Un Burundi sans violence est-il possible?

La violence s’est collée à nos pieds tellement de fois et à tellement de reprises qu’il n’est pas insensé de se demander si nous pouvons finalement vivre sans violence. Nous avons la politique conduire a la violence tant de fois que les deux sont intimement liées dans nos pensées. Est-il possible de bien organiser un pays sans faire recours a la violence ou sans la provoquer ? Cette question est motivée par trois choses. Premièrement, certaines théories de la science politique prônent l’inévitabilité de la violence s’il faut asseoir un pouvoir fort et stable - voir le Prince de Nicholo Machiaveli (ou Nicholas Machiavel); et le Burundi compte de bons disciples de Machiavel parmi ses politiciens. Deuxièmement, ceux qui contestent les mauvais agissements des gouvernements affirment que parfois, le gouvernement peut être si irresponsable, têtu et violent même contre les protestations pacifiques que la violence est inévitable. Troisièmement, notre pays regorge de personnes blessées, traumatisés et revanchards ; à tel enseigne que la violence est un danger potentiel permanent. Une simple étincelle peut provoquer un incendie qui embrase toute la forêt. Quand je mets les trois ensemble, voici ce que je trouve : un grand potentiel pour la violence dans les deux sens – la violence d’état et la violence contestataire. C’est un volcan en latence ! Heureusement, cela ne traduit pas tout, il y a une autre réalité aussi probable que celle-là.

 

En dépit de tous les dangers et risques, je n’ai pas peur d’affirmer qu’il est possible qu’un pays soit bien gouverné sans quel a violence soit « une manière » d’accéder au pouvoir ou de le garder ; et sans que les citoyens soient dans la nécessité d’user de la violence pour faire entendre leur opinion. Les dirigeants peuvent gouverner sans se rendre coupables de crimes d’état ; et les citoyens peuvent exprimer leurs désaccords avec les pouvoir publics sans rien endommager. Pour y arriver, il faut savoir identifier le problème qui ouvre la porte à la violence (qu’elle soit contestataire ou d’état) et y remédier. Et comme la question est d’une importance capitale, il ne faut reculer devant aucune résistance. C’est une question de survie de tout un peuple.

L’’histoire de la violence politique au Burundi nous révèle une fissure qui a toujours été le déclencheur d’un enchaînement de crimes. D’abord, il y a eu des politiques discriminatoires qui ont perpétré des injustices, cela a créé la frustration, des réclamations / protestations ont été faites, les pouvoirs publics ont soit détourné ou renié le problème et ont accusé plutôt ceux qui les accusaient ; et la violence a été utilisée pour forcer le changement. L’attaque de 1965 contre le palais et le massacre de Busangana étaient le couronnement d’un malaise qui était palpable au sein de l’UPRONA et de la classe politique en général dès le lendemain de l’assassinat de Rwagasore. Les massacres perpétrés contre les tutsi en 1972 étaient une violente expression de revendications politiques – en témoigne la tentative de création d’une autre république dans le Sud du pays. La guerre civile de la décennie 90 était une réaction violente contre la volonté de l’UPRONA et de l’armée de garder le pouvoir politique malgré la défaite électorale de 1993. La violence consécutive aux manifestations de 2015 est partie d’une réclamation qui se voulait pacifique du respect des mandats présidentiels. L’interdiction des manifestations a été la source de la violence. Il y a un phénomène récurrent ici qui finit par conduire à la violence.

 

Ceci veut dire quoi, concrètement ? Ceci veut dire qu’il y a des lois inscrites dans le tréfonds de chacun d’entre nous (et dans nos textes réglementaires) et que quand ces lois sont violées, nous réclamons. Si les pouvoirs publics nous écoutent et rectifient le tir, la violence n’est pas nécessaire. Mais si, aveuglés par l’orgueil du pouvoir et la capacité  d’écraser les opposants, les pouvoirs publics refusent la voie de la logique et choisissent la fermeté, alors le choix reste entre l’abandon, l’utilisation d’autres moyens pacifiques et la violence. Or, abandonner, c’est accepter de vivre en contradiction avec sa conscience. En outre, les moyens pacifiques face à un pouvoir violent coûtent chers en vies humaines et prennent longtemps, et certains n’ont pas la patience requise pour s’en servir. La violence est généralement le recours de la majorité car, on se sent justifié d’être violent quand on est injustement traité avec violence. C’est pourquoi les réclamations pacifiques finissent par basculer dans la violence quand les pouvoirs publics refusent de fléchir. Notre histoire est témoin.

