POURQUOI UNE VISION NATIONALE ?

La vision est essentielle pour le leadership. Par définition, un leader est une personne qui influence un groupe de personnes enfin qu’elles puissent atteindre un objectif commun. Le terme « objectif » est ce qu’on appelle « la vision » techniquement. Etre leader sous-entend l’idée de mouvement, de progrès vers un objectif. Naturellement, le leader aide ceux qu’il dirige à aller quelque part, atteindre un objectif donné. Un leader sans vision n’en est pas un, c’est un aventurier. En principe, l’une des marques d’un grand leader, c’est la vision. Un bon leader doit incarner une vision claire de ce qu’il veut pour ceux qu’il dirige. C’est le critère clé dans l’identification des grands leaders.

 

Sur le plan organisationnel, la vision est le moteur des organisations. La gestion quotidienne d’une organisation dépend directement des objectifs de cette organisation ; et ceux-ci sont définis par rapport à la vision de l’organisation. Les heures de travail, le genre de personnes qu’on recrute, le système de recrutement, le type de structure dont une organisation se dote, les relations entre les dirigeants et le personnel, l’ordre des priorités, etc. dépendent de la vision. En d’autres termes, toute organisation digne de ce nom  doit pouvoir  expliquer ce qu’elle fait, pourquoi elle le fait et pourquoi elle le fait d’une manière donnée ; par référence à la vision. C’est la vision qui explique tout. Des organisations sans objectifs, ce sont des étangs aux eaux stagnantes où les gens viennent pour poser des actes mécaniques sans en comprendre l’importance. Si la vision est essentielle pour les organisations, elle l’est davantage pour les nations.

 

La stabilité des Etats Unis d’Amérique réside, partiellement au moins, dans la force du « rêve Américain », cette vision idéale qui est née des efforts de réflexion et d’imagination des fondateurs des Etats Unis d’Amérique ; des efforts qui visaient  la vision d’une nouvelle nation où chacun pourrait rêver et réaliser son rêve sans être freiné par un gouvernement omnipotent. Pour réaliser un tel rêve, il fallait créer un contexte légal et institutionnel qui encourage la créativité, l’innovation et le progrès personnel. Les nombreux « self-made » millionnaires ont pu se hisser au sommet de la prospérité économique en mettant à profits les conditions de liberté d’entreprendre que le cadre légal et institutionnel des états Unis entretiennent ; dans le cadre du « rêve Américain ». Dans d’autres lieux, les investisseurs sont freinés par des régimes qui s’immiscent dans le fonctionnement du système économique ou par des lois et des institutions volontairement nocives à l’initiative économique libre. C’est donc la vision ou l’idéal Américain a inspiré les lois et les institutions de ce pays. N’eut-été cet idéal, la guerre civile provoquée par les désaccords sur l’esclavagisme aurait pu faire disparaitre les Etats Unis d’Amérique tels que nous les connaissons aujourd’hui. Il fallait une cause plus importante que le problème pour consentir les sacrifices que la préservation de la survie de la nation exigeait. Sans une puissante vision, une nation ne peut pas éviter la noyade causée par les contradictions internes et les menaces externes.

 

Le Burundi est, comme la plupart des états Africains, le fruit de l’histoire coloniale et précoloniale. Après l’époque monarchique qui fut marquée par une idéal d’Uburundi Buhie, butemba amata n’ubuki, nous sommes entrés dans une ère de confusion. Depuis l’accession à l’indépendance, le sectarisme domine notre politique. Au-delà des bons concepts qui font entendre un objectif national en théorie, la pratique est vécue dans des luttes pour le pouvoir entre des groupes farouchement opposés. Par conséquent, nous avons fait des décennies à produire et acclamer des chefs de clans et des chefs de guerre dont l’action visait la satisfaction d’une portion de la population. Même l’époque louable de la deuxième république (sur le plan économique surtout) a coïncidé avec l’imposition du silence à une bonne partie de la population et la continuation de la discrimination dans la gestion du pouvoir. Malheureusement, la charte de l’unité qui aurait pu redresser les choses a été beaucoup plus un monument de l’histoire qu’un jalon de la vie du peuple. Elle est venue après plus de 20 ans de discrimination systématique – les dommages étaient trop profonds. Et, curieusement, ce sont les problèmes gardés sous silence pendant toutes ces années sont revenus pour provoquer le coup de tonnerre qui a assombri le ciel que le referendum de 1992 avait créé au-dessus de nos belles collines.

