Au-delà de la religion

 

Le soleil de la justice (la droiture) se lèvera, et la guérison sera sous ses ailes. Malachie 4 : 2

 

Récemment, je regardais une petite vidéo réalisée par la TF1, la plus ancienne chaîne de télévision généraliste nationale française[1] dans laquelle la journaliste conseillait la classe politique Française de s’inspirer de leurs homologues Norvégiens. Dans la vidéo, il était question de la culture d’austérité dont font preuve les dirigeants de la Norvège. Ils vivent simplement, sans cortège ni autres marques d’honneur et se considèrent comme des serviteurs du peuple, et non comme leurs boss. La journaliste qui faisait l’interview a pris le soin de noter que c’est la tradition protestante qui est derrière cette culture politique ! Voilà ce que je veux dire quand j’affirme qu’une bonne spiritualité produit des valeurs qui ont le potentiel de conduire une nation vers un ère de gloire. Tout dirigeant qui a bien intégré le principe du leadership serviteur tel qu’enseigné par Jésus (Matthieu 20 : 25-28), devrait être caractérisé par ce genre d’attitude !

 

Il y a une différence entre la religion et la spiritualité. La religion est un système de croyances, la spiritualité est le fruit de la pratique de ces croyances. La spiritualité produit un style de vie qui résulte des croyances religieuses. Elle affecte la vie du croyant dans tous ses aspects en produisant une vie de droiture (ou de justice). Être un adepte d’une religion donnée sans en pratiquer les croyances enfin de développer un style de vie conséquent, c’est de la religiosité. S’arrêter aux rites et pratiques externes d’une religion ne produit pas la spiritualité, ça produit la religiosité.

 

Pour voir comment les préceptes bibliques peuvent positivement révolutionner une société, nous allons analyser quelques passages bibliques, pour en déceler les implications morales, sociales et économiques. Une profonde analyse révèle que le décalogue (les dix commandements) est plus qu’un simple texte religieux. C’est surtout un pacte de moralisation de la société qui pose les bases d’une société saine. Prenons les dix commandements (Exode 20 : 11-17) et voyons, brièvement, comment leur intégration dans la vie d’un peuple affecte positivement ce peuple.

 

1.       Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi – tu adoreras Jéhovah seulement. C’est ici le point de départ : la reconnaissance d’une autorité supérieure et la soumission à la volonté de cette dernière. Quand l’homme reconnaît l’autorité de Dieu sur sa vie, il se place sous les obligations morales de Dieu. S’engager à la soumission et à l’obéissance, c’est s’engager à pratiquer la droiture – et on sait déjà qu’elle élève une nation (Proverbes 14 : 34). Mais, soulignons un double danger : le risque de mal interpréter les Écritures et le risque de radicalisme aveugle qui fait de la religion une obligation légale et un instrument d’oppression. Ces deux problèmes sont le fruit de la corruption de la religion par le mal humain.

 

 

 

2.       Tu ne te feras pas d’idoles ou des représentations des choses qui sont au ciel, sur la terre ou dans les eaux. Ce commandement est le prolongement du premier. Quand on remplace Dieu par quelque chose d’autre, que ce soit une idole réelle, l’argent, le plaisir, le pouvoir, etc., on s’expose à la tyrannie de la chair. Il est intéressant de remarquer que chaque fois que l’idolâtrie a dominé la scène privée et publique en Israël, une déchéance morale s’en suivait ; et celle-ci occasionnait un déclin politique de la nation. Sans une soumission à l’autorité spirituelle et morale suprême, l’homme devient son propre Dieu, et c’est le début des ennuis.

 

 

 

3.       Tu n’utiliseras pas le nom de Dieu avec légèreté. Il est impossible à l’homme de comprendre la grandeur de Dieu d’une façon exhaustive. Dieu n’a ni début ni fin, Il n’a rien à apprendre et n’a pas besoin d’insister dans ce qu’Il fait. Il a la destinée de nos vies entre ses mains, Il a choisi de faire de nous ses partenaires – même si nous gâchons ses plans souvent. Il mérite notre respect volontaire et absolu. Vivre sans une autorité suprême à laquelle on soumet sa vie, c’est laisser libre cours à toutes sortes de comportements capricieux. Celui qui vit ainsi devient son propre Dieu et, s’il a assez de pouvoir dans la société, peut se diviniser littéralement et exiger qu’on l’adore.