 

Pour qu’un pays puisse donc éviter la violence entre ses fils et filles d’une part ; et entre ses institutions de paix et de défense et une partie du peuple d’autre part, il ya trois ingrédients essentiels. Premièrement, il faut que le pouvoir évite de frustrer son peuple par des actes injustes ou illégaux – ou les deux. Certes, il y aura toujours des personnes frustrées à cause de leurs propres problèmes, et ceux-là peuvent être gérés sans faire recours à la violence. Mais la création des frustrations par une gestion calamiteuse du pouvoir, c’est un moyen sûr de semer les graines de la violence. Et pour y parvenir, le pouvoir doit d’abord être entièrement engagé pour la promotion de l’intérêt public. Le gouvernement doit mettre en place des priorités claires qui font avancer le peuple dans son ensemble ; et Disponibiliser tous les moyens humains, techniques et financiers nécessaires pour la réussite de ces projets prioritaires. S’il agit ainsi, le peuple sera témoins des changements positifs dans sa vie année après année ;  et cela renforcera la confiance envers ses dirigeants. Si les dignitaires voient leurs propres ventres avant de s’occuper des questions sociétales (le chômage, l’éducation, l’accès à l’électricité, etc.), s’ils préfèrent un peuple pauvre et un parti politique fort ou des richesses colossales pour eux-mêmes, ils peuvent être sûrs qu’ils sont en train de préparer une génération de mécontents et une explosion de la violence. Et tôt ou tard, la chose finit par se retourner contre eux. En outre, les dirigeants doivent mettre en place des lois justes et les faire respecter avec rigueur et justice. Si les lois sont injustes ou si elles sont justes mais qu’elles ne sont pas respectées, les gens s’en rendront compte et chercheront à se débarrasser du régime. De même, si les dignitaires se placent au-dessus de la loi, abusent du pouvoir qui leur a été confiée pour atteindre leurs objectifs au détriment de l’intérêt général, ils peuvent s’attendre aux foudres de la contestation.

 

Cela étant, il est illogique de s’attendre à avoir un régime parfait qui n’échoue jamais. C’est dangereux de se donner des attentes irréalistes par rapport aux dirigeants ; on se prépare à une frustration inutile. Les dirigeants sont choisis par les humains (et pas toujours parmi les meilleurs) ; et ils ont leurs propres faiblesses ; ce ne sont pas des anges. En plus, il y a des facteurs qui ne dépendent pas de la volonté des dirigeants qui peuvent faire échouer les bons projets. Il est important de comprendre pourquoi les choses n’ont pas été faites comme cela se devait, avant d’émettre des jugements. Ce qu’il faut refuser, c’est une inefficacité des dirigeants causée par leur incompétence affichée, leur mauvaise foi ou leur manque de volonte politique ; ainsi que leur incapacité de respecter les règles élémentaires d’un état de droit. Un peuple n’est pas un terrain d’entrainement pour les aventuriers. Aucune population ne devrait être traitée comme une cobaye par des apprentis politiciens. En plus, quand un politicien trompe le peuple et prétend le développer alors que tout ce qu’il fait est de s’enrichir sur son dos, c’est de la traitrise. Si les dirigeants font capoter les projets nationaux intentionnellement et hypothèquent le bonheur et l’avenir de tout un peuple, alors ils ne méritent pas de diriger.

