendance économique. Seulement, il doit s’associer au principe du travail dur pour réussir. La pauvreté du Burundi est une pauvreté artificielle, façonnée par les mains de personnes insensibles aux souffrances des autres, égoïstes et méchantes. Le Burundi est un pays riche, ce sont les principes universels de création et de bonne gestion des richesses qui nous manquent, et ce de la base au sommet.

 

 

 

 

 

Je pourrais aussi citer le principe de la générosité institutionnalisée (Lévitique 23 : 22, Deutéronome 24 : 21) pour démontrer comment il peut nous aider à pallier au problème de partage inéquitable des ressources et de précarité économique extrême de certains de nos concitoyens. Le Burundi a assez de ressources pour nous faire vivre dignement tous. Malheureusement, les principes de gestion généreuse des richesses du pays nous font cruellement défaut, dans nos manières et dans nos politiques. Et pourtant, nous avons les principes dont nous avons besoin depuis plus de 100 ans, dans une compilation de livres que nous appelons « La Bible ».

 

 

 

Je pourrais citer le principe du pardon et de la gestion pacifique des conflits (Romains 12 : 14-21) pour démontrer comment il constitue une solution à nos conflits insolvables et à notre esprit de vengeance. Nous nous sommes entretués à plusieurs reprises, les crimes impunis ont produit la vengeance, nous nous sommes enfermés dans un cycle de violence, alors que nous aurions pu en finir avec les conflits sanglants. Nous n’avons pas eu des leaders dont le style de leadership se fonde sur des principes sains.

 

 

 

La bible est pleine de principes porteurs de tant de possibilités pour les peuples dont les dirigeants s’en sont empeigné. Le fait que nous vivons des vies de misère, de violence, de mensonge, d’hypocrisie, d’égoïsme et d’exclusion prouve à suffisance que, indépendamment de notre folklore religieux, notre spiritualité laisse à désirer. Cependant, ceci ne veut aucunement dire que personne ne vit sa foi correctement, dans notre pays. C’est simplement un constat amer et évident : notre politique reste dominée par des pratiques autres que ce qu’une bonne spiritualité produit.

 

 

 

En combinant tout ce qui a été dit en haut, nous concluons qu’avec des leaders qui ont une bonne spiritualité fondée sur la Bible, les aspirations profondes du peuple Burundais peuvent devenir une réalité. Je sais que les bons principes ne viennent pas seulement de la Bible, et ne veut donc prétendre que seuls les Chrétiens peuvent bien organiser une société. Ce qui compte, c’est d’avoir des leaders de principes – des principes sains, évidemment. C’est à ce prix que la justice sera ce qu’elle doit être, que la corruption sera véritablement combattue, que la vie de tout citoyen sera protégée, que l’économie pourra connaître un vrai essor et que le partage des richesses du pays sera équitable. Ces principes peuvent être développés comme des principes spirituels, mais aussi comme des valeurs morales tout court. Seulement, celui qui les pratique comme résultant de sa vie de révérence à Dieu a une fondation plus solide que celui qui ne se réfère au cerveau humain pour déterminer le bien et le mal.

 

 

 

En conclusion, le peuple Burundais ne connaîtra pas de meilleurs jours grâce à la religion, mais grâce à la profondeur de la spiritualité de ses dirigeants. La religion est supposée éduquer l’homme pour le rendre plus humain, en l’aidant à développer une bonne spiritualité. Si cela ne marche pas, la religion n’a rien d’autre à offrir. Pire encore, en l’absence d’une profonde spiritualité, la religion devient un opium qu’on administre au peuple pour l’endormir et le malmener à son insu et sous son admiration et ses acclamations. Voilà pourquoi je me méfie d’un mélange de la politique et de la religion; Voilà pourquoi je prône une profonde spiritualité dans les vies des leaders politiques.