 

 

 

4.       Tu te reposeras le jour du sabbat. Le principe du repos hebdomadaire pour adorer Dieu est, non seulement une nécessité spirituelle, mais aussi un besoin physique et mental. Le corps humain a des limites, il a besoin de repos pour ré-emmagasiner les énergies avant de se lancer en activités encore une fois. Le travail excessif crée le stress, et celui-ci conduit à toutes sortes de pathologies mortelles. Le principe du repos hebdomadaire aide à éviter d’avoir une société pleine de personnes souffrantes à cause du surmenage et du stress.  Aujourd’hui, la dangerosité d’une vie remplie de stress est devenue suffisamment évidente que la profondeur de ce commandement n’est pas difficile à démontrer.

 

 

 

5.       Honore ton père et ta mère. La seule garantie que la génération suivante pourra préserver les acquis culturels et moraux des générations précédentes, c’est une bonne transmission de ces acquis, des parents aux enfants. L’insoumission des enfants brise cette chaîne et peut dangereusement compromettre l’avenir de la société. Une société sans moralité est une société en dégénérescence. Et comme les parents représentent l’autorité dans la vie des enfants, une génération qui ne respecte pas ses parents est une génération qui ne respectera aucune autorité. Avec une telle génération, le désordre est garanti. Imaginez un pays ou l’enseignant, le policier, le directeur, l’administrateur, le gouverneur, bref, toute personne qui a l’autorité, ne bénéficie d’aucun respect !

 

 

 

6.       Tu ne tueras point. L’homme est le chef-d’œuvre de la création. Porter atteinte à sa vie, c’est l’acte le plus inhumain qu’un homme puisse commettre, c’est un affront direct au Créateur. Le meurtre met fin à une vie unique et irremplaçable, déchire les cœurs des survivants, brise les liens et entretient un climat de méfiance et de vengeance dans la société. Verser du sang innocent, c’est appeler la malédiction – sur le meurtrier d’abord (Deutéronome 27 : 25) et sur la société ensuite (Genèse 4 : 10-112). Respecter le principe de la sacralité de la vie, c’est le moyen le plus sûr de bâtir une société paisible. Il n’est pas étonnant que le respect de l’intégrité de la vie occupe une place de choix dans pratiquement tous les textes relatifs aux droits humains !

 

 

 

7.       Tu ne commettras point d’adultère. L’inconduite sexuelle peut satisfaire les passions charnelles mais elle constitue une démonstration de l’incapacité de maîtrise des passions humaines. Or, comme le dit la Bible, celui qui se maîtrise est plus héros que celui qui conquit des villes (Proverbes 16 : 32). La maîtrise de soi constitue une des principales forces de caractère et une des causes de la stabilité des sociétés. En outre, la promiscuité sexuelle brise les foyers, cause le divorce, entraîne la prolifération d’enfants sans accompagnement parental complet, etc. Tous ces éléments sont de gros facteurs de déstabilisation de la société.

 

 

 

8.       Tu ne voleras point. Le respect des biens d’autrui est un principe qui a la force de créer une société de paix et de prospérité. Quand les producteurs sont victimes d’attaques mortelles par des avides qui veulent s’enrichir en dépouillant les autres, vous pouvez vous attendre à la fuite des capitaux. Les investisseurs aiment investir là où leurs biens seront protégés et respectés. Sans cette double garantie, ils ne peuvent pas prendre le risque d’investir.  Mais quand les biens d’autrui sont respectés, vous pouvez vous attendre à plus de production, ce qui fortifie et stabilise l’économie. Une société dominée par des voleurs ne connaitra pas la paix. La paix passe par le respect de l’autre et de ses biens.