 

Le deuxième ingrédient, c’est l’humilité et la flexibilité quand cela est nécessaire. On dit que le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument. Le pouvoir politique est une drogue qui confère un sentiment de toute-puissance, d’intelligence et de sagesse exemplaires. Malheureusement, ni l’argent, ni le pouvoir, ni la célébrité ne confèrent à l’homme l’infaillibilité. En outre, les décisions politiques sont souvent des choix entre plusieurs alternatives. Or, chacun a une perspective qui peut enrichir celle de l’autre et conduire à l’identification de la meilleure alternative pour l’intérêt général. Par implication, les dirigeants de pays ne devraient jamais croire qu’ils sont les seuls à avoir raison. Quelqu’un peut avoir plus raison qu’eux – et ce quelqu’un peut être de l’opposition, de la société civile ou un simple citoyen. C’est pour cette raison que je déplore l’esprit antagoniste qui caractérise les relations entre les gouvernements et les partis d’opposition. Je crois que les décideurs devraient écouter et consulter tout le monde, y compris leurs adversaires politiques, avant de prendre des décisions significatives. Ceci leur permettrait de profiter de toute l’intelligence, toute la sagesse, toute l’expérience et toute la perspicacité disponibles dans le pays. Les opposants devraient être des visiteurs réguliers du palais présidentiels, dans un esprit de fraternité, pour contribuer à l’édification de leur pays. Après tout, certains opposants meurent sans avoir jamais gagné les élections. Il faut leur donner la chance de donner leur contribution ! Si les dirigeants écoutent les autres et s’ils prennent les opinions des autres au sérieux ; s’ils se laissent conseiller et restent humbles et flexibles, ils peuvent facilement éviter des décisions calamiteuses et la colère d’une partie de la population.

 

Le troisième ingrédient nécessaire pour assurer paix et stabilité à un pays, c’est une nette séparation des pouvoirs. L’importance de ce principe est surtout perceptible en période de crise. Je me souviens que lors de la guerre civile, les alentours des positions militaires dans les zones rouges devenaient parfois des cimetières officieux. Un civil soupçonné d’être en connivence avec les rebelles était souvent tué, sans aucune forme de procès. Le chef de poste pouvait déclarer la peine de mort, sans consulter aucun texte de loi et sans droit à la défense. De même, un civil attrapé par les rebelles et soupçonner de collaborer avec l’armée régulière subissait un sort similaire. La guerre ne donne pas le droit de piétiner la loi ; elle ne devrait jamais remplacer le principe de l’état de droit et le travail des cours et tribunaux. Les organes de défense et de sécurité sont sous le commandement du pouvoir exécutif. Les utiliser pour exécuter la justice, c’est briser une des lois les plus élémentaires d’un régime démocratique : la séparation des pouvoirs. Et cela encourage la violence. Le même phénomène est décrié aujourd’hui par les organisations de défense des droits de l’homme. Quand la justice est remise entre les mains des organes de défense et de sécurité, quand les personnes arrêtées sont à la merci de ces organes et que les cours et tribunaux sont aux arrêts, les crimes sont inévitables.

 

La séparation des pouvoirs est aussi pertinente quand il s’agit d’éviter que des lois injustes soient votées. L’institutionnalisation de l’injustice constitue l’un des éléments qui sont utilisés pour justifier la violence contestataire. Quand un pouvoir opprime et tue légalement, cela veut dire que l’oppression et le crime ont été lavés dans les eaux troubles d’une législation injuste. Et pour que cela puisse arriver, le pouvoir législatif doit avoir perdu son indépendance par rapport au pouvoir exécutif. Or, sans un pouvoir législatif indépendant, il est très difficile pour le pouvoir exécutif de ne pas légiférer ses propres désirs égoïstes, voire injustes, créant ainsi une injustice institutionnalisée.

