Comment tuer l’excellence et la productivité

Voici une recette efficace pour tuer l’excellence et la productivité ; et donner la place d’honneur a la médiocrité et la misère nationale. Vous voulez à tout prix gagner les élections, même sans programme national ; car vous n’en avez pas. Vous n’avez aucune vision nationale, mais vous voulez gouverner, quand-même. Vous savez que vous avez besoin des votes ; mais vous savez aussi que le gros des votants est coincé dans une vie qui ne les satisfait pas. Ils n’ont pas suffisamment d’opportunités pour se faire une vie de dignité comme ils l’entendent. Alors, tu profite de cela pour leur faire comprendre que s’ils votent pour toi, ils seront nommés et diront ainsi « adieu » à la craie et au tableau noir. A ceux qui n’ont pas de diplôme, vous leur promettez des emplois. Aux sceptiques, vous énumérez les maux des gouvernements passés et vous leur faites comprendre que c’est votre tour ; avec une dose d’ethnisme qui flatte leur amour-propre – cela s’appelle la manipulation. Enfin, aux débonnaires paysans, vous promettez vaches, chèvres et souris. Vous parlez d’un court terme que vous n’avez pas l’intention de réaliser ; juste pour avoir les votes. En combinant les trois, vous attirez des foules dominées par une des bandes de jeunes fanatisés et irrespectueux des autres. Ils dominent la scène par des chants pleins d’insultes et de menaces ; et vous voulez nous convaincre que vous allez bâtir notre pays ! Mais vous n’oubliez pas un autre ingrédient de la recette empoisonnée : la corruption électorale. Vous distribuez des biens et de l’argent ici et là, en violation flagrante du code électoral. Ceux qui savent comprennent que vous avez déjà signé votre échec et celui de la nation : on ne peut pas bien diriger un pays quand on a d’abord violé ses lois pour avoir ‘le droit’ de le diriger. Ikiri mw’igi ni co kirivamwo !

Vous voilà donc élu, célébrations, tambours, bière et acclamations vous suivent comme une nuée d’abeilles qui suivent leur reine. Sans le savoir, ou consciemment, vous vous êtes attirés les citoyens les moins crédibles et les moins compétentes, dans la plupart des cas. Vous avez créé des attentes et vous savez que si vous trainez, vous allez décevoir. Les nominations commencent à tomber selon la taille de la contribution et non la capacité de bien faire, et les nombreux aspirants gardent leur souffre quand on annonce les nouveaux chefs à la radio, attendant que leur nom soit prononcé. Pour ceux qui ont eu la chance, ils viennent avec une attitude dangereuse : je dois remercier celui qui m’a remercié et lui rester fidele en tout (vous avez créé un système qui fabrique des esclaves mentaux) ; et puisque j’ai investi, c’est le moment de récolter (vous avez créé un système qui fabrique des voleurs des biens publics). Avec cela, je sais que les autres attendent la nomination et peuvent me remplacer demain si je ne suis pas malin. Je dois donc plaire au chef pour garder ses faveurs et rester en poste aussi longtemps que possible. Je dois me courber, sacrifier ma confiance et conformer mes actes à toutes les caprices du chef.

En outre, je dois accumuler aussi vite que possible pour que je ne parte pas les mains vides, si quelque chose arrivait et que je me faisais limoger. La politique Burundaise est imprévisible, tout peut arriver et n’importe quand. Il y a surtout ces jaloux, ceux qui n’ont pas eu la même chance que moi, qui croient qu’ils méritaient mon poste et qui peuvent me contourner pour me faire éjecter de mon fauteuil avant la fin du mandat. Alors, la course à la montre commence, le truquage de l’offre des marchés publics, la commercialisation des services publics, la falsification des factures, le commerce illicite, l’évasion fiscale, le détournement des fonds pour des fins personnelles ; bref tout un arsenal de pratiques mafieuses qui remplissent mes pochent, me donnent des villas à gauche et à droite ; mais appauvrissent mon pays et mon peuple. Seulement, je prends le soin de partager une partie du butin avec ceux qui ont la puissance de me faire sortir. Comme ça, je sui immunisé même contre la justice. Les intérêts du peuple sont relégués au second plan ; on s’en souviendra un peu avant les élections ; et la distribution de l’argent, des biens et de la bière recommencera.