 

 

 

9.       Tu ne proféreras pas de faux témoignages contre les autres. L’honnêteté constitue, non seulement la pierre angulaire d’un bon caractère, mais d’une société paisible aussi. Si les gens peuvent facilement sa ranger derrière un mensonge tout en étant conscients de la vérité, c’est bien dangereux pour une société. Nous n’ignorons pas que, chez nous, les fausses accusations et les montages ont emporté des vies humaines et ruiné les familles. Un faux témoignage contre une personne innocente constitue un autre affront grave à la sacralité de la vie. Une société qui n’éradique ce mal sera éradiquée par lui.

 

 

 

10.   Tu ne convoiteras pas ce qui appartient à d’autrui. Après la cupidité, la jalousie constitue l’une des principales causes d’actes méchants envers des personnes innocentes. A cause de leur réussite, beaucoup de gens ont souffert, simplement parce que quelqu’un était jaloux de leur réussite. La jalousie est un mal qui nuit à ceux qui réussissent ; alors que la société a besoin de leurs apports et de leurs expériences pour s’améliorer. La jalousie prive la société de la contribution des meilleurs de ses membres.

 

 

 

La jalousie prend racine dans l’incapacité de supporter de ne pas avoir ce que l’autre a. Elle prend naissance dans un esprit de convoitise qui, au lieu de conduire à plus d’effort pour avoir ce que l’autre a, encourage plutôt celui qui l’a à faire chuter l’autre. Et si nous devons faire chuter ceux qui ont plus réussi que nous, vous comprenez que nous allons faire une société de malheureux criminels. La souffrance de ceux qui ont plus réussi que nous ne rendra jamais notre vie meilleure.

 

Je sais que les explications données pour montrer les implications sociales et économiques du Décalogue sont plutôt courtes et pas assez explicites. J’espère, cependant, que le lecteur comprend la liaison entre la spiritualité et la réussite d’une nation. La spiritualité nous donne les valeurs qui sous-tendent nos attitudes, nos actions et la qualité de nos relations. Or, c’est exactement ces choses qui déterminent ce qu’une nation devient.

 

Pour avoir utilisé un passage de la Bible, je dois revenir sur la question de la religion. Et pour présenter mon point de vue, je vais revenir sur l’image d’une mangue. Le fait de ne pas connaître le manguier qui a produit une mangue ne change rien sur sa saveur. Cependant, la mangue ne peut pas exister s’il n’y a pas de manguier. Théoriquement, les valeurs qui peuvent conduire un pays au développement intégral ne doivent pas provenir d’une religion donnée, aussi longtemps qu’elles sont authentiques. Cependant, elles ne peuvent pas provenir de nulle part non plus, elles doivent avoir une source. Or, les sources ne s’équivalent pas.

 

En tant que Chrétien, je connais une bonne source, un bon manguier capable de nous produire de bonnes mangues : la spiritualité inspirée des principes bibliques. La spiritualité n’est rien d’autre que l’intégration pratique des enseignements religieux dans la vie de tous les jours. Mais en tant que théologien, je sais aussi que la révélation divine contenue dans les saintes Écritures est plus qu’un instrument sociologique ; c’est une piste de réconciliation entre l’homme et Dieu. Même si nous parvenons à bâtir un pays paisible, stable et prospère, si nous ne sommes pas en bons termes avec Dieu, nous avons une éternité d’ennuis terribles devant nous. Mon intention n’est donc pas de réduire la Bible à un outil politique ou sociologique ; il est bien plus que ça. Mais s’il y a quelqu’un qui refuse de croire, qu’il accepte au moins de vivre en harmonie avec les autres.

 

Je ne saurais conclure cette analyse sans interpeler la conscience de mes confrères et consœurs Burundais. Où est notre spiritualité ? Pourquoi les ténèbres du mensonge, de la criminalité et de la cupidité sont-elles si épaisses dans notre pays alors qu’un bon nombre de nos concitoyens disent avoir intégré la foi qui produit la transformation personnelle et sociétale ? Pourquoi nos croisades, réunions de prière et cultes dominicaux ont-ils du mal à déclencher une révolution morale personnelle qui servirait de ferment pour la transformation sociétale ? Où est la lumière ? Où est le sel ?

 



[1] https://www.google.ch/search?ei=2nDkWrWPEMTuUPC1urAM&q=TF1+wikipedia