 

Enfin, la séparation des pouvoirs est importante pour contrer l’abus du pouvoir, surtout par les dignitaires du pouvoir exécutif. Il y a deux choses qui peuvent aider les dirigeants à ne pas abuser le pouvoir : leur conscience et la justice. Mais comme la survie d’un peuple ne peut pas dépendre de la conscience et de l’humeur d’un dirigeant (c’est un trop grand risque qu’aucun peuple sensé ne devrait prendre), il faut absolument une justice qui est capable de sanctionner tout le monde, à commencer par le président de la République. Sinon, les dignitaires planeront au-dessus des nuages de la loi. La loi sera violée, les injustices seront commises et les auteurs ne seront jamais punis. C’est une autre façon d’inviter la contestation du pouvoir. C’est important d’avoir des leaders crédibles, des hommes et des femmes honnêtes qui font ce qu’ils promettent ; des gens digne de confiance a qui on peut confier la destinée du peuple sans se soucier d’être trahi. Mais comme cette approche comporte toujours une marge d’erreur (l’hypocrisie des politiciens, le changement de leurs centres d’intérêt, l’influence des facteurs exogènes), il faut toujours une séparations de pouvoirs qui donne un pouvoir suffisant à la justice enfin qu’elle soit le dernier rempart qui protège le peuple et ses intérêts. Je crois que la possibilité d’avoir un bon président mais aux pouvoirs limités ne devrait jamais nous amener à négliger le risque d’un mauvais président aux pouvoirs illimités ou pas assez limités.

 

Le quatrième et dernier ingrédient, ce sont des organes de défense et de sécurité politiquement neutres. L’histoire de notre pays montre qu’une armée politisée est la plus grande menace à la sécurité publique. Si ceux qui portent les armes au nom du peuple et pour sa protection ne sont pas au-dessus des secousses politiques, il est impossible d’éviter la violence d’état. Ils peuvent très facilement être entrainés dans la gestion des différends politiques ; et ils donnent leur contribution par le maniement des armes. Quand a cela, vous ajoutez une justice dépendante, vous avez tous les ingrédients nécessaires pour remplir le pays de crimes d’état, des crimes qui sont commis par l’usage des armes du pays contre des citoyens du même pays.   

 

En principe, les institutions chargées de la paix et de la sécurité du peuple doivent faire preuve de neutralité politique. Sinon, ils se retrouveront au service d’un groupe politique contre un autre. Ici se trouve une délicatesse liée a la gestion de ces institutions ; une délicatesse qu’il sied d’exposer même si son analyse exigerait un autre article. Normalement, les institutions de défense et de sécurité sont sous le commandement du pouvoir exécutif qui agit au nom du peuple. Ceci sous-entend que le pouvoir exécutif représente fidèlement les intérêts du peuple ou de sa majorité au moins). Puisque, selon notre constitution par exemple, le peuple – et non ses dirigeants, est souverain, s’il y a divergence entre les intérêts du peuple et la volonte des dirigeants, à qui les institutions de défense et de sécurité doivent-elle allégeance ? Doivent-elles suivre les directives de l’exécutif et bafouer les intérêts du peuple ou sauver le peuple contre un pouvoir exécutif qui a trahi son peuple ? J’ai soif d’un débat franc sur cette question. En effet, pendant nos différentes crises, une grande partie des pertes en vies humaines a été la conséquence de l’action des membres des corps de défense et de sécurité contre une partie du peuple. Cette question est hautement stratégique pour la sécurité de notre peuple, plus stratégique, a mon sens, que l’armement.  

 

Je voudrais revenir un tout petit peu sur la violence contestataire. Si j’ai centré la solution sur les pouvoirs publics, cela ne veut pas dire que je soutiens la violence quand les trois ingrédients manquent. Face à l’injustice et à la violence du pouvoir, il n’ya pas que la violence comme moyen de recherche du changement. Je crois que la violence est un mal en soi et ne peut donc pas éradiquer le mal. La violence d’état est parfois la manifestation d’un problème de leadership qui va très loin dans les racines du pays concerné. Vouloir changer toute une culture par des fusils et des grenades, c’est négliger le caractère culturel et systémique de la violence. Je préfère donc les solutions qui visent le grand terme : le développement d’une culture pacifique, ce qui n’est pas être fait par le moyen de la violence. En plus, il est possible de faire fléchir les pouvoirs par une action ferme non-violente. Certes, cela exige beaucoup de courage et de sacrifices – mais c’est le prix à payer pour arrêter la souffrance sans l’infliger. Il y a des moments où consentir de souffrir injustement est l’unique façon moralement acceptable de participer à l’arrêt de l’injustice et de la violence. Mais dans l’entre-temps, je conviens qu’il y a des situations urgentes qui demandent qu’on puisse éteindre le feu par le feu – pourvu qu’un processus qui vise la transformation de la société pour le long terme soit aussi engagée.

