AIMEZ LA POLITIQUE !

 

La politique est fascinante. C’est une bête noire pour certains et un eldorado pour d’autres. Beaucoup en ont fait leur métier – ils croient fermement qu’ils ne peuvent pas vivre sans faire la politique. D’autres la craignent comme le diable incarné. Ils préféreraient tout sauf une carrière en politique. Entre les deux groupes se trouve une foule qui est indécise, qui n’est pas très éloignée de la politique, mais qui ne met pas les pieds dedans non plus. Au Burundi, la politique a été longtemps synonyme de mensonge, d’hypocrisie, d’égoïsme et d’exclusion, ce qui a gonflé les rangs du deuxième groupe. Pour certains membres de ce groupe, il y a trop de bassesses et de risques en politique. Ils préfèrent alors gagner leur vie honnêtement et vivre paisiblement. Pour d’autres, il y a une dimension spirituelle au problème. La politique est perçue comme une œuvre diabolique purement et simplement. Ils te citeront même la Bible pour soutenir ce point de vue. Aujourd’hui, je vais m’adresser à ces ceux qui haïssent la politique pour des raisons morales et / ou spirituelles.  

 

Vos observations sont bonnes : il y a beaucoup de bassesses et de risques en politique (du moins dans notre politique). Il y a beaucoup d’œuvres diaboliques en politiques – du moins dans notre politique. Mais, vos conclusions méritent d’être revues car,  la politique en soi n’est ni mauvaise ni diabolique. Ce que nous voyons en politique, c’est le fruit de quelque chose – et c’est ce quelque chose qui est le vrai problème. En outre, votre attitude n’est pas politiquement neutre. Elle a des conséquences politiques – et pas toujours de bonnes conséquences. Allons-y doucement.

 

De la Grèce antique, nous avons appris que la politique est l’art de gérer la cite-état. Aujourd’hui, nous dirons que la politique est l’art de gérer un état-nation dans le but d’assurer le maximum de bonheur collectif et individuel des habitants. Cette définition fait de la politique une œuvre plutôt noble et extrêmement importante puisqu’elle engage les vies des gens et les destinées des peuples. En fait, la politique mérite la plus grande attention et les plus grands efforts des plus capables et crédibles des citoyens. Mais, cela n’est pas tout. La politique implique le pouvoir et les richesses, et les deux sont comme un morceau de viande qui attire les rapaces. Par conséquent, il n’est pas rare que la politique devienne le repère des cupides et des avides ; et c’est cela le problème.

 

Quand cela arrive, la politique prend alors les couleurs de ceux qui la font. Les menteurs font une politique du mensonge, les criminels font une politique de crimes, les voleurs font une politique du pillage. Prenons un exemple simple. Le football est un jeu mondialement apprécié qui a des règles bien précises. Mais, avez-vous constaté que les équipes et les joueurs ne jouent pas de la même façon ? Il y a des équipes et des joueurs qui sont plus violents que d’autres. Mais, cela ne veut pas dire que le football est un jeu brutal – il n’ya que les joueurs et les équipes qui peuvent être brutaux.

 

Avez-vous jamais assisté à un match où l’arbitre n’a sorti aucun carton jaune (ne parlons même pas de carton rouge) alors que lors d’un autre match, l’équipe médicale devait se servir du brancard plusieurs fois ? Cela est arrivé parce que les premières deux équipes faisaient un jeu intelligent et civilisé, respectueux des règles du jeu. Il en est de même avec la politique. Il y a des pays où les politiciens sont parmi les citoyens les plus honnêtes, les plus responsables et les plus serviables. Au contraire, il y a des pays où les politiciens sont parmi les plus violents, les plus cupides et les plus malhonnêtes des citoyens. Mais, cela ne veut pas dire que la politique est un jeu de la cupidité, de la violence et de la malhonnêteté. Cela veut tout simplement que nous avons des politiciens violents, cupides et malhonnêtes. La politique, c’est l’art d’organiser la société enfin que chacun puisse jouir de ses droits ; mais cette organisation prend une forme ou une autre selon les intentions, la moralité / l’immoralité et la capacité de ceux qui la font.  Jésus disait qu’un bon arbre produit de bons fruits ; et qu’en mauvais arbre en produit de mauvais.