 

Et quand nous avons choisi de tourner le dos à la discrimination, le virus du sectarisme avait déjà appris à naviguer. Quand l’océan de l’ethnicité devient difficilement navigable, le problème a basculé vers le lac du sectarisme politique. Il fallait trouver une autre raison pour discriminer, haïr, infliger la souffrance. Ici se trouve un problème plus profond que nos accords. Nous avons une perception dichotomique de la vie : toi ou moi, nous ou vous. Dans notre subconscient, le « moi » et le « nous » sont bons alors que le « toi » et le « vous » sont mauvais. Ce qui distingue les deux blocs peut changer, mais le problème est le même. Nous devons nous battre pour que vous restiez la ou vous êtes. Le pays est perçu comme un gâteau qu’un groupe doit consommer a l’exclusion des autres ; et non comme un bijou précieux à protéger. Par conséquent, les intérêts individuels et de groupe sont défendus, au prix de l’intérêt général souvent. Avec ça, il devient problématique d’avoir une vision nationale. Nous préférons nous battre férocement et tuer la poule pour que « A » puisse manger l’œuf seul exclusivement alors que son frère « B » meurt de faim. Et pourtant, la poule appartient à la famille – et les œufs qu’elle pond, évidemment.  

 

Parlons maintenant de ce qu’est une vision nationale avant de dire pourquoi nous en avons besoin aujourd’hui. Une vision nationale est une image qu’un peuple se donne et qui concerne ce que ce peuple veut devenir. Elle doit inclure tous les aspects de la vie de ce peuple et concerner tout le peuple dans son ensemble. Elle doit être comprise, aimée et soutenue par la majorité de la population pour être véritablement nationale ; ce qui implique un processus de création, de partage entre individus et de débat public. Une vision imposée n’aura pas le soutien volontaire du peuple, elle provoquera des oppositions et des polémiques. Une vision nationale doit être librement acceptée par le peuple. En effet, même si la vision sort des réalités que le peuple vit au quotidien, elle est toujours le fruit du travail de quelques leaders qui ont la capacité de concevoir ce qui n’est pas encore et de le formuler en des termes que les citoyens peuvent comprendre. Il n’est pas bon d’écrire une vision qui prétend être nationale dans une langue ou un langage technique, fermé au commun des mortels. Même si, pour des raisons professionnelles, cela est nécessaire, elle doit être ensuite traduite dans la langue et dans un langage que les citoyens comprennent, enfin qu’ils puissent la critiquer et s’en approprier s’ils l’apprécient. Ensuite, les auteurs de la vision doivent la partager avec les autres pour qu’elle commence à cesser d’être leur vision et à devenir, progressivement, notre vision. Les foules ne peuvent pas formuler une vision ; mais si elle est bonne, elle doit refléter les véritables soucis des foules. Ceci veut dire que les leaders visionnaires doivent avoir un cœur compatissant pour pouvoir s’identifier au peuple enfin de façonner une vision qui représente les vraies aspirations de ce peuple. Ils doivent aussi assez proches du peuple pour le comprendre dans ses luttes journalières et communiquer avec lui.

 

La politique Burundaise rend difficile ce processus de développement d’une vision. Elle infantilise la population et compromet sa maturation en faisant la promotion de la corruption électorale et du fractionnement du peuple. Quand on ne cherche pas les votes par l’argent et d’autres dons et libéralités, on le cherche par la manipulation de la corde ethnique. La première pratique, aussi appelée « achat des consciences », constitue une exploitation abjecte des conditions misérables du peuple. Elle légitime la corruption et rend fait de la vision pour le leader politique, quelque chose qui n’est pas indispensable. Le votant soutient celui qui lui donne plus d’argent et non celui qui a la meilleure vision ; même quand le premier est un bandit qui devrait être en prison. Par conséquent, cette pratique encourage la transformation de la politique en une pratique mafieuse où tout est question des dividendes à tirer de l’activisme politique, pour le candidat et l’électeur. Une fois devenue habitude, la pratique transforme le peuple en une masse de pauvres qui n’attendent des dirigeants que les miettes que ceux-ci distribuent stratégiquement à l’approche des élections. En même temps, elle contribue à l’immoralisation du leadership politique, et à la légalisation de la corruption dans la conduite des affaires publiques.

