SANS VISION NI PROPHETIE

 

Néhémie 1-2

 

Quelqu’un a dit que quand un sujet donné te préoccupe plus qu’il ne préoccupe les autres, cela est une indication que Dieu est en train de t’inviter à faire quelque chose. Les nouvelles que Néhémie a eues étaient devenues la situation quotidienne des habitants de Jérusalem. Ils étaient habitués à vivre dans une ville sans muraille ni portail. Ils s’étaient habitués à la honte! Mais quand les nouvelles de cette situation devenue habituelle pour les habitants de Jérusalem sont parvenues aux oreilles de Néhémie, elles ont produit une réaction d’engagement et d’action salutaire.

 

L’attitude de Néhémie est instructive à plus d’un égard ! Il ne s’est pas contenté de déplorer la situation de vulnérabilité et de honte que les Juifs de Jérusalem vivaient. Après avoir entendu ce qui se passait, son cœur en a été profondément affecté. Ceci l’a poussé à jeuner et à prier. Ensuite, il a quitté le confort d’un travail d’intendance au roi et s’est levé pour bâtir la muraille et les portails de la ville. Tout le livre de Néhémie retrace cette histoire d’un engagement patriotique hors pair. Pourquoi ces informations ont-elles eu un effet si profond sur Néhémie ? Le secret se trouve, non dans le genre d’informations qu’il a reçues, mais dans la qualité de son cœur. Néhémie était un véritable patriote, le sort de son peuple touchait son cœur directement. Il ne pouvait pas se contenter d’un poste juteux pendant que le peuple vivait dans l’humiliation. Pour lui, il valait mieux vivre dans la pauvreté mais impliqué dans une œuvre de développement de son peuple plutôt que de vivre dans le confort alors que le peuple vit dans la honte.

 

Que faisons-nous des informations qui nous parviennent chaque jour à propos de la misère, de la criminalité, de la corruption, de l’ivrognerie, de la prostitution et d’autres choses qui font le déshonneur et l’humiliation du peuple Burundais ?  La manière dont nous réagissons aux informations qui nous parviennent et qui font état de la honte dans laquelle vit notre peuple révèlent notre état. Généralement, nous sommes émus pendant que nous écoutons les informations ; et ça passe ! Dans d’autres cas, nos penchants nous font passer sous silence certaines informations alarmantes. La vie continue comme si rien ne s’était passé. Les chrétiens ont trouvé un « très bon » moyen de ne rien faire : ils n’appartiennent pas à cette terre ; et certains pensent que cela les exonère du devoir de servir le pays pour le bien-être de la population. Et pourtant, Moïse a passé 40 ans à libérer une bande d’esclaves et à en faire une nation. Le Prophètes Samuel a passé sa vie à exercer un ministère de prophète et de juge ; avec des implications politiques ! Et pourtant, Daniel était un grand prophète et un grand homme d’Etat ! L’ironie du sort est que, pendant que certains Chrétiens ne voient pas leur rôle dans l’édification d’un pays d’honneur et de dignité, ils prient pour un tel pays ! Ils devraient savoir qu’il ne faut jamais prier pour quelque chose si on n’est pas prêt à être l’instrument que Dieu peut utiliser pour la réaliser.

 

Il est facile de critiquer les gens qui sont directement responsables de nos malheurs et d’oublier que nous en sommes tous indirectement responsables. L’indifférence de Néhémie aurait prolongé la vie de honte et d’humiliation des Juifs de Jérusalem. D’une manière indirecte, son manque d’action allait permettre le prolongement des malheurs pour ces Juifs-là. Au lieu de centrer ses attaques verbales sur ceux qui avaient brûlé les portails et renversé le mur, il a réalisé que cela n’était pas le problème. Le problème était que personne n’était en train de les rebâtir. Nous pouvons blâmer quelqu’un pour la création d’un problème, mais nous n’avons qu’à nous blâmer pour sa continuation. Si c’est par l’action des gens mal intentionnés que les problèmes voient le jour, c’est par l’inaction des bonnes gens qu’ils persistent.

 

Les problèmes n’ont pas peur de nos critiques ; et nos jugements ne procurent aucune solution. Seuls ceux qui décident d’agir peuvent faire bouger les problèmes. Tu es né et grandi dans un Burundi divisé, violent, corrompu et pauvre. Ton rôle n’est pas de déplorer cette situation et d’accuser ses auteurs, mais de vivre de telle sorte qu’à ta mort, tu laisseras un meilleur pays derrière toi. Et pour le faire, tu n’a pas besoin d’un appel spectaculaire. Si tu prenais l’énergie que tu déploie dans la critique et que tu l’investissais dans une action simple mais qui a le potentiel de changer la situation, les problèmes actuels perdraient leur force progressivement. Au bout de dix ans, tu aurais moins de problèmes à plaindre et moins de personnes à critiquer. Personne ne s’attend à ce que tu résolves tous les problèmes en un jour, mais comme on le dit dans le monde de la compétition sportive, l’important n’est de gagner la course, l’important est de participer.

 

Aujourd’hui, le mur de protection du peuple contre la misère est en ruine. Le degré de corruption a atteint des sommets records ; et cela nous fait marcher la tête basse : nous aussi vivons dans la honte. L’injustice fait de nos cours de justice et de nos prisons des sièges même de l’injustice – surtout quand les procès ont une connotation politique ou qu’une partie en conflit est économiquement ou politiquement puissante. L’échec du désarmement est une source d’insécurité pour un bon nombre de nos citoyens ; et nos medias nous gardent constamment informés d’un tas de problèmes sur notre territoire. Et pourtant, le Burundi a des fils et des filles qui sont capables de redresser la situation. Si Israel avait un Néhémie ce temps-là, le Burundi doit en avoir des centaines (voir des milliers) aujourd’hui. C’est ce qu’ils vont décider de faire qui va faire la différence ; et qui déterminera ce que notre pays deviendra.  

 

L’appel de Néhémie n’a été précédé ni par une vision ni par un message prophétique. Il a juste appris que son peuple vivait dans l’humiliation et cela a provoqué en lui un élan patriotique qui a conduit à des actions concrètes. Ton appel réside dans le domaine qui touche ton cœur le plus. Si, en croisant un mendiant, tu vois tout un système d’injustices sociales et économiques auquel il faut mettre un terme, c’est que ton appel réside probablement dans la lutte contre ces injustices d’une manière ou d’une autre. Si tu attends un appel spectaculaire, tu risque de passer ta vie à attendre ; et le peuple risque de passer sa vie à t’attendre.