 

Voici le problème que posent les concisions générales négatives. Quand nous épinglons la politique comme mauvaise ou diabolique, nous encourageons le mal en politique et réjouissons le cœur du diable.  D’une part, nous décourageons les politiciens honnêtes en leur faisant croire qu’ils ne sont pas au bon endroit. En plus, nous informons tout citoyen honnête qui voudrait s’engager en politique que la politique n’est pas pour lui ; et nous encourageons les politiciens inadéquats qu’ils sont faits pour la politique. D’autre part, dire que la politique est diabolique, c’est confesser que la politique appartient exclusivement au diable, en contradiction flagrante avec la parole de Dieu (voir Daniel 2 : 20-21 et Romains 13 : 1-7). Nous offrons au diable un pouvoir qu’il n’a pas et nous décourageons implicitement les croyants engagés à éviter la politique. Dans les deux cas, nous participons à chasser les valeurs morales et humaines de la politique et à y inviter la mécréance et l’immoralité.

 

Mais les choses sont pires que cela. La qualité des politiciens détermine la qualité de la politique, et la qualité de notre politique détermine la qualité de notre vie, comme peuple. Nous pouvons fuir la politique, mais nous devons savoir que cet acte est purement politique puisque nous devons alors nous soumettre aux fouets d’une politique que nous n’aimons pas. En effet, la politique détermine le genre de vie que nous menons. Elle détermine le montant des taxes que nous payons et comment elles sont utilisées, la valeur de la monnaie que nous utilisons, le prix des denrées de première nécessité, le genre d’éducation que nos enfants reçoivent, l’accessibilité ou l’inaccessibilité de l’emploi, la facilité ou la difficulté d’avoir son propre logement, la qualité des infrastructures que nous utilisons, l’unité ou la division de notre peuple, la facilité ou la difficulté de prospérer, la qualité des soins de santé et leur accessibilité, notre sécurité et celle de nos biens, la qualité de nos services de transport public, l’inefficacité ou l’efficacité de notre magistrature, etc. en d’autres termes, si nous remettons la politique entre les mains du diable et de ses acolytes par nos confessions maladroites et irréfléchies, nous  lueur confions notre destinée. Et je vous assure, ils savent en profiter !

 

Une des conséquences graves de nos confessions est qu’elles sont comme des prophéties qui s’auto réalisent. En fait, ce que nous voyons ne prouve pas la véracité de ce que nous confessons, c’est le produit de nos confessions. C’est un peu comme si on déclarait qu’un enfant est stupide et qu’on lui refusait l’éducation, pour dire, des années plus tard, qu’on avait raison. Quand nous dédions la politique aux menteurs, aux malhonnêtes et aux cupides, et que le mensonge, la malhonnêteté et la cupidité proliferent en politique, cela ne confirme pas ce que nous avions dit, c’est plutôt la conséquence de notre attitude. De même, quand nous dédions la politique au diable et que des actes diaboliques en deviennent la marque distinctive, nous récoltons ce que nous avons semé.

 

De même que le football est un jeu qui prend la couleur des joueurs qui le jouent, la politique prend aussi les couleurs de ceux qui la font. Seulement, en football, la FIFA a le droit de sanctionner les jouer et les équipes qui brisent les règles du jeu partout dans le monde. Mais, il n’ya pas d’organisation souveraine capable de sanctionner ce qui font une mauvaise politique. Et quand les voisins ou les puissances essayent de le faire, la souveraineté des pays constitue un argument que les politiciens défaillants peuvent brandir pour échapper à leurs responsabilités. Evidemment, quand les choses sont allées trop loin, le redressement des situations catastrophiques peut aussi venir de l’extérieur – mais après des souffrances indescriptibles subies par le peuple. C’est cela la différence entre la politique et le football.

 

Je sais que ceci va vous paraître un peu trop dur, mais quand je considère notre histoire tourmentée et les souffrances injustes répétitives que notre peuple a dû endurer pendant des décennies à cause d’une politique indigne, je crois que nous avons besoin que quelqu’un puisse secouer nos cœurs et nos têtes un peu brutalement mais avec amour. Le gros de nos problèmes ont été le fruit d’une irresponsabilité notoire en politique. Ceux qui n’ont pas leur source en politique ont été compliqués par cette même politique. Si nous nous désintéressons de la politique, nous participons à la perpétuation de cette culture d’irresponsabilité et d’insensibilité aux souffrances des autres. Nous sommes coupables d’un péché grave d’omission.