 

La deuxième pratique exploite l’esprit de solidarité « ethnique », une solidarité qui a été renforcée le long des années par les injustices subies par les différents groupes. C’est une pratique qui consiste à susciter les vieux démons pour avoir un soutien politique qui n’est peut-être pas possible par des voies logiques de propagande. Elle fait faussement croire à ses victimes que les politiciens de leurs groupes sont les gardiens des intérêts de ces groupes, ce qui est archifaux. Historiquement, quand la question de l’ethnicité est évoquée, les politiciens prétendent être les défenseurs des groupes dont ils sont issus alors qu’en vérité, ils le font pour protéger leurs propres intérêts. Un politicien digne du soutien des masses devrait être celui qui incarne les aspirations de toutes les catégories qui font le peuple du peuple, et non celui qui représente un groupe ethnique seulement. Le mieux que celui qui affirme représenter les intérêts d’un groupe peut faire est de diviser le peuple. Ses actions sont toujours perçues avec suspicion par ceux qu’il ne représente pas.  Cette pratique tue la possibilité d’une vision nationale en encourageant la méfiance entre les groupes et la limitation de l’étendu du leadership politique au groupe que le leader représente.  

 

La combinaison des deux pratiques constitue un obstacle immense aux politiciens de bonne foi, en créant trois problèmes qui se renforcent mutuellement. Premièrement, les deux pratiques crédibilisent des politiciens sans vision. Ce sont les corrompus et les extrémistes qui sont les plus écoutés et appréciés. Ce sont eux qui peuvent facilement se rallier des masses favorables. Celui qui a une vision mais qui n’a pas d’argent à distribuer (ou qui respecte l’interdiction d’acheter les consciences), de même que celui qui a une vision qui va au-delà du groupe dont il est issu, risquent de ne pas avoir le soutien dont ils ont besoin pour faire de leur vision une vision nationale. Deuxièmement, les deux pratiques transforment la politique en un jeu sale. Au lieu de tester les vrais politiciens par leur capacité à rassembler le peuple derrière une vision noble partagée, la population s’habitude à la politique comme une source de gains faciles et un cadre d’expression de l’extrémisme ethnique. Elle développe une perception tronquée de  la politique, ce qui le rend plus fragile face aux manipulations dont il est victime par ces politiciens qui sont responsables de cette politique tordue.

 

Enfin,  les deux pratiques renforcent la mauvaise gouvernance financière et les divisions au sein du peuple. La corruption électorale encourage la corruption au gouvernement si elle conduit à la victoire électorale. Celui qui a gagné les élections parce qu’il a distribué de l’argent volera plus pour distribuer plus et avoir une plus forte victoire la prochaine fois. Garder le pouvoir devient la priorité absolue sur pratiquement tout. Au lieu de servir le peuple, on passe son temps à le dépouiller pour le corrompre après. Quand à la manipulation ethnique, elle encourage la fragmentation du peuple en créant ou en renforçant les ghettos ethniques au lieu de renforcer l’identité nationale. Le politicien qui gagne les élections par cette pratique finira par considérer l’unité du peuple comme un problème puisqu’elle détruirait l’argument qui l’a porté au pouvoir. Il est obligé d’entretenir les divisions pour ne pas perdre ce que l’extrémisme ethnique lui a donné. Et dans les deux cas, une vision nationale n’est pas seulement secondaire, elle est même dangereuse. L’unite d’un peuple derrière une vision partagée détruit les murs et les ghettos ethniques et renforce le sens d’une citoyenneté partagée  et la fierté nationale. Vus sous cet angle, les leaders politiques qui font des divisions ethniques une arme politique sont une menace à l’unité nationale- et donc à la vision nationale. Mais, même si les choses sont plutôt difficiles, il est important de ne pas se décourager. Nous sommes en train d’avancer et, l’horloge de l’histoire n’est pas au repos.