Et comme je suis venu par la volonté du chef, il se retrouve d’un coup dans une position de me manipuler comme il veut. Il ne m’explique pas ce que je dois faire, je ne dois pas poser des questions, je ne dois pas comprendre ; je dois simplement exécuter ! On dirait que nous sommes dans un camp militaire. On n’a pas le droit de proposer une meilleure voie, le travail des techniciens se noie dans la volonté des politiciens. Ils dictent des choses qu’ils ne comprennent pas, et les techniciens doivent se courber, la douleur dans l’âme, et faire des choses improductives en lesquelles ils ne croient pas! Après, tout, ils auront leur salaire. A quoi bon engager un combat qu’on ne va pas gagner ? Et voilà ; même des reformes qui engagent la vie des générations montantes du pays s’appliquent sans être comprises par les personnalités qui doivent les expliquer. Le pays avance dans un brouillard épais, au rythme d’une politique qui fait du peuple un pont pour traverser la rivière de la misère vers l’abondance économique personnelle.

Mais, le problème ne s’arrête pas ; malheureusement. Enfin, les plus fanatiques sont postés ici et là, dans un désordre total et sans considération des besoins réels, de la qualification ou de la compétence technique. Ils se retrouvent dans des endroits où certains n’auraient jamais mis le pied ; ils y débarquent avec une bonne dose d’arrogance ; envoyés par le chef du parti ; et le chef du département n’a qu’à trouver une formule pour les caser ! On ne sait plus qui recrute. Mais le grand problème est que la venue des fanatiques perturbe l’ordre hiérarchique. Ils n’ont aucun reflexe de soumission à leur chef direct, ils ne savent obéir qu’au chef du parti. C’est lui qu’ils ont vu lors de la campagne, c’est lui qui a promis et qui a accompli sa promesse. Ils n’ont jamais travaillé dans uns structure organisée, ils ne comprennent rien de la chaîne administrative. Ils se sentent supérieurs à tout le monde car ils leur donné plus de pouvoir qu’ils ne peuvent gérer lucidement. Ils constituent l’œil du parti dans les services publics, ont le droit de donner des rapports à ceux qui les ont connectés et peuvent faire sortir les secrets internes impunément. Dans certains cas,  et sont même capables de faire destituer leurs chefs hiérarchique ; ce qui empire un problème déjà compliqué.

En effet, ils donnent des rapports à celui qui les a envoyés, des rapports verbaux. Or, dans une telle situation, le chef du parti a tous les pouvoirs sur tout le monde. Il peut proposer la destitution de n’importe qui s’il est ‘accusé’ de ne pas servir les intérêts du parti. Seulement, il faut bien souligner que ne pas servir les intérêts du parti, c’est peut-être réprimander un de ces fanatiques qui a mis le pied dans la farine ; ou défendre les intérêts supérieurs de la nation. Tout d’un coup, les cadres se retrouvent fragilisés ; avec deux choix : se courber davantage et avaler leur orgueil ou remettre le tablier. Mais, on est dans un pays de misère, un pays qui ne donne d’opportunités qu’à ceux qui sont collés au parti décideur. La gouvernance est prise en hottage, la logique doit céder à la folie.