 

Et même si nous croyons pouvoir bâtir nos vies personnelles, nous nous trompons gravement. Nous sommes comme un oiseau qui veut faire un nid, pondre des œufs et faire des poussins. La réussite de ce projet dépend directement de l’état de l’arbre sur lequel le nid est posé. Si l’arbre se renverse, les œufs vont s’écraser sur le sol. Avant de pondre les œufs, nous devons d’abord nous assurer que l’arbre est suffisamment solide pour résister aux intempéries imprédictibles de la nature. La réalisation de nos projets personnels dépend de ce que notre pays est en train de devenir. Si notre pays sombre, nous n’allons non seulement pas réaliser nos projets, nous risquons même de perdre notre vie. Vivre honnêtement devient très compliqué quand la malhonnêteté règne en politique. Celui qui veut vivre honnêtement doit donc participer à la moralisation de la politique.

 

Le cochon aime la boue et il est stupide d’en faire le ministre de la propreté. Ceux qui ont de la répugnance face aux bassesses qui se font en politique sont les mieux indiqués pour faire la politique. Quand vous identifiez un problème et que vous vous attendez a ce que ceux qui ne croient pas que c’est en problème le résolvent, vous vous trompez lamentablement. Ceux qui croient qu’en politique il est bon de mentir, voler, manipuler, intimider et  tuer ne pourront jamais promouvoir la vérité, le respect des biens d’autrui et le respect des droits des autres en politique. Car, comme disait Albert Einstein, il ne faut jamais compter sur ceux qui ont causé un problème pour le résoudre.

 

Ceux qui fondent leur vie sur le mensonge, la violation des droits des autres et le vol devraient se trouver dans des centres correctionnels et non en politique. La politique, dans son essence, est faite pour les âmes nobles qui aiment les autres d’un amour altruiste ; des hommes et des femmes qui préfèrent souffrir pour que les autres soient heureux et non ceux qui préfèrent faire souffrir les autres pour être heureux. Ainsi donc, le fait que le mal en politique vous offense prouve que c’est vous qui devriez décider notre destinée. La nature de l’œuvre d’une autorité politique exige une sensibilité morale comme la vôtre. Quand vous fuyez vos responsabilités par peur d’influences négatives, pour des soucis de sécurité ou pour fuir le diable, vous nous condamnez à confier notre destinée à des gens qui ne méritent pas cet honneur.

 

La politique est trop importante pour ne pas mériter notre attention – et notre action ; et elle a sa manière de nous corriger si nous tentons de nous en écarter (ce qui est, par ailleurs, impossible). Quand elle va mal, elle nous fait souffrir – une façon de nous dire que nous ferions mieux de nous intéresser à elle. Quand elle va bien, elle nous fait du bien – une façon de nous   dire que si elle est bien faite, nous en bénéficierons. Dans le cas ou dans l’autre, elle nous aide à l’évaluer à sa juste valeur, et non au moyen de préjugés ou des jugements hâtifs. Dans son témoignage émouvant, le père fondateur du Singapour moderne, feu Lee Kwan Yew a confessé qu’il a décidé de s’engager en politique après avoir vécu une expérience humiliante avec l’invasion du Singapour par l’armée japonaise lors de la seconde Guerre Mondiale. L’humiliation que lui et son peuple ont subie lui  a fait comprendre que celui qui a le pouvoir politique en main a la destinée de tout un peuple en main. Il a alors juré de ne jamais permettre que la destiné du peuple du Singapour se retrouve entre de mauvaises mains. Il est possible que l’expérience humiliante ou douloureuse qui t’arrive en ce moment soit ta lettre d’invitation.

 

De grâce, rendez service à votre peuple. A défaut de pouvoir participer à façonner sa destinée, ne découragez pas ses fils et filles crédibles et capables qui voudraient le faire. Aidez-nous à corriger le tir pour que demain soit mieux qu’hier. Puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets, nous ne pouvons changer les effets qu’en changeant les causes. Nous reviendrons sur ce sujet dans la publication qui va suivre.