MA VISION

 

L’ARRIERE-PLAN

 

Une des caractéristiques dominantes de notre histoire récente, qui est par ailleurs très chargée, est l’inquiétante persistance des croyances diamétralement opposées aux valeurs consignées dans la Bible, en dépit de l’apparent progrès spectaculaire de l’évangile. Ces croyances silencieuses et malsaines se manifestent à travers ce que les gens font, et certaines ont tendance à s’institutionnaliser et à devenir « normales ». La haine, par exemple, a été entretenue comme une vertu ; un mécanisme normal pour la survie et la pureté ethnique et / ou politique. On est arrivé au point de la défendre par des arguments divers, comme une chose normale, voire sage, même chez ceux qui affirment être Chrétiens. Or, être Chrétien, c’est être disciple de Jésus Christ, Celui-là même qui invite ceux qui croient en Lui à aimer leurs voisins (Matt 22 : 39), ainsi que leurs ennemis (Matt. 5 : 44-48). Cette haine a déjà emporté des milliers de vies innocentes et n’a pas encore terminé sa sanglante course.

 

Un autre cas illustratif est l’esprit de mercenariat (ou la mentalité du moindre effort), un esprit qui est derrière le gaspillage quotidien du temps surtout dans les services publics. Ce gaspillage nous vole d’innombrables heures de travail chaque année et a un impact négatif direct sur la production. Malheureusement, il s’est constitué en une culture, plus ou moins généralisée. Et pour moi, cette attitude contribue, avec d’autres facteurs bien sûr, au classement du Burundi parmi les pays les plus pauvres de la planète. En effet, le nombre d’heures passées au travail et la gestion responsable du temps alloué au travail sont directement liés à la production.

 

Et pourtant, la Bible nous exhorte à mettre toutes nos énergies dans ce que nous faisons (Eccl. 9 : 10), et à travailler fidèlement, avec assiduité et de tout notre cœur, même quand nos superviseurs n’ont pas leur œil sur nous (Col. 3 : 22-24). La perte du temps au travail, qui est souvent la racine de la médiocrité et de la faible productivité, n’est donc pas une marque d’irresponsabilité seulement, c’est aussi un problème spirituel, une attitude de désobéissance à la Parole de Dieu.

 

Le bonheur ou le malheur d’une nation est codé dans ce que les citoyens et leurs dirigeants sont et font. Comme l’a si bien dit Delanyo Adadevoh, citant le célèbre psychologue David McClelland, la clé du développement d’une nation se trouve dans le caractère de son peuple[1]. Ce que les gens sont détermine ce qu’ils font, et ce qu’ils font détermine ce que leur nation devient. Il y a ici, un intéressant phénomène de cause à effet qui, non seulement peut nous faire comprendre notre problème, mais qui peut aussi nous aider à trouver des solutions adéquates.

 

La généralisation des pratiques improductives est d’abord un problème individuel et qui affecte notre santé sociale, économique, politique et spirituelle, en tant que nation. Il ne peut pas en être autrement. Et l’amélioration de notre situation nationale passe inévitablement par le même canal. Ainsi, le bonheur et la prospérité de ce pays passeront assurément par une réforme qui commence par les individus (concrètement, toi et moi) et, à travers eux, transforme toutes nos institutions au moyen de l’émergence d’une culture de nouvelles croyances, valeurs et pratiques saines qui peuvent produire une nation paisible, prospère et respectée.

 

En fin de compte, il y a un certain degré de responsabilité collective dans ce qui arrive, et le changement exige aussi une responsabilité collective qui n’exclut personne. Chacun y est pour quelque chose, et chacun a un rôle à jouer pour que les choses changent. Comme disait le Président Barack Hussein Obama, le changement ne viendra pas si nous attendons qu’une autre personne le provoque, ou si nous attendons un autre moment car, nous sommes ceux que nous attendions – et j’ajouterai que le moment que nous attendions, c’est maintenant!