 

Parlons  maintenant de l’importance d’une vision nationale. Quatre éléments justifient la pertinence d’une vision pour les nations. Premièrement, ce sont les visions que proposent les politiciens au peuple qui nous montrent le genre de leaders politiques que nous avons, leur étroitesse ou largesse d’esprit, leur pouvoir ou leur faiblesse d’imagination, la profondeur ou la superficialité de leurs propos, etc. En effet, ceux qui n’ont pas de vision ne sont simplement pas de leaders. Ceux qui ont des visions médiocres sont des leaders médiocres ; et qui ont une bonne vision sont peut-être de bons leaders. Il est donc important que chaque prétendant au pouvoir puisse expliquer où il veut conduire le pays, enfin qu’on puisse l’évaluer. Il doit faire preuve d’une perspicacité mentale, d’une bonne maîtrise des enjeux et d’une sagesse qui nous rassurent. Avant que la vision ne puisse bénéficier du soutien du peuple, elle doit d’abord être mise sur la scène publique pour être analysée et critiquée par les citoyens car, après tout, c’est leurs vies qu’ils engagent quand ils font des choix électoraux. Quand les leaders politiques soumettent leurs visions au peuple, ils se soumettent à la critique de celui-ci. Ce simple exercice peut déjà éliminer bon nombreux de prétendants au pouvoir !

 

Deuxièmement, la vision nous permet d’évaluer les prétendants au pouvoir sur un autre niveau : le niveau d’incarnation de la vision, la personnalité et la caractère. En effet, une fois que nous avons confié notre destinée à un leader, ce n’est pas le texte qu’il à utiliser pour nous convaincre qui nous dirige, c’est lui : ses forces et ses faiblesses, ses agendas connus et cachés, son tempérament, ses aspirations connues et inconnues, etc. Il ne faut jamais se fier aux belles paroles – même le diable a cité la Bible ! L’évaluation de nos leaders doit donc aller a la vitesse supérieure. Celui ou celle qui veut mériter notre confiance doit la mériter plus que ses concurrents ; et cela n’est pas possible avec la simple comparaison des projets politiques. Il faut savoir aller au-delà des textes bien rédigés (il est possible de les faires rédiger ou les copier) pour sonder la profondeur de la réflexion de ces leaders et la cohérence entre ce qu’ils disent et ce qui est écrit. L’évaluation doit aussi concerner leur personnalité et leur caractère.

 

Sans intégrité et sans crédibilité, aucun leader ne devrait mériter la confiance du peuple, indépendamment de la pertinence de la vision qu’il représente et de sa capacité de l’expliquer sans hésitations ni contradictions. En effet, c’est surtout sa personnalité et son caractère qui déterminent le genre de leadership qu’il utilise pour convertir la vision en réalité et le degré de sérieux qu’il attache à cette vision. Un menteur peut présenter une vision et un programme politique auxquels il n’attache aucune importance ; un leader malhonnête peut parler d’une chose alors que dans son cœur, il se prépare à faire son contraire !

 

Celui qui veut présider à la destinée d’un peuple doit faire preuve d’une fiabilité sans faille pour ne pas faire perdre le temps au peuple. Celui dont la personnalité est douteuse doit accepter de subir la désapprobation. Les enjeux électoraux sont plus importants que les ambitions d’un individu. Il vaut mieux faire échouer les ambitions d’un leader incapable pour faire réussir tout un peuple. Idéalement, un bon leader est celui qui a la vision la plus conforme aux aspirations du peuple, qui porte sa vision dans sa tête, dans son cœur et dans ses veines - et non seulement dans un livre ; et dont le caractère et la personnalité sont les plus proches du profil du leader idéal qui peut conduire le peuple à la réalisation de la vision la plus représentative des désirs profonds de ce peuple. La culture de la vision rend les élections plus sérieuses et fait ternir l’éclat des petits gains financiers et des discours ghettoïsant.

 