Enfin, ces fanatiques ne viennent pas pour travailler ; c’est pourquoi la compétence n’est pas tenue en considération. Ils voient l’emploi comme une récompense pour des services qu’ils ont rendus au parti. Ils viennent pour jouir de la vie, se relaxer et récolter divers avantages. Le chef du parti risque de perdre la face s’ils sont déçus car, il aura besoin d’eux aux élections suivantes. Et il sait que s’ils décident de donner leur fanatisme a un autre parti, le sien se sera crée des rivaux dangereux. Ainsi donc, il faut a tout prix protéger le parti et, s’il el faut, sacrifier les intérêts de la nation. Ces histoires de bonne gouvernance, de transparence, de redevabilité, d’excellence et de productivité ; ce sont de bons concepts des néocolonialistes. On ne manque pas d’arguments pour justifier l’injustifiable.

Avec une telle politique, on n’a pas besoin de programme politique car on ne va nulle part. Juste assez de ruse et de moyens pour manipuler les âmes faibles. Les élections se font autour des promesses aux individus et aux groupes, mais sans un programme national qui peut inspirer les meilleures mains dans le pays. On invite ainsi le mensonge, le clientélisme, le népotisme, la corruption, la mauvaise gouvernance et la misère. Les mains compétentes se retrouvent commandées par les mains incompétentes ; et les âmes nobles se retrouvent commandées par les âmes sans scrupule. Le pays sombre, il ne tient que sur la ficelle du bruit électoral.

Un petit conseil aux politiciens. Vous attirez une certaine catégorie de personne selon ce que vous brandissez. Si votre message revient aux crises du passé pour convaincre votre électorat, vous allez attirer les adeptes de la haine ethnique et de la vengeance. Avec ce genre de personnes, vous allez nous faire couler tous ! Si vous parcourez le pays pour distribuer la bière, vous allez attirer les ivrognes et, avec eux, vous ne nous amenez nulle part ! Si vous manipulez les pauvres par des distributions de biens, vous allez attirer ceux qui voient la nation comme un grand gâteau qu’il faut se partager ; et vous allez renforcer la politique du ventre au sein du peuple. Avec cela, nous sommes sur que vous détruisez notre pays ; et votre victoire électorale constitue un gros problème pour notre pays.

Si vous êtes sérieux, préparer de bons programmes qui peuvent inspirer les meilleurs citoyens et susciter leur créativité. Montrez-nous ce que notre pays va devenir si nous vous confions sa direction. Ensuite, prouvez-nous, par votre personnalité et vos réalisations antérieures, que vous êtes capables de faire ce que vous nous promettez. Si vous n’êtes pas capables de faire cela, alors vous ne méritez pas que nous vous écoutions ; vous nous faites perdre du temps. En outre, votre victoire électorale sera une perte pour notre pays. Vous ne pouvez gagner sans que notre peuple ne perde ; et notre peuple ne peut gagner que si vous perdez.

Un petit conseil aux intellectuels. Vous avez la capacité de percer les formules mathématiques les plus complexe, les molécules et les atomes ; vous pouvez disséquez les discours et lire même ce qui n’est pas dit. Vous avez fait des milliers de tests, interrogations, examens, etc. Aujourd’hui, votre peuple se trouve pris dans un tourbillon politique dont il a du mal à se débarrasser. C’est lui qui en souffre plus terriblement car, la chute de la valeur de notre monnaie l’affecte directement avant qu’elle ne vous atteigne ; de même que le progrès de la misère, consécutive à la mauvaise gouvernance et à une politique qui ne propose aucun programme politique digne de ce nom. Quand la politique tourne mal et que la violence entre dedans, c’est notre peuple qui doit payer, encore une fois, le lourd coup de la guerre. Mettez vos capacités à le libérer de ce tourbillon ; apprenez-lui à savoir distinguer les démagogues des leaders crédibles, les aventuriers des hommes et femmes d’état. Apprenez-lui à exiger ce que les politiciens lui doivent ; et à ne pas se contenter des miettes du pain qui leur appartient en entier. Et si vous trouvez qu’il n’ya pas assez de bons leaders, soyez-en vous-mêmes. Ne passez pas votre vie à exiger des autres ce dont ils ne sont pas capables car, vous êtes peut-être ceux qui devraient le faire !