 

Les nouvelles croyances et valeurs qui peuvent nous faire changer de cap doivent être intentionnellement semées, intentionnellement entretenues de manière constante et délibérément agressive pour conduire à la transformation de notre nation. Encore une fois, l’expert en leadership, le Docteur Delanyo fait une observation intéressante à ce sujet:

 

L’état de développement d’une nation peut être lié au niveau de compréhension des valeurs par le peuple, et à leur degré d’engagement pour ces valeurs. Quand un peuple donné est caractérisé par les vertus comme l’amour, la compassion, une attitude de pardon, la justice, la droiture, la maitrise de soi, le courage et la gentillesse, on peut être presque sûr que cette nation sera développée socialement et économiquement. L’état de développement d’une nation est, partiellement au moins, un reflet de leur compréhension des valeurs et de leur engagement pour ces valeurs[2].

 

Les aides sont utiles mais ne développeront pas notre pays si nous-mêmes, Burundais, ne changeons pas ; nous sommes la plus grande inconnue de l’équation. Dans l’histoire de l’humanité, aucune nation n’a été développée par des étrangers ; et le Burundi ne va pas être une exception. Les temps des bons Chrétiens ou citoyens timides et désintéressés du bien être de leur communauté est révolu. Les valeurs comme l’esprit de service, l’altruisme, l’amour du prochain, la compassion pour les membres faibles de la société, l’honnêteté, le sens de responsabilité, l’esprit de travail, l’esprit de communauté, etc., constituent la seule base sur laquelle nous pouvons espérer bâtir un Burundi de paix et de prospérité. Pour mériter toute notre confiance, ces valeurs doivent s’inspirer de la Bible, notre autorité suprême en matière de foi et de pratique.

 

VISION PROPREMENT DITE

Ma vision est de voir les valeurs bibliques devenir le socle de la vie spirituelle, sociale, politique économique de notre belle nation que j’aime. Mon rêve est de voir l’obscurité de la haine, la discrimination, l’ivrognerie, la rapacité, l’arrogance, l’oppression, la destruction de la vie et de l’environnement et bien d’autres maux, balayée par la lumière de l’amour du prochain, l’altruisme, la protection de la vie et de l’environnement, la simplicité et d’autres valeurs que nous enseigne la Bible.

 

Au bout du tunnel, j’y vois une société transformée de fond en comble, par les valeurs bibliques, à tel point que tous les aspects de la vie de notre pays en sont affectés de manière irréversible. Je vois une société qui est heureuse, non pas parce qu’elle est le premier producteur mondial de pétrole, mais parce qu’elle a mis Dieu au trône et vit au rythme de sa volonté (Psaumes 33 : 12), dans la vie des individus et dans la gestion des institutions. Je vois une société paisible et prospère, produit d’une révérence à Dieu, dans les paroles et dans les actes ; une nation où il fait beau bon vivre, et pour le faible et pour le puissant. Je vois un beau pays dans lequel la volonté de Dieu est faite comme elle est faite au ciel (Matt. 6 : 10). Je vois une nation qui a su aligner sa culture et sa manière de vivre sur la volonté révélée de Dieu.

 

Je vois une nation heureuse, car je suis convaincu qu’un pays ne peut pas fonder sa vie sur les valeurs divinement révélées dans les Ecritures Saintes et ne pas être heureux (Ps. 144 : 15). Plus nous vivrons conformément à la volonté de Dieu, en tant que nation, plus nous serons heureux ; mais plus nous nous écarterons de la volonté de Dieu, plus nous serons malheureux. Notre dure histoire prouve la deuxième partie de cette phrase, c’est maintenant de prouver la véracité de la première.

 

Cette vision va de pair avec la vision d’une Eglise qui fait office du Prophète correctement, une Eglise qui ne se laisse pas mouler par le monde, mais qui n’est pas retirée de la société non plus. Je vois une Eglise qui brille dans les ténèbres sans devenir ténèbres Elle-même (Matt. 6 : 22-23), une Eglise qui donne à la nation l’orientation morale dont elle a besoin. En effet, la politique d’un moment donné peut être immorale et enfreindre la volonté de Dieu. A des moments pareils, le peuple a besoin d’un phare qui brille dans la nuit et qui lui montre la direction. Ce rôle ne peut être correctement joué par l’Eglise que si elle se détache du mal et du mensonge pour se tenir du côté du bien et de la vérité, surtout quand elle blesse.

 

Acher Niyonizigiye.

 



[1] Delanyo Adadevoh, Moral vision and Nation Building, (Orlando: ILF Publishers, 2010), p. 2.

[2] Op cit., p. 8