Troisièmement, une fois que la vision proposée par un groupe politique donné est devenue une vision nationale, elle devient le critère d’évaluation de la compétence et de la crédibilité de ceux qui dirigent le peuple. Le peuple a alors un outil par lequel il va évaluer ses dirigeants. Pour continuer à mériter sa confiance, les dirigeants doivent faire preuve de fidélité en faisant ce qu’ils avaient promis de faire. Ils doivent diriger dans la transparence pour que le peuple puisse garder son droit de regard. Un groupe politique qui, une fois qu’il a le pouvoir, commence à faire des choses qui vont à l’encontre des intérêts du peuple, a montré qu’il n’était pas digne de cette confiance ; et que le peuple serait insensé de lui faire confiance encore une fois. Certes, personne n’est parfait, il y a des imprévus qui peuvent réduire le taux de réussite d’un gouvernement. Mais, il faut évidemment que ce soient des imprévus et non des actes délibérés de mauvaise gouvernance. Un peuple qui a une vision partagée peut donc évaluer ses dirigeants et les sanctionner aux élections suivantes, en se basant sur leur capacité ou incapacité à le faire voir ses rêves réalisés. Celui qui n’a pas de vision n’a rien pour évaluer ses dirigeants, sauf les critères subjectifs personnels. Les bons leaders doivent pouvoir articuler une vision qui correspond le plus aux aspirations du peuple, l’incarner par leur sens de compassion et un caractère louable ; et qui savent poser les actions nécessaires, et d’une façon constante, pour que cette vision devienne réalité.

 

Quatrièmement, un peuple qui a une vision et qui a des leaders engagés pour sa réalisation est capable de consentir des efforts et des sacrifices que celui qui n’en a pas ne peut pas consentir. Sur le plan individuel, nous savons que les personnes qui acceptent de se priver du plaisir et d’investir dans l’avenir sont ceux qui ont une grande vision personnelle. La vision leur donne la force de reporter la gratification et d’épargner pour l’avenir. Les personnes qui n’ont pas de vision consomment tout ce qui leur tombe entre les mains, ils aiment la gratification immédiate. De même, les peuples et les dirigeants qui n’ont pas de vision inversent les priorités : ils préfèrent la gratification immédiate, même quand cela les appauvrit davantage. Ils sont divisés par des trivialités, ils gaspillent le peu de ressources qu’ils ont et ne peuvent pas investir pour le long terme. Mais ceux qui ont une vision commune ont tendance à unir leurs forces pour avancer ensemble.

 

Enfin, une vision nationale clarifie un certain nombre de choses : le genre d’institutions dont le pays a besoin, comment ces institutions doivent fonctionner, les lois inexistantes qui doivent être mises en place ainsi que celles qui doivent être actualisées, les mauvaises pratiques qui doivent disparaitre, les nouvelles pratiques indispensables qu’il faut développer, l’ordre des priorités gouvernementales, le genre de gouvernance dont ils ont besoin, le degré de rigueur dans l’application de la loi, etc. Sans une vision nationale encrée dans la mentalité du peuple et de ses dirigeants, on se contente de copier ce que les autres pays font. L’Innovation n’est plus nécessaire car elle est indispensable uniquement lorsqu’on a une vision à atteindre. Les gouvernements innovateurs et dynamiques sont ceux qui sont motivés par un objectif national. Ceux qui n’en ont pas ou qui prétendent en avoir tombent dans l’apathie, la bureaucratie et la médiocrité ; et ils trouvent cela suffisant. Quand il n’ya pas d’objectif national solidement partagé par le peuple et ses dirigeants, chacun tire la couverture vers son côté. La corruption, le détournement des fonds et d’autres fromes de gestion calamiteuse de fonds publics prolifèrent. Les intérêts individuels et de groupe deviennent plus importants que l’intérêt général car, la vision qui devrait définir cet intérêt général n’existe pas – ou alors, elle n’existe que dans les papiers.

 

En tant que peuple, nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de vivre sans vision. Nous ne pouvons pas vivre à l’aveuglette – nous devons avoir une vision que nous partageons tous et qui canalise nos efforts. Comme l’a dit Abraham Lincoln, la meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de le préparer. Nous devons définir ce que nous voulons devenir, clarifier ce que nous serons dans 30 ou 50 ans. Nous devons pouvoir décrire le pays que nos petits enfants hériteront avant de pouvoir le rendre réel. Ne croyez surtout pas que les difficultés actuelles sont une raison de ne pas rêver ; bien au contraire. Les rêves nous viennent généralement la nuit, quand les lumières se sont éteintes. C’est quand nous avons faim qu’il est naturel de penser à la nourriture. C’est aux moments sombres qu’on a toute la motivation d’imaginer ce qu’on voudrait avoir. S’il faut rêver, il faut le faire aujourd’hui ; le contexte est favorable! Mais, est-ce que nous n’avons pas de vision nationale ? C’est dans l’article qui va suivre !