 

Le Burundi a connu la violence pendant des décennies ; et nous courons un grand risque si nous ne mettons pas fin a cette pratique. Avec la montée de l’islamisme violent dans la région, il y a un réel risque d’aboutir au chaos si nous continuons à jouer avec la violence et à encourager la circulation des armes. L’existence de groupes armés, organisés ou libres dans la nature ne nous avantage pas. Nous avons intérêt à stabiliser notre pays et à nous assurer que personne n’a envie de faire recours aux armes. L’histoire nous montre que quand les gouvernements répondent aux réclamations pacifiques par la violence, il y a toujours des gens qui prennent le moyen utilisé par ces gouvernements ; se fondant sur le principe selon lequel un gouvernement qui devient une menace pour son peuple a perdu le droit de diriger ce peuple. C’est une vérité historique qu’il ne sert à rien d’ignorer ou de négliger. Par conséquent, la meilleure façon d’éviter la violence, c’est d’éviter tout ce qui peut la rendre nécessaire ou incontournable pour ces gens. C’est vrai, il y a des enfants qui peuvent avaler la douleur et ne pas verser de larmes quand ils ont mal, mais nous savons que beaucoup d’enfants éclatent en sanglots s’ils ont mal. Alors, si vous frappez un enfant, il ne faut pas vous attendre à ce qu’il ne pleure pas. C’est illogique.

 

Avec tout cela alors, que pouvons-nous dire ? Un, nous sommes dans le pétrin – et depuis longtemps, mais pas pour longtemps j’espère. A force de se répéter, certaines pratiques déplorables sont devenues « normales », le crime d’hier justifiant celui d’aujourd’hui ; et celui d’aujourd’hui pouvant justifier celui de demain. Deux, il y a beaucoup de chance que le cycle de violence puisse continuer car, les pratiques qui le renforcent constituent le gros de ce que  beaucoup appellent « faire la politique » depuis plus de 50 ans. En pédagogie, on dit que l’enseignant enseigne comme il a été enseigné. Les véritables reformes ne commencent pas avec les écoliers, mais avec les enseignants, dans les écoles et les instituts qui les préparent. La politique, ce ne sont pas les livres, c’est surtout ce qu’on a compris à partir du vécu quotidien – soit en acteur ou alors en victime. Qui a été blessé blessera, qui a été opprimé opprimera ; et le train est en marche.

 

Pour que demain puisse être différent d’hier, il faut une grande force qui puisse arrêter le train une fois pour toutes. Cette force, c’est tous ces concitoyens qui, au fond de leurs cœurs, croient qu’il est possible que les Burundais vivent ensemble dans la paix et l’harmonie. C’est tous ces hommes et femmes qui croient que l’intérêt général prime sur l’intérêt personnel ; et qui peuvent pardonner les offenses subies pour bâtir un pays dont ils sont fiers. C’est tous ces concitoyens qui, au Burundi et ailleurs, sentent comme une épine dans leur pied, les cris d’un nouveau-née dans un camp de refugiés, le désespoir d’une maman qui doit envoyer ses enfants dans la rue pour mendier, le calvaire d’un enseignant qui tient une classe de plus de 100 enfants avec 10 livres, l’avenir incertain de ces jeunes qui n’ont aucune compétitivité sur le marché du travail malgré les années passées a l’école, la deshumanisation de cette fille qui a laissé l’école pour se livrer a la prostitution pour survivre, la frustration et la misère de tous ces jeunes qui ont le potentiel mais qui n’ont pas d’opportunités. Car sans une génération dont le regard voit plus loin que les montagnes du présent, dont le cœur bat pour le peuple et dont les mains sont agiles pour résoudre les problèmes sociétaux au lieu de les créer, nous avons encore des années sombres devant nous.